Art contemporain

ENTRETIEN

Julio Le Parc, artiste : « Le dessin, c’est ma langue »

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 24 mai 2024 - 820 mots

L’exposition à la Maison de l’Amérique latine fourmille de dessins de Julio Le Parc, lequel dessine tout le temps, partout, et sur n’importe quel support.

Paris. Julio Le Parc (né en 1928 à Mendoza en Argentine et installé à Paris depuis 1958) est surtout connu comme l’une des grandes figures de l’art optique et cinétique. Moins comme dessinateur. C’est pourtant à cette pratique que la Maison de l’Amérique latine consacre une importante exposition réunissant quelque 500 dessins, aussi bien abstraits qu’étonnamment figuratifs.

Comment est née l’idée de cette exposition ?

En 2014, la galerie Serpentine, à Londres, avait organisé une exposition entièrement consacrée à mes dessins. Puis, il y en a eu une seconde en 2019 au Museo Nacional de Bellas Artes de Buenos Aires. Lorsqu’Anne Husson, la directrice artistique de la Maison de l’Amérique latine, m’a invité à y faire une exposition personnelle, j’ai réfléchi et j’ai pensé que la meilleure proposition était de présenter mes dessins, puisque l’espace est beaucoup moins grand que celui du Palais de Tokyo où j’avais pu déployer les différentes facettes de mon travail au début de l’année 2013.

On vous connaît principalement pour vos tableaux, sculptures, mobiles, installations, moins pour cette pratique du dessin…

C’est vrai, alors que j’ai toujours dessiné et ce depuis ma plus tendre enfance au cours de laquelle j’ai fait des milliers de dessins que j’ai d’ailleurs tous perdus. Je n’ai jamais cessé et, à partir des années 1970, je dessinais surtout quand j’étais au téléphone, d’où le titre de l’actuelle exposition. Pendant que je parlais, je dessinais, de façon automatique, j’avais toujours des papiers sur la table, aussi bien une enveloppe que des feuilles plus ou moins abîmées ; j’utilisais tout ce qui me tombait sous la main. À cette époque, je discutais beaucoup avec des amis car nous participions de façon engagée à des contestations dans le milieu artistique et culturel. Comme je ne pouvais pas lâcher la création, je dessinais en même temps de mémoire ce qui me passait par la tête ; il n’y avait rien de préalablement décidé, rien de volontaire, je faisais aussi bien une tête qu’un personnage, un paysage, un souvenir, quelquefois une référence directe, etc. Aujourd’hui encore, au lieu d’écrire une liste de courses ou de choses à ne pas oublier de mettre dans ma valise, je préfère les dessiner plutôt que les écrire. Le dessin, c’est ma langue.

De façon plus sérieuse, le point de départ de toutes les œuvres que j’ai réalisées a toujours été le dessin. J’ai toujours une idée approximative de ce que je veux faire, mais si je ne dessine pas, elles ne prennent pas forme. Pour qu’elles correspondent à ce que j’ai en tête, j’ai besoin de les imaginer avec un crayon sur un papier.

Qu’est-ce qui vous a conduit réaliser de nombreux dessins figuratifs à l’opposé du travail abstrait, géométrique caractéristique de votre recherche sur l’art optique et le cinétisme ?

Je n’ai jamais fait la différence entre un dessin figuratif et un dessin abstrait. Quand j’avais une quinzaine d’années, de grands maîtres argentins faisaient des dessins figuratifs pour peindre de grands muraux. En même temps, le mouvement de l’art concret était créé, notamment par Max Bill. J’ai très vite été influencé par ces deux groupes, sans jamais me mettre d’œillères par rapport à l’une ou l’autre de ces démarches. La seule chose qui m’intéressait, c’était de dessiner, peu importe que ce soit figuratif ou abstrait.

C’est encore vrai aujourd’hui. Parallèlement à mes œuvres abstraites, j’aime toujours faire des dessins figuratifs, sur le motif. Ils font partie de ma recherche, ils contribuent à la construction de mes tableaux. En fait, tout est mélangé et de façon involontaire. Il y a également les dessins que je vois d’autres artistes. Tout cela fait partie de mon monde, j’ai besoin de m’enivrer d’images.

Qu’est-ce qui a déclenché votre passage au cinétisme ?

Cela s’est fait plus tard et petit à petit, en découvrant notamment des livres dans les bibliothèques et en lisant des publications. En 1961, nous avons été quelques-uns, notamment Horacio Garcia Rossi et Francisco Sobrino, à rejoindre François Morellet, Joël Stein, Héctor García Miranda, Yvaral – qui eux avaient déjà lancé le mouvement Motus – pour créer le GRAV, Groupe de recherche d’art visuel. Nous étions attirés à la fois par leurs œuvres très fines, très précises, extrêmement bien réalisées et par une réflexion sur notre situation de jeunes artistes dans notre milieu social. C’était passionnant, on était ensemble jour et nuit à discuter et travailler.

Dessinez-vous encore beaucoup aujourd’hui ?

Oui, tous les jours, je ne peux pas m’en passer, je dessine tout le temps. Je fais des dessins majoritairement abstraits, préparatoires pour mes tableaux. Mais j’aime tout aussi bien continuer la figuration. Le dimanche, avec ma compagne Yumiko Seki, nous allons souvent à l’arboretum de Châtenay-Malabry : j’ai un grand plaisir à regarder la nature, je m’assois sur une chaise, je prends le soleil et je dessine.

Julio Le Parc, dessins au téléphone ou pas,
jusqu’au 29 juin, Maison de l’Amérique latine, 217, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°634 du 24 mai 2024, avec le titre suivant : Julio Le Parc, artiste : « Le dessin, c’est ma langue »

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