Art moderne - Musique

XIXE-XXE SIÈCLE

Beethoven, jumeau choisi de Bourdelle

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 23 décembre 2020 - 467 mots

PARIS

Pendant des travaux qui entraînent la fermeture de certaines salles, le Musée Bourdelle présente un accrochage consacré au musicien auquel le sculpteur s’identifiait.

Antoine Bourdelle, Beethoven dans le vent, version avec draperie, profil gauche, 1904-1908, bronze, d'après un négatif sur verre au gélatino-bromure d'argent. © Musée Bourdelle/Paris musées.
Antoine Bourdelle, Beethoven dans le vent, version avec draperie, profil gauche, 1904-1908, bronze, d'après un négatif sur verre au gélatino-bromure d'argent.
© Musée Bourdelle / Paris musées.

Paris. Après « Ludwig van, le mythe Beethoven » dont il a été commissaire en 2016 à la Philharmonie de Paris, Colin Lemoine (collaborateur du Journal des Arts), responsable des sculptures au Musée Bourdelle, célèbre le 250e anniversaire de la naissance du musicien en évoquant le travail qu’Antoine Bourdelle (1861-1929) a consacré au « phare » (au sens baudelairien) qu’il fut pour lui. Bourdelle se serait identifié à Beethoven dès son enfance passée à Montauban (Tarn-et-Garonne). Celui-ci lui ressemblait, avec son auréole de cheveux bouclés et son regard intense, et sa musique le transportait.

La création comme expérience mystique

On date de 1883 les premiers dessins inspirés par le compositeur : Beethoven et son génie le montre à son piano, effrayé par la vision qui plane au-dessus de lui. Cette feuille se rapproche d’une autre, qui n’est pas présentée dans l’accrochage mais est consultable sur le site du musée, où un personnage accoudé à une table est dominé par un génie ailé. Elle remonterait à la même époque et on peut y voir Bourdelle lui-même représenté dans des affres semblables à celles de Beethoven. Une autre version montre un homme (sans doute encore Bourdelle), la tête inclinée, terrassé par un génie à la tête monstrueuse. Une chose est sûre : l’identification irrigue déjà l’œuvre. Non datée, une esquisse à l’encre bleue, titrée Beethoven par le sculpteur, montre son double nu, à mi-corps, le visage dans l’ombre mais très reconnaissable, les deux bras pliés au-dessus de sa tête comme s’il voulait se protéger d’un cataclysme. Tout au long de sa vie, Bourdelle exprime à travers Beethoven l’ambivalence que connaît le créateur entre l’expérience mystique et la douleur d’enfanter l’œuvre. Le Génie de Beethoven (plume, encre, aquarelle et gouache, vers 1922), figurant un ange jouant du violoncelle, se réfère au premier état tandis que le dessin Beethoven écrit son testament (plume et encre, vers 1890) traduit un désespoir absolu.

Les premières sculptures représentant Beethoven sont datées de 1888. Le visage, réaliste, est inspiré du Masque sur le vif, le moulage exécuté en 1802 par Franz Klein dont Bourdelle possédait un tirage. Peu à peu les traits se déforment, le personnage s’agite, l’amertume de la bouche répondant au tourment de la chevelure. En 1901, Beethoven, grand masque tragique est l’acmé de la souffrance. Puis la figure s’apaise et se pare de romantisme alors que Bourdelle songe à un monument à Beethoven marquant le soixante-quinzième anniversaire de sa mort, en 1827. Jusqu’à la fin, il étudiera son modèle dont, progressivement, le visage se fige, fermé sur l’indicible. Ce rapport à son double est décrit par le sculpteur dans un précieux cahier, commencé en 1903, présenté à l’exposition et consultable sur le site Internet du musée.

Bourdelle devant Beethoven,
du 15 décembre au 17 janvier 2021, Musée Bourdelle, 18, rue Antoine-Bourdelle, 75015 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°557 du 11 décembre 2020, avec le titre suivant : Beethoven, jumeau choisi de Bourdelle

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