Photographie

(Re)découverte d'artiste

Charlotte Mano

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 24 mars 2020 - 571 mots

Sa mère, Charlotte Mano ne l’avait jamais photographiée.

L’annonce en 2017 de sa maladie l’amena à quitter Lisbonne, où elle était en résidence, et à lâcher son logement parisien pour s’installer auprès d’elle pendant trois mois. S’entama alors par la photographie un dialogue inédit. De ces conversations entre une fille et sa mère sont nées des images puis une série, Thank You Mum, formée au fil des autres séjours. Lauréate 2020 du Prix HSBC pour ce récit, Charlotte Mano dit à 30 ans « avoir entamé avec ce travail une nouvelle façon de travailler »

Partir à la rencontre de sa mère
Engagé en 2017 et mené depuis en fonction de l’état de santé de sa mère, ce travail au long cours est de fait le premier réalisé dans une telle complétude et une liberté d’expression que l’on ne retrouve pas dans ses travaux antérieurs, largement dominés par le portrait réalisé en studio selon un protocole à chaque fois différent. Dans Thank You Mum, la mise en scène est certes toujours de rigueur, mais dans une souplesse et une liberté de ton inédite. De la première photo mettant en scène sa mère allongée nue, recouverte de chanterelles dans une nature verdoyante, à la dernière image d’elle, en noir et blanc derrière un drap suspendu pour sécher au soleil, le récit fait la part belle au corps, aux gestes et à la nature du Sud-Ouest de la France, où Charlotte Mano a grandi. Par des mises en scène réalisées avec trois fois rien et un simple appareil numérique, elle rejoue ainsi des souvenirs de l’enfance, en reconstitue d’autres, donne une forme à ce qui n’a pas été vécu ou dit, découvre aussi la femme que fut sa mère, sa dépression et lui donne la place pleine et entière qu’elle mérite. 

Un portrait sans concession
La mort s’énonce parfois frontalement dans une dalle funéraire que Charlotte Mano a fait graver ou un masque mortuaire vierge de tout trait confectionné dans cette perspective. Leur blancheur immaculée n’est pas sans convoquer celle du drap de la série Linceul survolant à ras de paysage une nature ensoleillée (toute première série qu’elle réalisa dans le cadre de son dossier d’admission auxww Gobelins). « C’est un drap de ma grand-mère qui est toujours en vie que j’avais envie de disposer dans le paysage de mon enfance en souvenir de ces draps qu’elle disposait sur l’herbe à la pleine lune pour les rendre encore plus blancs », précise-t-elle.

Dans Thank You Mum, l’enfance, la mort, du moins la disparition annoncée et redoutée interprètent donc à nouveau un pas de deux, mais en jouant pour la première fois sur différentes tonalités, en couleur ou en noir et blanc. Scènes de nus à deux ou non, portraits en plan resserré et frontal sans concession sur l’état de sa mère ou au contraire regard porté placé sous une lumière tamisée : les registres diffèrent, l’onirisme s’immisce. Progressivement, elle-même est rentrée dans le cadre, laissant à sa mère le soin de la photographier. Les hommes de la famille, frères ou père, sont absents. Les dernières photos réalisées ont toutefois intégré le père, mais rien ne dit qu’elles feront un jour partie d’un autre récit. 

BIOGRAPHIE

1990 
Naissance à Le Porge (Gironde)


2008 
Quitte la maison familiale
 

2009-2013 
Master de lettres puis de communication culturelle
 

2014-2017 
École de l’image Les Gobelins
 

2018 
Exposition Bourse du Talent à la BnF


2019 
Première exposition personnelle au Château d’Eau 
à Toulouse
 

2020 
Lauréate du Prix HSBC avec Louise Honée

Thématiques

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°733 du 1 avril 2020, avec le titre suivant : Charlotte Mano

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