Art ancien - Musée

BAROQUE ITALIEN

La superbe du Baroque génois

ROME / ITALIE

L’exposition aux Scuderie del Quirinale explore la production artistique de l’une des plus grandes places financières du XVIIe siècle où les familles patriciennes se disputaient les services de Pierre Paul Rubens, Antoine Van Dyck ou Simon Vouet.

Gregorio De Ferrari, Portrait allégorique de jeune fille, c.1685, huile sur toile, 148 x 200 cm. © Museo Lázaro Galdiano, Madrid
Gregorio De Ferrari, Portrait allégorique de jeune fille, c.1685, huile sur toile, 148 x 200 cm.
© Museo Lázaro Galdiano, Madrid

Rome. L’exposition « Superbaroque. L’art à Gênes de Rubens à Magnasco » devait être inaugurée à Washington, mais la pandémie en a décidé autrement. Après plusieurs reports, c’est à Rome qu’il échoit de présenter le fruit de la collaboration entre la National Gallery et les Scuderie del Quirinale. Jusqu’au 3 juillet, il sera possible d’admirer une sélection de cent vingt œuvres de collections publiques et privées américaines et italiennes prouvant que Gênes méritait bien son surnom de « la Superbe par ses hommes et par ses murs » comme l’avait définie Pétrarque. Un adjectif qui se réfère surtout au caractère orgueilleux et insolent de cette république maritime qui a dominé la Méditerranée au XIIIe et XIVe siècles. Une puissance qui connaît son apogée au XVIe siècle, parfois appelé « le siècle des Génois ».

Grand centre financier et artistique

En 1528, la ville entre dans l’orbite de la Couronne espagnole dont elle devient la principale créancière, mais aussi l’escale incontournable de ses flottes. Celles de retour du Nouveau Monde à peine découvert par le Génois Christophe Colomb, mais aussi celles reliant ses possessions tout au long d’une Péninsule italienne dominée par les souverains ibériques. « L’or naît aux Indes occidentales, meurt en Espagne, est enseveli à Gênes », note à l’époque l’écrivain Francisco de Quevedo. L’or afflue dans ce qui devient, au XVIIe siècle, la principale place financière européenne. Les Doria, Spinola, Balbi, Durazzo ou encore les Grimaldi, de grandes familles génoises, ne sont plus simplement des armateurs mais aussi des banquiers. Ils financent aussi bien l’expansion impériale espagnole que la magnificence de leur ville. La construction d’opulents palais et de fastueuses églises ne sert pas seulement à l’embellir mais participe d’une véritable compétition entre mécènes et grands commanditaires pour souligner leur puissance sociale.

Gênes est un centre financier, mais c’est aussi un centre artistique où séjournent les grands maîtres de la peinture flamande de l’âge baroque parmi lesquels Pierre Paul Rubens et Antoine Van Dyck.

L’exposition s’ouvre justement avec le séjour de Rubens à Gênes entre 1605 et 1607 et se clôt avec les œuvres d’Alessandro Magnasco qui y meurt en 1749. La cité, marginalisée par le développement des routes commerciales dans l’océan Atlantique, frappée par une épidémie de peste en 1656, secouée par les banqueroutes répétées de la monarchie espagnole et bombardée par la flotte de Louis XIV en 1684, n’est déjà plus que l’ombre d’elle-même. Son effervescence artistique brille pourtant de ses derniers feux. Les plus vifs. Ceux d’un baroque génois qui se différencie de celui de Naples, de Turin, de Bologne ou encore de Rome. À la différence des monarchies absolutistes qui s’imposent alors, cette république aristocratique n’a pas de cour et donc pas de style officiel auquel se conformer.

Un baroque cosmopolite

C’est un véritable carrefour de l’art baroque où se croisent les membres de l’une des plus importantes colonies d’artistes flamands en Italie, dont Antoine Van Dyck qui devient l’un des principaux portraitistes des familles patriciennes. Mais aussi le peintre français Simon Vouet et son compatriote le sculpteur Pierre Puget qui y travaille de 1661 à 1667. Les Italiens ne sont pas en reste, que se soit le Caravage qui y trouve un fugace asile en 1605, le Pisan Orazio Gentileschi formé à Rome qui y séjournera propageant la « réforme » caravagesque, utilisée ensuite par Génois Bernardo Strozzi dans ses scènes de genre aux accents maniéristes. La communauté artistique locale foisonne de noms de premiers plans : Giovanni Battista Gaulli, dit Baciccio, Valerio Castello, Gregorio de Ferrari ou les frères Carlone. Sans oublier Alessandro Magnasco, dont le pinceau fébrile plonge dans une palette dense de contrastes lumineux d’où sortent des figures distordues.

Fresques, scènes de genre, plafonds d’église… un baroque cosmopolite et composite voit le jour dans ce creuset génois. C’est ce que montre parfaitement l’exposition rassemblant aussi bien des toiles que des sculptures, de l’argenterie ou encore des meubles. « Nous avons essayé de représenter chaque médium artistique (matériaux et techniques), en insistant sur la qualité des œuvres et en représentant tous les maîtres de manière équilibrée, explique Jonathan Bober, conservateur du département des dessins et estampes de la National Gallery de Washington et l’un des commissaires de l’exposition avec Piero Boccardo et Franco Boggero. Nous avons organisé le parcours non par ordre chronologique ou monographique, mais par thèmes stylistiques. Dix thématiques se déploient pièce par pièce, à commencer par les “Grands étrangers”. Nous voulons faire comprendre la complexité et la richesse de l’école génoise, caractérisée par de nombreux courants. » Moins connue que l’école romaine et moins présente dans les grandes collections des musées, elle a pourtant essaimé dans toute la Péninsule grâce à Bernardo Strozzi et Filippo Parodi à Venise, Giovanni Benedetto Castiglione et Giovanni Battista Gaulli à Rome, ou encore Alessandro Magnasco à Milan.

Superbaroque. L’art à Gênes de Rubens à Magnasco,
jusqu’au 3 juillet, Scuderie del Quirinale, Via XXIV Maggio, 16, 00187 Rome, Italie.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°588 du 29 avril 2022, avec le titre suivant : La superbe du Baroque génois

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