Disparition

VGE et la culture : un continuateur plus qu’un réformateur

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2020 - 600 mots

La politique culturelle de Valéry Giscard d’Estaing, mort à l’âge de 94 ans, ne fut pas marquée par de grandes réformes.

Valéry Giscard d'Estaing en 1982. © Philippe Wojazer / AFP
Valéry Giscard d'Estaing en 1982.
© Philippe Wojazer / AFP

Authon (Loir-et-Cher). Les hommages de circonstance après le décès de l’ancien président de la République des suites du Covid-19 ont permis de commencer à réévaluer ses grandes réformes de société. Il n’en va pas de même de son bilan culturel, qui reste voilé par l’image d’un président distant, pâle écrivain, aux goûts artistiques conservateurs.

Les faits les plus visibles et les plus symboliques ne plaident pas en faveur d’un septennat culturel de rupture. Ainsi en est-il du changement d’intitulé et de périmètre du ministère de la Culture durant son septennat (1974-1981). D’abord rétrogradé en « secrétariat d’État », celui-ci recouvre son rang de ministère afin d’attirer des personnalités politiques de poids et se voit adjoindre l’Environnement, avant de le perdre au profit de la Communication. En dehors de Michel Guy, les trois autres titulaires du portefeuille ministériel – Françoise Giroud, Michel d’Ornano puis Jean-Philippe Lecat – n’avaient pas de compétences particulières en matière culturelle.

Le poids du budget de la Culture rapporté à celui de l’État stagne autour de 0,56 % et s’effondre même à 0,47 % dans le projet de budget pour 1981, dernière année du septennat. L’effet de contraste est particulièrement saisissant avec la période Mitterrand/Lang qui voit ce taux passer à 0,76 % et frôler le chiffre totémique de 1 % (0,93 %) en 1986. Il est vrai que les années Giscard sont marquées par le premier choc pétrolier et la crise économique qui s’ensuit. Quand VGE libéralise le prix du livre en 1979, le ministre de la Culture Jack Lang s’empresse deux ans plus tard de faire voter le prix unique, s’attirant la sympathie de toute la filière.

Un intérêt marqué pour le patrimoine

L’ancien président voulait réformer la société française, mais en libéral convaincu il considérait que la culture est de ces espaces à qui il faut laisser le champ libre. C’est aussi l’époque où l’on comprend que la démocratisation culturelle passe de plus en plus par le marché, à travers la télévision, la radio, le disque.

Mais le marché ne peut pas tout, et il est des domaines où l’action publique reste essentielle. « En dehors de Paris, la France était un désert culturel », rappelait quelque temps avant sa mort Michel Guy. C’est en ce sens qu’il faut comprendre la généralisation et l’institutionnalisation des directions régionales des Affaires culturelles et l’incitation des collectivités locales à s’investir dans la culture.

Pour le patrimoine il a été aussi plus interventionniste, un peu par goût et un peu par conviction. 1980 fut ainsi déclarée « Année du patrimoine ». Il a fait voter une « loi de programmation des musées » qui consistait surtout à sécuriser les budgets destinés aux musées nationaux pendant cinq ans (de 1978 à 1982), soit l’équivalent chaque année de 153 millions d’euros actuels. Cette loi était taillée pour le Centre Georges-Pompidou, alors en construction, et surtout pour le futur Musée d’Orsay. Ce dernier était dans l’air avant son élection, mais c’est Valéry Giscard d’Estaing qui a pris la décision de protéger la gare et de la transformer en musée. François Mitterrand n’a pas remis en cause le projet, tout juste a-t-il fait débuter la chronologie à 1848 alors que son prédécesseur – présent à l’inauguration – voulait intégrer le romantisme. VGE a également été à l’initiative de la reconversion de la Villette et de la création de la Cité des sciences et de l’industrie, inaugurée en 1986 tout comme Orsay. Tout dernièrement, en 2011, il avait dirigé une mission sur le devenir de l’Hôtel de la marine et préconisé d’en confier la gestion au Louvre.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°557 du 11 décembre 2020, avec le titre suivant : VGE et la culture : un continuateur plus qu’un réformateur

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