Samedi 17 février 2018

Chronique mitterrandienne (II)

Par Jean-Christophe Castelain · lejournaldesarts.fr

Le 23 juin 2010

PARIS [23.06.10] – Tout semblait réussir au nouveau ministre jusqu’à la tempête politico-médiatique autour de son livre, « La Mauvaise Vie ». Nous rappelons, dans ce deuxième épisode du bilan de Frédéric Mitterrand, les temps forts de juin 2009 à juin 2010.

Il y a avant et après. Avant la controverse sur La Mauvaise Vie et après. L’état de grâce n’aura duré que trois mois, jusqu’à la polémique sur les relations tarifées du ministre en Thaïlande. Et pourtant, jamais ministre de la Culture n’avait suscité une telle adhésion positive à sa nomination.

Un Mitterrand ministre de la Culture, cela plaît à l’opinion et fait grincer les dents dans l’opposition. Son image de personnage dandy, drôle, intelligent, un peu vieille France et dilettante, popularisé et rendu sympathique par ses émissions à la télévision, le sert. On apprécie son style peu orthodoxe et ses bourdes, par exemple de ne pas avoir su garder sa langue lorsqu’il a appris sa nomination. Brûlant la politesse à Claude Guéant, qui l’annoncera officiellement le mercredi 24 juin, Frédéric Mitterrand informe ses collaborateurs à la Villa Médicis dès la veille, oubliant que Rome n’est pas à plusieurs jours de malle-poste de Paris. Dans la minute qui suit l’adieu aux collaborateurs, tout Paris est au courant. Christine Albanel, qui occupait le poste depuis vingt-cinq mois, l’apprend par la même occasion. Frédéric Mitterrand s’en excusera auprès d’elle.

La tournée des festivals

« Frédo » attire immédiatement les médias. Il faut dire qu’il y connaît tout le monde et que ses amis se pressent pour l’inviter. Contrairement à Christine Albanel qui reçoit une longue lettre de mission pleine d’objectifs chiffrés, on lui demande avant tout de faire de l’affichage. Ça tombe bien, c’est la saison des festivals où il se rend avec voiture officielle, petits marquis et gourmandise : art lyrique à Aix-en-Provence le 3 juillet, Rencontres photographiques d’Arles le 11, Festival d’Avignon le 12, Tour de France cycliste (!) le 18. Quinze jours de vacances ne sont pas de trop début août pour prendre des forces en vue du second round : le piano à La Roque-d’Anthéron le 19 août, la Biennale de Venise du 21 au 23, le Festival baroque de Sablé-sur-Sarthe le 25, les Victoires du jazz le 1er septembre, à nouveau Venise pour la Mostra le 2. Le 5, il est ovationné lors de l’université d’été des jeunes UMP à Seignosse, où il manie avec talent l'autodérision. On se bouscule pour l’approcher, le toucher. L’ambiance est cependant moins accueillante à la fête de l’Humanité quelques jours plus tard, où le ministre est conspué.

De succès en succès

Il faut néanmoins accomplir quelques tâches administratives, comme finir le travail sur le dossier Hadopi. Le parcours législatif du projet de loi Création et Internet va de rebondissement en rebondissement. Rejeté par le Parlement le 9 avril pour cause d’insuffisance de députés UMP présents dans l’hémicycle, revoté le 13 mai, il est censuré par le Conseil constitutionnel le 10 juin. Il faut donc relancer la procédure parlementaire. Hadopi II, nom du second texte, est finalement adopté le 22 septembre.

Un succès que l’on met au crédit du ministre. Frédéric Mitterrand flotte au sommet de l’Olympe. Lorsqu’il en descend, par exemple lors de la présentation du programme du Conseil pour la création artistique, c’est pour mieux circonvenir « son ami » Marin Karmitz. Il n'y a qu'un seul pilote à la barre.

Et c’est un ministre auréolé de sa mandorle qui présente à la presse le 1er octobre un « très bon » budget 2010. Avec une hausse, hors frais de personnel, de plus de 5 % des crédits de paiement pour 2010, le budget prévisionnel de son ministère témoigne d’un soutien appuyé du Président.

La tempête politico-médiatique

Mais la mèche qui fera exploser son capital de sympathie est allumée depuis quelques jours. Roman Polanski vient d’être placé en garde à vue en Suisse. Le ministère publie immédiatement un communiqué de presse en faveur du réalisateur. Pendant quelques jours, l’opinion est indécise, on entend surtout les soutiens patentés de Polanski. Puis, petit à petit, des voix s’élèvent pour rappeler la gravité des accusations de viol sur mineur à l’origine de cette interpellation. Frédéric Mitterrand ne prend pas la mesure de l’opinion et répond vivement aux journalistes anglo-saxons qui l’interrogent le 1er octobre sur le sujet. On connaît la suite. Le 5 octobre, Marine Le Pen exige la démission du ministre en citant des extraits de son livre, La Mauvaise Vie. Le 7 octobre, c'est lors d'une piètre prestation sur son budget devant les députés de la Commission des affaires culturelles que le ministre commence à montrer sa fébrilité. Il répond à une provocation de Patrick Bloche en la qualifiant de « question perverse ». Sa langue a manifestement fourché et la tension monte d'un cran entre les deux hommes. À la sortie de l'audition, les caméras de télévision assaillent le ministre, qui est exfiltré par une issue de secours. La polémique enfle, Frédéric Mitterrand est obligé de s’expliquer le 8 sur TF1. Sa prestation jouant sur l'empathie conjuguée à la solidarité gouvernementale et au soutien de quelques éditorialistes qui dénoncent une chasse aux sorcières met fin à la couverture médiatique. Un sondage BVA pour Canal indique que 67 % des Français ne veulent pas le voir démissionner.

Pourtant le ressort semble cassé même si le ministre continue à enregistrer quelques succès. La grève en décembre 2009 dans les musées et monuments historiques, partie du Centre Pompidou, ne prend pas, le ministre a tenu bon. Toujours en décembre, le Président attribue une enveloppe de 750 millions d’euros pour la numérisation du patrimoine dans le cadre du Grand Emprunt. De quoi réaffirmer son autorité et reprendre la main sur un dossier qui s'était cristallisé sur l'impécuniosité de l'État face au géant Google. Depuis, aucun temps fort n’est venu animer la vie du ministère, qui se plie dès janvier 2010 à la réorganisation voulue par la révision générale des politiques publiques.

Amour et désamour

La cote de popularité du ministre dans l’opinion rend bien compte de ses infortunes. En juin 2009, selon le sondage TNS Sofres / Figaro Magazine, 42 % des Français lui font confiance, soit un point de plus que François Fillon. Quatre mois plus tard, après la polémique, le pourcentage de confiance tombe à 25 % pour fluctuer depuis entre 24 % et 23 % quand celui de François Fillon est entre 37 % et 38 %.

Reste que sa notoriété audiovisuelle persiste à lui assurer un courant de sympathie dans l’opinion, car comment expliquer que le pourcentage de confiance de Renaud Donnedieu de Vabres au cours de sa première année se soit maintenu entre 9 et 11 %, et que celui de Christine Albanel n’ait pas bougé de 9 % avant que le sondeur ne la retire de l’enquête par manque de notoriété. Et puis les Français se sont émus de son accident de scooter en janvier 2010, occasion pour Nicolas Sarkozy de réaffirmer sa mansuétude à l'égard de son ministre blessé.

Mais, depuis, il se fait plus discret.

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