Mercredi 19 février 2020

Coup de bambou

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 4 septembre 2015 - 409 mots

Sèche-cheveux - Décoiffant, le design ? À n’en point douter. À preuve : ce sèche-cheveu en bambou imaginé par le designer Samy Rio, lequel lui a permis de remporter, cette année, le grand prix du jury du Festival Design Parade de la Villa Noailles, à Hyères.

L’objet rappelle étrangement le projet d’un autre ancien lauréat dudit festival, Jean-Baptiste Fastrez, Grand Prix du jury 2011. Ce dernier avait également cogité sur la typologie du sèche-cheveux, mais s’était, lui, concentré sur la poignée, en bois, à travers une recherche intitulée avec humour Tomahawk, ses modèles arborant l’allure des haches de guerre chères aux Indiens d’Amérique du Nord. Samy Rio, lui, a choisi de repenser l’engin dans sa globalité et à partir d’une matière première plutôt originale, le bambou, dont il considère la canne comme « un profilé alternatif aux extrusions de plastique ou de métal usinées ». Pourquoi un tel matériau ? « C’est une ressource disponible en grande quantité, renouvelable et recyclable », indique Samy Rio. Le bambou est, en outre, solide, résistant et… pas cher. En revanche : « Pour être considérée comme un matériau utilisable de façon quasi ‘’industrielle’’, la canne doit être redessinée en un tube parfaitement circulaire », explique le designer. Aussi, côté technologie, l’homme n’a pas cherché à couper les cheveux en quatre et a lui-même inventé, à partir de machines existantes, l’outil garantissant de transformer de manière précise ledit tube de bambou, en l’occurrence : une fraiseuse numérique montée sur un tour à bois industriel. Celui-ci lui permet, par calibrage, de gommer les irrégularités d’origine de la surface, offrant ainsi une structure tubulaire impeccable. Quant à la surface justement, Rio a expérimenté moult traitements : la peinture certes, mais aussi le flocage, la gravure ou, carrément, la « brûlure » au chalumeau, histoire de créer divers effets. Marque et/ou notices techniques peuvent ainsi être directement gravées sur le produit. Déjà lisse par nature, l’intérieur du tube de bambou permet d’y loger aisément des supports en élastomère qui font office de joints étanches et recueillent les divers composants électriques et électroniques. En l’appliquant à la conception d’appareils électriques, Samy Rio détourne, de fait, le bambou de l’habituelle esthétique artisanale. Naîtront deux séries de prototypes : des sèche-cheveux, donc, mais également des enceintes Bluetooth. Sur ces dernières, pas de boutons, mais des pictogrammes directement gravés en façade et connectés à des interrupteurs plaqués à l’intérieur du tube. Le bambou agit alors presque comme un écran tactile.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°682 du 1 septembre 2015, avec le titre suivant : Coup de bambou

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