Art contemporain

L’anti-Monumenta de Franck Scurti 

Par Anne-Cécile Sanchez · lejournaldesarts.fr

Le 16 juillet 2020 - 431 mots

PARIS

Franck Scurti a investi le Grand Palais avec une installation ouverte au public le week-end. 

Franck Scurti, Au jour le jour, installation dans la nef du Grand Palais, 2020. © Nicolas Krief pour la Rmn - Grand Palais. © Adagp, Paris 2020.
Franck Scurti, Au jour le jour, installation dans la nef du Grand Palais, 2020.
© Nicolas Krief pour la Rmn - Grand Palais. © Adagp, Paris 2020.

L’artiste conceptuel a eu carte blanche pour concevoir sous la nef une installation en accès gratuit les week-ends. Sur place depuis le 6 juillet, il a déjà reçu la visite de Brigitte Macron et de François Hollande. Le défi était de taille : Franck Scurti a disposé d’un seul mois pour concevoir un projet avec un budget inversement proportionnel au prestige du lieu. 

De cette double contrainte, il a fait sa force (et assure par ailleurs être très correctement rémunéré pour cette commande). « Je ne suis pas un artiste entrepreneur, je ne produis pas des projets, je crée. Cela laisse la place au hasard, à l’échec aussi, qui ne m’effraie pas ». L’économie de moyens, que semble imposer, à l’écart des excès du marché, cette période d’incertitude, va de soi pour Scurti. Il la place, ici, au centre du dispositif.

C’est l’intérieur de son atelier, et ce qui s’y joue « d’instable et de fragile », que Scurti transpose au Grand Palais. Avec un sens de l’espace qui caractérise également sa pratique. La peur du vide est ainsi conjurée dès l’entrée par De la Maison au Studio (et vice versa) 2012, une ligne constituée de lacets noués reliant entre eux des rebuts colorés collectés dans la ville. L’œuvre, fixée sous le clocheton central de la verrière, se déroule à l’aplomb jusqu’au sol, connectant le drapeau national qui flotte sur le toit de l’édifice à une plaque d’égout. Une sorte de raccourci symbolique improvisé in situ et dont Scurti estime qu’il pourrait, dans son évidente simplicité, être « (s)on chef-d’œuvre ». 

Plus loin, face contre terre, des panneaux d’affichage publicitaire composent un pan de bleu qui aurait décroché du ciel – référence subliminale au Jugement dernier de Giotto. Des sculptures en cours d’élaboration viendront compléter l’ensemble. Il ne s’agit pas d’une exposition, mais Scurti veut, à défaut de meubler, aménager des appâts visuels pour le public.

« Il pourrait y avoir entre 2 500 et 5 000 visiteurs par jour, peut-être davantage, c’est la jauge habituelle pour un événement au Grand Palais », relève Franck Scurti. Cependant on ne le trouvera pas dans son espace de travail comme on vient observer de loin les grands fauves dans leur réserve naturelle. Les visiteurs ne pourront pas non plus circuler à l’intérieur de l’installation qu’ils découvriront derrière une barrière d’un vert translucide – confectionnée à partir de papier d’emballage de kiwis. Ce qu’ils pourront voir ? La revanche de l’inframince sur le monumental. Un signe des temps. 
 

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