Jeudi 24 septembre 2020

Se réfugier auprès de Francesca Sanna

Par Gérald Guerlais · L'ŒIL

Le 28 septembre 2016 - 345 mots

JEUNESSE - C’est l’une des caractéristiques principales du travail de la jeune femme : le mouvement. Dès sa formation artistique – puisqu’originaire de Cagliari –, Francesca Sanna a quitté sa Sardaigne pour la Suisse où elle a obtenu le diplôme de l’École d’art de Lucerne.

Ce déracinement marque définitivement l’illustratrice et surtout l’auteure. Au point de la sensibiliser particulièrement à la notion d’exil. Expérience personnelle et forte actualité exigent. La thématique choisie pour son premier album le confirme : partir, au-delà des frontières. Sanna connaît son alphabet iconographique. Et son travail valide la théorisation de l’iconotexte chère à Michael Nerlich.

Elle demeure en mouvement dans son trait, tout en saillies sinueuses et courbes, qui fait circuler le regard de pleins en déliés, de formes en négatif et positif, de silhouettes lisibles, comme pour nous guider à travers la multitude de détails qui enrichissent ses compositions. Le foisonnement dans certaines de ses images rappelle des compositions du Douanier Rousseau ou de David Hockney. Du mouvement également dans sa palette colorée dont la vivacité fait songer au travail chromatique de Delaunay. La représentation des oiseaux évoque celle de Charley Harper, artiste prégnant chez les illustrateurs mondiaux de ce début de XXIe siècle. Nonobstant ces jalons identifiés, le propos n’est jamais sacrifié au profit d’une esthétique. Si le plaisir plastique est manifeste, si le registre formel cache difficilement ses emprunts, ils ne disputent jamais leur place à la force du contenu qu’ils servent.

Avec maestria et à hauteur d’enfant, sans céder à la mièvrerie, Sanna démontre une grande maturité de mise en scène et une rare considération pour son jeune auditoire, sans exclure les adultes. Au casting : les disproportions des personnages pour décrire l’autorité militaire, les alternances de couleurs froides et chaudes pour rendre compte des émotions contradictoires. Elle ménage ses effets et organise ses pages en rythme, offrant de généreux décors, puis de grandes respirations dépourvues de superflu. Partir : au-delà des frontières a un titre prophétique, puisque l’album est décliné dans toutes les langues. Un talent qu’on espère sans limites. À suivre au-delà des ans.

Partir : au-delà des frontières

Francesca Sanna, Gallimard, 44 p., 15,90 €.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°694 du 1 octobre 2016, avec le titre suivant : Se réfugier auprès de Francesca Sanna

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