Vendredi 20 septembre 2019

Société

Nantes (44)

Comment pensent les forêts

Château des ducs de Bretagne - Jusqu’au 19 janvier 2020

Par Marie Zawisza · L'ŒIL

Le 28 août 2019 - 341 mots

NANTES

C’est le titre d’un ouvrage de l’anthropologue Eduardo Kohn, qui pourrait aussi être celui de l’exposition consacrée à la culture amazonienne à Nantes.

Cette dernière, conçue et présentée en 2016 par le Musée d’ethnographie, qui possède l’une des plus importantes collections amazoniennes d’Europe, nous plonge au cœur battant de l’Amazonie et des esprits qui l’habitent. Ces esprits se manifestent pour nous dans les parures, les armes, les instruments de musique ou les objets usuels fabriqués par une quinzaine de peuples (les Wayanas, les Yano­mamis, les Kayapos, les Shuars…) de la forêt vierge. On s’émerveille devant les délicates plumasseries aux couleurs chatoyantes – diadèmes, colliers, masques, pendants d’oreilles… Et l’on se sent peu à peu transporté vers un univers spirituel, un peu comme les chamanes, ces « diplomates des espèces », capables de pénétrer dans le monde des esprits et de prendre la forme d’un oiseau urubu ou d’un jaguar. On se retourne, et voilà qu’on découvre, dans une vitrine, des fléchettes, dont les analyses en laboratoire ont révélé qu’elles portaient encore des traces de curare. Aurions-nous été touchés par une de ces flèches ? Ou nos lèvres auraient-elles touché une des drogues, dont on découvre des objets ayant servi à leur préparation ? Nous voici à percevoir le monde avec d’autres yeux : ceux des Indiens, pour qui tous les êtres vivants sont ontologiquement égaux et pour qui l’histoire n’est pas celle des seuls hommes, mais celle de l’univers tout entier, à laquelle participent toutes les créatures et les éléments. Mais il ne s’agit pas seulement d’être ébloui et ravi : l’exposition « Amazonie » est, aussi, éminemment politique. La première partie du parcours, qui s’ouvre avec des portraits de leaders indiens luttant pour le respect des droits des autochtones, rappelle que l’Amazonie et ses peuples sont plus que jamais menacés de disparition. Et l’exposition s’achève sur un appel aux dons pour financer une fontaine pour le peuple Asháninka, permettant de rendre potable une eau de plus en plus polluée. Une façon de participer, même modestement, à la vie et à la pensée des forêts.

« Amazonie, le chamane et la pensée de la forêt »,
château des ducs de Bretagne, 4, place Marc-Elder, Nantes (44), www.chateaunantes.fr

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°726 du 1 septembre 2019, avec le titre suivant : Comment pensent les forêts

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