Vendredi 22 novembre 2019

Design : les tendances de la rentrée

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 20 août 2013 - 1173 mots

La 52e édition du Salon international du meuble de Milan, en avril dernier, a, comme à son habitude, livré son lot de tendances. En voici une sélection qui devrait s’afficher sur le devant de la scène d’ici à la fin de l’année.

Les couleurs flashy et fluo
De peur, sans doute, de trop broyer du noir en ces temps incertains, d’aucuns préfèrent répandre les ondes positives de couleurs franches, en l’occurrence flashy et fluo, lesquelles électrisent les esprits et, par ricochet, la production. Selon l’historien et spécialiste de la couleur Michel Pastoureau, « les couleurs fluo possèdent la propriété de transformer la lumière qu’elles reçoivent en radiations de plus grande intensité ». Soit ! Les designers, eux, ont deux façons d’opérer. Une manière douce, comme continuent à la distiller les pionniers de ces nuances allumées, les Néerlandais Stefan Scholten et Carole Baijings, qui, pour Hay, égayent toute une collection d’accessoires de bureau tels les classeurs Colour Binders, une gamme de verrerie loufoque Colour Glass, ainsi qu’une série de tapis en papier Paper Carpet. Avec parcimonie aussi, Matali Crasset réveille d’un rose appuyé l’angle coupé de son socle en ciment One Cut (Concrete by LCDA). Idem, chez Moroso, avec Patricia Urquiola qui enrobe les accoudoirs de sa jolie chaise Mathilda d’un jaune fluo et Werner Aisslinger qui trempe les pieds de son siège Bikini Wood dans un rouge vif. Mais il existe aussi la manière forte : ainsi le jeune designer François Dumas bariole-t-il sa famille de lampes en mousse Eva de stries soutenues. Stefan Diez, lui, n’y va pas par quatre chemins, non plus avec le dos du pinceau, et plonge entièrement sa chaise This et son fauteuil That, tous deux chez E15, dans un bain rose tout ce qu’il y a de fluorescent.

Le régime « chips »
C’est devenu un exercice de style : prendre une forme, la plus simple et la plus fine possible, puis la tortiller dans tous les sens pour en façonner un objet. Cette année, la « chips » est à l’honneur. Ainsi en est-il de la chaise Kuki de Zaha Hadid (Sawaya & Moroni), disque de résine judicieusement plié sur lui-même pour former à la fois piètement, assise et dossier. Sebastian Bergne, lui, replie délicatement la forme pour créer la lampe Curl (Luceplan). L’expérimentation est d’autant plus saisissante que le matériau est résistant : Michael Anastassiades, avec la firme Henraux, dessine une série de très minces disques de marbre qui se recroquevillent sur eux-mêmes comme si la matière devenait molle. Marbre encore, avec cet autre projet de Zaha Hadid pour le marbrier Citco : la table Mercuric arbore un subtil travail sur le motif et ondule telle une… chips.

Les designers fildeféristes
Le tube serait-il de retour ? Certes, ont ressurgi, ces derniers temps, au travers de moult expositions, une myriade d’œuvres conçues par des as du tube métallique comme Eileen Gray, Marcel Breuer ou Charlotte Perriand. Reste que ledit matériau continue, vaille que vaille, à faire fantasmer plus d’un designer actuel. Deux registres sont privilégiés. Soit le tube reste rigoriste – tels le piètement de la table Breeze de Monica Förster (Swedese) ou le mobilier sculptural du tandem belge Fien Muller et Hannes Van Severen pour la galeriste anversoise Valerie Traan –, voire forcit un brin, comme pour la ligne de mobilier Tropez de Stefan Diez (Gan) ou pour la chaise Parrish (Emeco) que Konstantin Grcic a dessinée pour le Parrish Art Museum, à New York. Soit le tube s’émancipe franchement des préceptes du Bauhaus pour initier quelque délire graphique.
Ainsi, le trio suédois Mårten Claesson, Eero Koivisto et Ola Rune, décidément plein d’attentions, imagine la chaise Heart (David Design), dont le dossier arbore une silhouette en forme de… cœur. Tandis que le trio suisse Atelier Oï conçoit l’original siège Oasis (Moroso), dont le revêtement est maintenu par une structure tubulaire façon tambour de brodeuse et le dossier forme comme une calligraphie dans l’espace. Pour Magis, le designer allemand Konstantin Grcic, encore lui, propose l’assise Traffic, inspirée du mythique fauteuil LC2 de Le Corbusier, mais dont la structure se fait davantage alambiquée, un poil trop d’ailleurs.

Le mobilier plateforme

Fut un temps, pas si lointain, où un siège suffisait. Plus maintenant. Après les assises XXL, c’est l’espace tout entier qui devient assise. N’était-ce les couleurs, on se croirait revenu à la fin des sixties, à l’instar d’un Verner Panton proposant son Phantasy Landscape, avec mobilier intégré tout en mousse. Pour Knoll, Rem Koolhaas recycle des éléments d’une scénographie d’un défilé Prada pour créer des « meubles » étranges, dont Counter, rangement qui se transforme en « lieu de convivialité (sic !) ». Chez Moroso, l’Allemand Werner Aisslinger imagine Bikini Landscape, système mélangeant table, portant pour vêtements, conteneur, étagères, écrans et, heureusement…, assises. Plus cosy, l’Espagnole Patricia Urquiola déploie Mangas Space (Gan), ensemble de tapis et d’assises en laine épaisse qui se connectent entre eux à l’envi.

La matière ajourée
La haute technologie fait aujourd’hui faire des prouesses aux matériaux, qu’ils soient « durs » ou « mous », et souvent les sublime. Certains designers expérimentent ainsi la matière, surfant avec un délice non feint aux limites du joyeux et néanmoins fatal équilibre entre les pleins et les vides. Pour la firme Molteni, l’architecte britannique sir Norman Foster déploie la table Teso, dont le piètement, à la forme structurelle complexe, est né d’une lame d’aluminium d’abord subtilement incisée au laser, puis délicatement étirée pour générer un solide tridimensionnel stable. Le trio helvète Atelier Oï, lui, conçoit, pour le verrier Venini, la suspension Étoile filante, un bulbe de verre soufflé enchâssé, telle une proie, dans des rets d’un cuir extrêmement fin.

Fan de solutions techniques sophistiquées, auxquelles il adjoint un dessin en tout point rigoureux, le jeune Anglais Benjamin Hubert s’en donne à cœur joie. Pour l’éditeur allemand ClassiCon, il dessine le beau fauteuil Membrane, forme imposante composée d’une structure métallique laquée habillée d’un revêtement semi-transparent tissé de fils de polyester. Et pour le fabricant italien Moroso, il imagine une assise amusante, Cradle, munie d’un haut dossier constitué d’une maille déformable, tel un filet de pêche. Serait-ce l’utilisateur qui, une fois assis, constituerait désormais la proie ?

Artisanat et fait main
Le contexte de crise inciterait-il à un retour aux métiers de la main ? Les savoir-faire de haute qualité font en tout cas un retour remarqué. À preuve, l’exposition « Handmade » montée par la revue britannique Wallpaper où l’on trouve des lampes en laine de Snarkitecture et un splendide parapluie signé Naoto Fukasawa, dont le manche est une branche brute. Le duo israélo-nippon Boaz Cohen et Sayaka Yamamoto, lui, a œuvré avec des artisans de la région de Kyoto pour réaliser « Origin/Part IV », trois collections de pièces magnifiques en verre, en céramique et en cèdre. Tandis que l’Espagnol Tomás Alonso conçoit l’étonnante gamme d’objets en cuivre pour le bar Pétanque (Lobmeyr). Pour la maison Hermès, Philippe Nigro dessine « Les Nécessaires », huit meubles élégants, dont le serviteur-psyché Groom et son miroir pivotant, ou le portemanteau Vestiaire, doté de vide-poches gainés de cuir.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°660 du 1 septembre 2013, avec le titre suivant : Design : les tendances de la rentrée

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