Samedi 14 décembre 2019

Festival international des jardins

À Chaumont, des jardins de contempl… actions

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 23 août 2011 - 993 mots

Le Festival des jardins implanté sur les bords de la Loire a demandé cette année aux paysagistes, jeunes et confirmés, de s’engager autour d’un thème d’actualité : la biodiversité. Une biodiversité que les organisateurs veulent « heureuse ».

« On ne commande à la Nature qu’en lui obéissant », écrivait en 1605 le philosophe anglais Francis Bacon. Le petit espace créé par Soline Portmann, Aurélie Zita et Mioko Tanaka, trois scénographes françaises, pour le Festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire, dans le Loir-et-Cher, et intitulé « La nature des choses », pourrait s’être inspiré de cette célèbre formule. Il propose en effet au visiteur de cheminer depuis un jardin domestique taillé de toute part vers une maison dont la nature aurait pris possession : une mare s’étend sous la baignoire, un potager envahit la cuisine, etc. Soit un judicieux clin d’œil à ce qui s’est tramé depuis plusieurs décennies contre une nature dont toute trace de spontanéité a été savamment effacée. Car, à en juger par l’état de la planète, la maxime de Bacon a été bien vite oubliée.

Une liste de 800 végétaux à sauver de la disparition
Alors que depuis le printemps la sécheresse met à rude épreuve les nerfs de jardiniers soucieux de concilier entretien de leur jardin et économie des ressources en eau, la vingtième édition de ce rendez-vous incontournable de l’art du paysage, créé en 1992 par Jean-Paul Pigeat et aujourd’hui piloté par Chantal Colleu-Dumond, met les pieds dans le plat en pariant sur un thème clé de l’avenir du paysagisme : « L’art de la biodiversité heureuse ». Le choix de cette thématique est aussi une façon de rappeler qu’à sa manière le jardin peut prendre des accents politiques. Car il y a urgence en matière de préservation de la diversité des organismes vivants – végétaux et animaux – quand, pour le seul continent européen, près de 800 espèces végétales sont aujourd’hui menacées d’extinction. 

Le festival s’est donc associé à l’expertise d’un ponte de l’écologie, le professeur Jean-Marie Pelt, qui a pris la tête du traditionnel jury du concours chargé de sélectionner les vingt propositions les plus pertinentes sur le sujet, dues à de jeunes architectes et paysagistes. Durant les quelques mois du festival, le vaste domaine des bords de Loire, encadrant le château renaissant où séjourna Diane de Poitiers, s’enrichit donc de cette mosaïque de jardins de poche conçus comme des étendards de la biodiversité, véhiculant tantôt une vision pessimiste, tantôt une vision optimiste du sujet, en ménageant toutefois une indispensable part de rêve. Soit autant de jardins d’alerte que de pistes pour un avenir qui reste encore à écrire, outils d’une pédagogie active de l’écologie dans lesquels le visiteur peut déambuler librement.

Des points de vue divers mais complémentaires
Après un passage par la roulotte de « Madame Irma, prédictions en tout genre » conçue par Emmie Nyk, Gladys Griffault, Pascale Trouillet et Clara Juncker, différentes visions se confrontent. Parfois non sans nostalgie, quand le jardin est envisagé comme un lieu de mémoire. Ainsi de cette « Bibliothèque du souvenir » mettant en scène une collection de graines et de plantes disparues, placées sous de précieuses bulles de verre scintillantes (Gaëtan Macquet, Oréline Tixier et Pierre-Albert Labarrière).
Ou encore de ce « Jardin des plantes disparues » (Denis Valette et Olivier Barthélémy) qui prend des accents funéraires avec ses petits panneaux noirs égrainant le nom d’espèces défuntes. D’autres professionnels tirent la sonnette d’alarme sur le risque de standardisation de la biodiversité, comme Cathy Viviès et Vanessa Farbos avec « L’envers du décor », un jardin « en toc » placé sous une bulle artificielle, ou Olivier Chardin, Samuel Halik et Anaïs Brochiero avec leur jardin boîte de Pandore conçu autour d’un grand cube végétalisé placé en équilibre qui laisse s’échapper les espèces.

Plus esthétisants mais non moins engagés, « Les bulbes fertiles » créés par un collectif d’architectes et de paysagistes offrent à voir de grosses protubérances desquelles émergent de luxuriants végétaux nourriciers. Pour Méryl Fanien, Philippe Guillemet et Cyrille Parlat, le thème se prête d’abord à
évoquer le jardin qui renaît après la catastrophe, mis en scène autour d’un personnage fictif, Louis-Aimé Cantarel, unique rescapé d’un cataclysme, qui fait renaître des décombres un jardin du futur. Avec « Tu me manques », une mare ponctuée par une série d’îlots plantés de différentes espèces de végétation, que l’on peut contempler depuis un belvédère central, les Espagnols Jacob Vilato et Marc Cunat signent quant à eux un jardin offrant une vision allégorique de la planète. Et un bel espace propice à la méditation.

C’est bien là tout l’intérêt de ce festival unique en son genre qui, saisons obligent, ne se terminera jamais comme il a commencé : donner à voir et à penser à travers cette grande vanité végétale, conçue grâce à ces propositions de jeunes professionnels. Qui sont souvent plus inspirés que les artistes de renom à qui sont confiées quelques cartes vertes installées en marge des jardins du festival… Cette année, seul l’architecte Dominique Perrault a en effet réussi à surprendre avec une création consistant en un habillage de lais de tissu doré placés autour du tronc de l’un des grands arbres du parc. Ne s’improvise pas paysagiste qui veut.

Autour du festival

Informations pratiques. Le Festival international des jardins jusqu’au 16 octobre 2011 dans le domaine du château de Chaumont-sur-Loire. Ouvert tous les jours de 10 h à 17 h 30. Tarifs : 15,5 et 10 €. www.domaine-chaumont.fr

À Amiens, les hortillonnages. Jusqu’au 15 octobre 2011, la deuxième édition du festival « Hortillonnages Amiens », autre rendez-vous apprécié des amateurs de jardins, présente 14 installations et 14 jardins conçus par de jeunes paysagistes et plasticiens. En barque, à pied ou à vélo, les modes de déplacements doux sont privilégiés pour admirer ces « œuvres » de nature, parmi lesquelles « L’Île retrouvée » du collectif Le Téléphone Vert, installation visant à protéger la faune à l’aide de roseaux et de saules favorisant la nidification des oiseaux.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°638 du 1 septembre 2011, avec le titre suivant : À Chaumont, des jardins de contempl… actions

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