Dimanche 25 octobre 2020

Lee Bae - Premières oeuvres

L’exposition montre des travaux peu connus de l’artiste coréen

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 20 mai 2014 - 525 mots

SAINT-LOUIS - De Lee Bae, né en 1956 près de Daegu en Corée du Sud et installé à Paris depuis 1990, on a surtout vu les grands tableaux en noir et blanc crème réalisés au cours de ces dix dernières années et régulièrement montrés.

En revanche, ses œuvres des années 1990, époque où il était moins connu, n’ont été que peu montrées, voire pas du tout pour certaines. C’est l’un des grands intérêts de l’actuelle exposition qui, en réunissant quelque 80 œuvres de 1990 à aujourd’hui, est la première rétrospective consacrée à l’artiste. L’architecte Jean-Michel Wilmotte en est le commissaire, de la même manière qu’il était ici même celui de l’exposition de Lee Ufan qui, il y a pile dix ans, en 2004, inaugurait la Fondation Fernet-Branca.

Le début du parcours rappelle ainsi de belle manière que lorsqu’il est arrivé à Paris, Lee Bae a commencé à travailler avec du charbon de bois, un matériau symbolique en Corée. Jusqu’en 2000, Lee Bae l’a décliné sous différentes formes dans toutes les disciplines. En tableaux d’abord, pour lesquels il broyait du noir de charbon en poussières, juxtaposait et collait des morceaux de charbon de bois qu’il ponçait ensuite pour jouer sur les noirs, les moirés, les reflets. En sculpture ensuite, pour donner du volume au noir et lui dessiner des contours différents, démultipliés en plus par les ombres. Également en installation, à l’exemple de celle spectaculaire, Issue du feu (1997), qui n’avait jusqu’alors été réalisée qu’une seule fois à Séoul et qui se compose de 80 blocs-boules de charbon, trouées, sculptées et accrochées sur un grand mur comme un paysage en (points de) suspension, comme une géographie propre à la contemplation.

Du charbon de bois aux dessins
Dans ce même registre de l’inédit, le premier étage de la Fondation révèle une magnifique surprise avec ce « Cabinet de dessins 1997-2000 ». Il rassemble un ensemble de 57 papiers, jamais montrés, accrochés côte à côte, qui prennent pour sujet unique un kaki (le fruit) que Lee Bae croque sous tous les angles, toutes les formes, toutes les peaux avec une qualité de traits digne d’une photographie. Hallucinant, tout comme cette série d’insectes figurés par des agrafes, dans la pièce suivante. La suite du parcours est dominée par les tableaux plus récents, très contrastés avec leurs formes noires tendues, parfaitement réfléchies sur des fonds couleur de cire et de cierge, comme s’ils étaient réalisés avec de la paraffine alors qu’il s’agit de médium acrylique. Ils représentent et concentrent magnifiquement ce qui pourrait apparaître comme des oppositions et qui, chez Lee Bae, est surtout une dualité, une conjonction entre la matière et l’immatériel, le vide et le plein, l’ombre et la lumière, la nature et l’écriture et bien sûr, telle une signature aujourd’hui, la rencontre du blanc et du noir, cette cartographie d’étendues blanches et d’archipels ou de continents noirs. Un blanc qui sert de faire-valoir à ce noir qui, depuis toujours et particulièrement visible ici, est indéniablement le thème central de Lee Bae. Ce noir auquel il donne une formidable vibration et profondeur et qui, telle une matière première, lui permet de parler du temps, de l’énergie, de la vie.

Lee Bae

Jusqu’au 31 août, à la Fondation Fernet-Branca, 2 rue du Ballon 68300 Saint-Louis, tél, 03 89 69 10 77
www.fondationfernet-branca.org
mercredi-dimanche 14h-19h.

Légendes photos
Lee Bae, Issue du feu, 1998, sculpture de charbon de bois, 50 x 40 x 50 cm. © Photo : A. Morin.

Lee Bae, Paysages, 1991-1992, charbon de bois sur toile, vue de l'exposition au Musée Fernet-Branca. © Photo : A. Morin.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°414 du 23 mai 2014, avec le titre suivant : Lee Bae - Premières oeuvres

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