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Le Grand Palais ressuscite les tirages de Seydou Keïta

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 27 avril 2016 - 692 mots

L’exposition du photographe africain qui est loin d’être un inconnu en France, mérite un détour par le nombre de tirages réalisés par Keïta lui-même.

PARIS - Ce n’est pas la première rétrospective sur Seydou Keïta (1921-2001) que permet de monter la Contemporary African Art Collection (CAAC)-The Pigozzi Collection en partenariat avec le galeriste André Magnin, plus de 80 % des tirages exposés ici provenant de ce fond. Sans eux, le solo show que lui consacra en 2008-2009 la Tate Modern ou le Museum of contemporary Art Cleveland en 2007 n’aurait pas pu se réaliser. Ce n’est effectivement pas davantage la première exposition du célèbre portraitiste malien dans un lieu prestigieux qu’ils réalisent. Dès 1994, la Fondation Cartier pour l’art contemporain a inauguré son nouveau site boulevard Raspail avec ses portraits réalisés entre 1948 et 1964. André Magnin en assurait le co-commissariat avec le nouveau directeur des lieux, Hervé Chandès.

Le galeriste spécialiste de l’art africain et le collectionneur, connu pour détenir via la CAAC la plus importante collection de négatifs et de tirages modernes signés de Seydou Keïta, sont à l’origine de sa renommée fulgurante à 73 ans et des montages d’exposition qui lui sont consacrés. Les voici donc à nouveau partie prenante pour la rétrospective Seydou Keïta organisée au Grand Palais en partenariat avec la RMN-Grand Palais et aux côtés du commissariat général signé Yves Aupetitallot, ancien directeur du Magasin à Grenoble en collaboration avec Elisabeth Whitelaw, directrice de la CAAC. On peut s’étonner d’ailleurs de voir Yves Aupetitallot, dont on ignorait les liens avec Seydou Keïta, signer la rétrospective du Grand Palais. L’ancien directeur du Magasin l’explique en renvoyant à l’exposition « JapanCongo » montée en 2011 au Magasin, en partie avec la complicité de Jean Pigozzi.

Du studio de Bamako au photographe officiel
Rien qui n’empêche d’apprécier la très belle galerie de portraits réalisés par Keïta dans son studio, de son ouverture en 1948 à Bamako à sa nomination en 1963 en tant que photographe officiel du gouvernement malien – les archives de cette dernière période ayant disparu. Cependant on  s’interroge sur ce qui distingue cette rétrospective des précédentes au-delà de l’ampleur inégalée des photographies rassemblées (238), à commencer par les grands et moyens formats (136) issus de tirages modernes signés Keïta. Yves Aupetitallot précise que toute la singularité de cette exposition réside dans «  les tirages d’époque inédits retrouvés dans l’atelier de son encadreur que les clients ne sont jamais venus chercher ». Ces vintages sont rares, le photographe n’ayant conservé bien souvent que les négatifs de ses quinze années de travail en studio.

La présence des 102 vintages rassemblés à mi-parcours dans la scénographie (au bout du « U » que forme l’itinéraire) ramènent à l’époque où Seydou Keïta faisait ses tirages lui-même, que Cheikna Touré colorisait parfois à la demande du client. Le contraste est saisissant entre ces images en 13 x 18 cm ou 9 x 13cm au noir et blanc terni, endommagé parfois par les conditions de conservation, le temps et la qualité du papier, et l’éclat des tirages modernes qui permettent par leur dimension de rendre tangible la présence, la beauté d’être de chacun et le talent de portraitiste de Seydou Keïta. Une trentaine d’années séparent les deux périodes que racontent fort bien Seydou Keita dans les films projetés.

La sélection de parutions et de catalogues d’expositions développe d’une autre manière l’histoire de la reconnaissance de son travail, tandis que son portrait par Françoise Huguier rappelle que la fondatrice avec Bernard Descamps des Rencontres de Bamako endossait aussi le rôle d’ambassadrice de la photographie africaine. Dans ce développement de portraits de la société malienne, au temps de la colonisation, puis à l’aube de l’indépendance du pays, on regrette toutefois que davantage d’explications ne soient données sur ce que racontent ces hommes, ces femmes et ces enfants d’un pays aux différentes ethnies comme les différentes coiffes l’indiquent. Cela aurait permis d’élargir la vision d’un homme comptant parmi les plus grands portraitistes de l’histoire de la photographie.

Seydou Keïta

Commissariat général : Yves Aupetitallot en collaboration avec Elisabeth Whitelaw et avec le conseil scientifique d’André Magnin
Scénographie : Gare du Nord architecture
Nombre de photographies : 238

Seydou Keïta

Jusqu’au 11 juillet 2016, Grand Palais, Galerie Sud Est, avenue Winston Churchill, 75008, www.grandpalais.fr, jeudi-lundi 10h-20h, mercredi 10h-22h. Plein tarif, 10 €. Catalogue édité par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, 224 p., 35 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°456 du 29 avril 2016, avec le titre suivant : Le Grand Palais ressuscite les tirages de Seydou Keïta

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