Jeudi 13 décembre 2018

Photographie

Un festival pour la Méditerranée

Le Journal des Arts

Le 6 juin 2012 - 743 mots

La 3e édition de PhotoMed, qui se tient sur la côte varoise, entend bousculer les images stéréotypées du sud de l’Europe, du Maghreb, du Proche-Orient et des Balkans.

Sanary-sur-mer, Bandol, Toulon, île de bendor n Avec ses yachts ancrés sur la Grande Bleue et ses terrasses ensoleillées, ce joli port de pêche a tout du cliché provençal. Dans ce décor de carte postale, « PhotoMed », Festival de la photographie méditerranéenne lancé l’an dernier à Sanary-sur-Mer (Var), veut bousculer les images stéréotypées du sud de l’Europe, du Maghreb, du Proche-Orient et des Balkans à travers des regards croisés. Cette initiative du Sanarien Philippe Sérénon, consultant en photographie pour la firme Hewlett Packard, réunit Philippe Heullant, P.-D. G. de la société de presse Le Monde du Regard, et Jean-Pierre Bourgeois, commissaire général du Salon de la photo parisien qui préside l’association Horizons. Positionné en avant-saison des Rencontres photographiques d’Arles et de Visa pour le photojournalisme à Perpignan, des manifestations phares méridionales, ce nouveau venu peaufine sa formule pour gagner sa place au soleil.

Après le Britannique Martin Parr, la seconde édition met à l’honneur l’Italien Massimo Vitali et huit artistes de la photographie marocaine aussi divers que Daoud Aoulad-Syad, Khalil Nemmaoui, Laila Hida, lesquels succèdent à la scène turque. Leurs séries codées autour du déracinement, de l’industrialisation galopante et de l’exil se doublent d’une vision décomplexée de leurs relations avec l’Europe. « Hormis la biennale Photoquai au Musée du quai Branly, la photographie méditerranéenne semble mise de côté par les institutions. […] Sanary a donc un rôle à jouer en donnant une visibilité internationale à des scènes émergentes souvent dépourvues de galeries ou de musées », explique Jean-Luc Monterosso, directeur de la Maison européenne de la Photographie à Paris, nommé pour trois ans directeur artistique de ce festival de (re)découvertes.

« PhotoMaghreb»
De Bernard Faucon à « Trois photographes grecs au Moyen-Orient aujourd’hui », seize expositions, labellisées par le Conseil culturel de l’Union pour la Méditerranée et, depuis cette année, par le ministère de la Culture, s’étendent à l’île de Bendor, à Bandol et à l’Hôtel des Arts de Toulon où se tient la rétrospective décalée « Joel Meyerowitz ». Cinquante ans d’images marquantes de ce précurseur américain de la photo plasticienne en couleur tranchent avec des extraits convenus de son prochain livre Provence : Impressions éternelles (éd. Sterling). « J’ai eu du mal à découvrir la Provence, plus montagneuse et dure que la Toscane dont je suis amoureux. Puis, d’un coup, sa  lumière d’épée  m’a fait saisir le caractère de cet environnement ordonné, conservateur », explique cette tête d’affiche venue renforcer la programmation.

Objectif de PhotoMed : dépasser les 45 000 visiteurs accueillis en trois semaines en 2011 selon les organisateurs. Avoisinant 300 000 euros, son budget, abondé à 60 % par des sponsors tels que Fujifilm, a chuté de 30 % par rapport à l’an dernier. Sur fond de remous politiques sur l’autre rive de la « mare nostrum », d’attaques de l’extrême droite locale, l’édition 2012 navigue au milieu des écueils. Autocensurée, l’affiche tirée de la série « Maroc Évolution » de l’artiste française Scarlett Coten, révélation de PhotoMed qui a arpenté la plage d’Essaouira, représentait un couple dont la femme est voilée. Remplacée par l’image d’un tandem mère traditionnelle-fille émancipée, cette affiche a été taguée « PhotoMaghreb ». « Au lieu d’opposer les deux rives de la Méditerranée, la sélection marocaine montre que ces deux univers se sont constitués l’un dans l’autre, voire l’un par l’autre », souligne Mouna Mekouar, sa commissaire, guidée par le thème du voyage intérieur. Yasmine Laraqui expose ainsi le journal intime fictif, teinté d’étrangeté, d’une adolescente rebelle aux traditions, tandis que le monde vide des lieux d’accueil pour immigrés vu par Mehdi Chafik, installé en Suède, se heurte au trop-plein de l’installation subversive « Salon » d’Hassan Hajjaj. Ce Londonien d’adoption transforme cet espace social marocain en souk ludique métissé de pop art. En contrepoint, le rapport au réel est questionné dans l’ultime mystification du Catalan Joan Fontcuberta, un « scoop » paléontologique autour de la découverte d’un squelette de sirène au large de Sanary. Il apparaît aussi dans les mises en scène d’émeutes au Caire par Nermine Hammam, étoile montante égyptienne « concernée » par le Printemps arabe. En 2013, PhotoMed explorera la scène libanaise tout en inaugurant un cycle de conférences sur une culture méditerranéenne complexe.

PhotoMed, Festival de la photographie méditerranéenne

Jusqu’au 17 juin, divers lieux à Sanary-sur-Mer, Bandol, Toulon et Bendor, www.festivalphotomed.com

PhotoMed

- Directeur artistique : Jean-Luc Monterosso, directeur de la Maison européenne de la photographie, Paris « La photographie marocaine » : Mouna Mekouar, commissaire indépendante

- Nombre d’artistes : 29

- Nombre d’œuvres exposées : 496

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°371 du 8 juin 2012, avec le titre suivant : Un festival pour la Méditerranée

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