Dimanche 22 septembre 2019

Monographie

Jules de Balincourt, l’utopiste désenchanté

Par Pauline Vidal · Le Journal des Arts

Le 22 avril 2014 - 492 mots

Au Musée d’art contemporain de Rochechouart, les peintures oniriques du New-yorkais d’origine française explorent la métaphore de l’île, révélant l’espoir d’un nouveau monde.

ROCHECHOUART (HAUTE-VIENNE) - Très vite propulsé sur le devant de la scène internationale, Jules de Balincourt (né en 1972 à Paris) qui a grandi aux États-Unis et s’y est installé, développe depuis dix ans une peinture néo-pop, dont la naïveté calculée trahit un certain désenchantement.

Sous le titre évocateur de « Misfit Island », le Musée de Rochechouart lui consacre sa première exposition monographique dans un musée européen. Soit douze peintures réalisées entre 2003 et 2014. « Misfit Island, c’est l’idée ou la métaphore d’un microcosme. Pas littéralement une île, mais un refuge, un modèle utopique alternatif, (…) où tous ceux qui remettent en cause les constructions et les paradigmes actuels convergent pour discuter d’une réalité plus éclairée », précise Balincourt.
Le parcours s’ouvre sur une carte de France bariolée, où le nom des villes a été effacé en référence à la volonté des États-Unis d’isoler la France suite à son refus de s’engager après le 11 septembre dans la guerre contre l’Irak. Il y a là une allusion à sa situation personnelle d’émigré et à la dimension politique de sa peinture, mais aussi un puissant désir d’ailleurs, le désir d’un autre monde.

Abreuvé de culture et de mondialisation
Les quatre grands formats rassemblés dans la salle suivante donnent à voir des scènes oniriques, où se lit une étrange fascination pour les univers parallèles et les espaces-temps incertains : des soldats en habits de camouflage à l’identité trouble, une explosion pouvant signifier autant le commencement du monde que sa destruction, une fête organisée sur la terrasse d’un immeuble sous un ciel électrique, ou encore un rassemblement autour d’un arbre aux couleurs de l’arc-en-ciel. Balincourt a pris acte des bouleversements introduits par Internet et la mondialisation. Il s’inspire du flot d’images dont nous sommes quotidiennement abreuvés pour créer des images-palimpsestes, où se mêlent indistinctement des thèmes de l’histoire de l’art (du symbolisme au pop art en passant par le futurisme) et des éléments vus dans la presse, le cinéma, la vie quotidienne.

Moins forte plastiquement, la suite de l’exposition continue toutefois à filer la métaphore de l’île. Dominés par des bleus profonds, quatre petits et moyens formats exploitent tour à tour le potentiel onirique propre aux clichés de l’exotisme et du voyage (un bateau qui accoste, une plage avec des palmiers) et à la cartographie (deux cartes rappellent étonnamment les Transparences de Picabia jouant sur les effets de superposition). Le parcours se clôt sur l’évocation, à travers diverses archives (films, photos, affiches) de l’espace communautaire Starr Space ouvert par l’artiste à Brooklyn de 2006 en 2009 pour accueillir performances, concerts, cours de yoga… une sorte de rêve éveillé qui rappelle les utopies communautaires des années 1970, et qui invite à percevoir l’art comme un des rares espaces de résistance encore possible.

Misfit Island

Commissaire : Annabelle Ténèze
Nombre d’œuvres exposées : 12

Jules de Balincourt, Misfit Island

Jusqu’au 8 juin 2014, Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart, Place du château, 87600 Rochechouart
tous les jours sauf le mardi 10h-12h30 et 13h30-18h
www.musee-rochechouart.com

Légendes photos
Jules de Balincourt à New York - 2014 - © Photo Baptiste Lignel pour L'oeil

Jules de Balincourt, Off Base, 2012, huile et acrylique sur bois, 243,8 x 304,8 cm. Courtesy de l'artiste et de la galerie Thaddaeus Ropac, Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°412 du 25 avril 2014, avec le titre suivant : Jules de Balincourt, l’utopiste désenchanté

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