Grand Palais, l’épopée d’un bâtiment d’exception

Par Anouchka Roggeman · L'ŒIL

Le 26 septembre 2008

Rouvert en 2005 après des premières rénovations, le Grand Palais a traversé un siècle d’histoire de Paris. Fleuron de l’architecture 1900, détruit à la Libération et menacé par Malraux, il a alterné périodes de disgrâce et incarnation du génie français.

Ouvrant le xxe siècle, l’Exposition universelle de 1900 se devait d’être plus spectaculaire que les précédentes. De la même façon que la tour Eiffel avait été le clou de l’Exposition de 1889, le « Grand Palais des beaux-arts » devait être l’attraction de celle de 1900, un temple des arts et de l’industrie. Après un concours d’idées concernant l’emplacement de l’Exposition, il est décidé de démolir l’ancien palais de l’Industrie pour y construire le Grand Palais. Celui-ci viendra s’insérer dans un vaste ensemble architectural comprenant la percée d’une nouvelle avenue (aujourd’hui Winston-Churchill), la construction du pont Alexandre-III et le Petit Palais. Cet « axe républicain » permettant de relier les Invalides à l’Élysée.
Pour faciliter la circulation du public et favoriser l’intégration du monument dans les jardins existants, il est demandé aux quatre architectes sélectionnés – Henri Deglane, Albert Louvet, Albert Thomas et Charles Girault – de concevoir un bâtiment pérenne en forme de H, suffisamment vaste pour accueillir un grand nombre de manifestations et d’expositions.

3 ans de construction, 72 000 m2...
Henri Deglane conçoit une  gigantesque nef de 13 500 m2, d’une longueur de 200 m, destinée à l’origine à abriter les concours hippiques. Chef-d’œuvre de la Belle Époque, la nef et sa splendide voûte de verre (aujourd’hui encore la plus grande d’Europe) deviennent très vite l’emblème du Grand Palais. Son escalier d’honneur (voir p. 65) à double volée en acier, porphyre vert et fer est l’un des plus beaux exemples de l’Art nouveau.
Malgré des retards dus à d’importants travaux de terrassement (3 400 pieux de chêne sont utilisés pour assurer les fondations), le Grand Palais, d’une superficie de 72 000 m2 est construit en trois années seulement. Une véritable prouesse. 1 500 ouvriers sont employés sur ce chantier pharaonique où transitent quelque 200 000 tonnes de pierres, 2 millions de briques, 60 tonnes de peinture « vert réséda » pour la nef, et 8 500 tonnes de métal, soit plus encore que pour la tour Eiffel.
Une quarantaine d’artistes et statuaires œuvrent pour exécuter les frises, les sols en mosaïque et les sculptures, toutes ces œuvres figuratives sans exception supportant un sujet allégorique. À l’image de ses différents architectes, le Grand Palais affiche des styles divers avec des façades évoluant vers le classicisme. On fait notamment appel à l’artiste Georges Récipon pour réaliser deux impressionnants quadriges de style baroque qui surplombent la façade principale.
Autres bijoux du lieu, la frise en mosaïque d’Édouard Fournier Les grandes époques de l’art, qui s’étend sur 75 mètres sous la colonnade de la façade principale, et la frise en céramique de Joseph Blanc, L’histoire de l’art sur la façade postérieure, imitant les frises à reliefs de l’Antiquité, font partie des œuvres les plus remarquables du bâtiment.

Le Corbusier, iconoclaste
Quatorze ans après son ouverture aux grands salons artistiques et industriels, le Grand Palais voit son activité modifiée par la Première Guerre mondiale. Réquisitionné pour les besoins de la guerre, le bâtiment se transforme en hôpital militaire.
En 1937, une exposition dédiée à la science, maintenue provisoirement au Grand Palais en attendant la construction d’un « palais de la découverte » (qui ne vit jamais le jour à cause de la guerre), finit par s’installer définitivement dans l’aile ouest du bâtiment.
Deux ans plus tard, c’est au tour des Allemands de s’emparer de ce vaste édifice où ils entreposent leurs camions et en font un lieu de propagande nazie. Ils y organisent des expositions et construisent un cirque où se produisent les compagnies allemandes. Devenu bastion de la Résistance en 1944, attaqué par les Allemands, le Grand Palais est en partie détruit par un obus et un gigantesque incendie. Miraculeusement, la nef est sauvée.
Après la Libération, le Grand Palais peine à retrouver son lustre d’antan. Non seulement les expositions artistiques se raréfient au profit des grandes foires commerciales, mais l’identité du bâtiment est brouillée à cause de ses activités diverses (le bâtiment est alors occupé par un commissariat, une faculté de lettres, une unité pédagogique d’architecture et le tout récent palais de la Découverte). Surtout, comme beaucoup de monuments du xixe siècle, le Grand Palais est dans la ligne de mire des architectes qui souhaitent moderniser Paris. En 1965, Malraux accepte le projet de Le Corbusier de démolir le Grand Palais pour ériger sur son emplacement un musée du xxe siècle. Mais l’architecte meurt quelques mois plus tard et Malraux décide d’installer provisoirement les Galeries nationales (dont la programmation sera confiée à la Réunion des musées nationaux) dans l’aile ouest du Grand Palais.

Quel avenir pour le Grand Palais ?
En 1993, le Grand Palais doit faire face à un nouvel incident lorsqu’un rivet tombe de la verrière. Quelques années plus tard commence une longue et laborieuse restauration qui entraîne la fermeture de la nef pendant douze ans. D’une valeur de 101,36 millions d’euros, les travaux peuvent être financés par l’État grâce à la classification du bâtiment en monument historique en 2000. Ouverte en grande pompe en 2005, la nef du Grand Palais redonne au bâtiment tout son lustre et abrite des événements très prestigieux comme la Fiac, La Force de l’art, le nouveau rendez-vous triennal d’art contemporain, Monumenta, la Biennale des antiquaires, Art Paris… et récemment une rencontre de quarante chefs d’État dans le cadre du sommet de Paris pour la Méditerranée.
La création de l’Établissement public du Grand Palais des Champs-Élysées, en 2007, donne un nouvel élan au monument. Un ambitieux plan d’action prévoit sa restauration et son aménagement. Le programme prévoit notamment, d’ici 2010, de doubler la surface d’exploitation du lieu, passant de 10 000 m2 à 20 000 m2 en faisant revivre des espaces inexploités ou fermés au public depuis de longues années.
Faut-il, comme certains le préconisent, demander aux principaux occupants (à l’origine provisoires), le palais de la Découverte et les Galeries nationales de quitter le Grand Palais afin de libérer l’espace?  « C’est un débat en cours qui n’a absolument pas lieu d’être », s’insurge Yves Saint-Geours, le président de l’Établissement public. « Notre plan d’action respecte pleinement les Galeries nationales et le palais de la Découverte, qui sont d’ailleurs membres de notre conseil d’administration. Le renouveau du Grand Palais passe par la mise en valeur de ses propres atouts, et ne se fera sûrement pas aux dépens de ceux qui l’occupent. »

Autour du Grand Palais

Informations pratiques. Gilles Plum, photographies de Jean-Pierre Delagarde, Le Grand Palais, architecture et décors intérieurs, éditions du Patrimoine,208 p., 50 €.

Monographie du Grand Palais. Historien de l’architecture, Gilles Plum raconte l’histoire du bâtiment en décortiquant son architecture et les moindres détails de ses ornements. L’ouvrage constitue un important apport documentaire grâce à la reproduction de plans, d’aquarelles et de dessins d’architectes d’époque souvent inédits. Paru en 2008, le livre a également donné lieu à une campagne photographique récente. Les vues des toits, de la nef et les plans serrés sur les décors dévoilent aussi au lecteur les portes secrètes du palais dont certaines restent toujours inaccessibles.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°606 du 1 octobre 2008, avec le titre suivant : Grand Palais

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