Vendredi 23 octobre 2020

Michaël Borremans, un sculpteur qui se dit « frustré »

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 19 février 2014 - 618 mots

La figure peinte d’une jeune fille vue de dos, tête légèrement penchée de trois quarts à droite, natte tressée, chemisier rose, jupe plissée, privée de ses membres inférieurs, curieusement représentée sur une sorte de sellette que deux mains anonymes semblent venir de poser sur le plateau d’un meuble.

Signée Michaël Borremans, cette œuvre de 2005, intitulée The Skirt, connaît une variation encore plus mystérieuse où tête, buste et membres supérieurs ont totalement disparu, ainsi qu’un dessin au même motif désigné du nom de Skirtsculpture, tout aussi énigmatique. Le bizarre, l’étrange et l’incongru sont les ingrédients de prédilection de cet artiste belge, entré dans la cinquantaine l’an passé et qui déclare, non sans humour, être « un sculpteur frustré ».

« La peinture, c’est comme un marteau »
En vérité, Michaël Borremans est un artiste fou d’images qui, s’il est peintre malgré lui, fait aussi bien du dessin et des films que de la photo et de la sculpture – pour s’en servir de modèles. « La peinture, dit-il, c’est comme un marteau. Comme un pain. Ça ne change pas, ça n’a jamais changé. » Parce qu’elle est intemporelle, dans une connexion avec toutes les formes de l’histoire, et qu’elle est aussi le mode le plus contesté à notre époque, l’artiste a décidé à 33 ans de lui prêter toutes ses faveurs. Et il ne s’en prive pas, ayant fait le choix de mettre quasi exclusivement en jeu dans son travail la figure humaine. Une figure pour le moins inattendue tant il lui plaît de l’instruire dans des images en suspens les plus improbables, de la fragmenter, d’en saisir des plans rapprochés. Bref, Borremans n’a pas son pareil pour créer des situations qui le rattachent irrésistiblement à l’esprit de « Monsieur Magritte », sinon d’un surréalisme que son pays a porté au plus haut d’un imaginaire mêlé de mystérieux et de conceptuel.

De taille moyenne, le visage angulaire, barbe courte et cheveux en arrière d’un blond roux, tout habillé de noir, polo ras du cou, Michaël Borremans est un homme affable et discret que le succès ne semble pas atteindre. Parlez-lui du prix élevé de ses tableaux, il vous répond : « Ce n’est pas mon affaire. » Il vous confiera même que son objectif, c’est d’avoir « une galerie par continent », pas plus, et que Zeno X à Anvers et David Zwirner à New York depuis une douzaine d’années, plus une galerie à Tokyo, c’est déjà bien. Travailler dans la sérénité, voilà sa philosophie. Sa peinture en est le reflet : elle en appelle à une esthétique minimale, à une iconographie élémentaire que nourrit son regard sur le monde et à une palette qui avoue sa passion pour Manet. « Regardez comme il peint une fleur dans un vase : c’est incroyable. Tout y est ! » S’il dit être préoccupé par la question de la représentation, revendique l’idée de travailler à partir de la culture et non d’après nature, Borremans insiste aussi sur le fait qu’il faut savoir cultiver sa nonchalance pour ne pas être pris au piège d’un savoir-faire. Son œuvre en est l’illustration : elle balance entre troublante beauté et liberté d’invention. 

Repères

1963
Naissance en Belgique

1996
Diplômé de l’École supérieure d’art de Saint-Luc de Gand

2003
Première exposition personnelle outre-Atlantique à la Galerie David Zwirner

2006
Exposition à la Maison rouge, à Paris

1986
Lion d’or à la Biennale de Venise

2014
Vit et travaille à Gand

« Michaël Borremans. As Sweet as it Gets »

Jusqu’au 3 août 2014.
Palais des beaux-arts de Bruxelles (Belgique). Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Nocturne le jeudi jusqu’à 21 h. Tarifs : 12 et 10 €.
Commissaire : Dr Jeffrey Grove.
www.bozar.be

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°666 du 1 mars 2014, avec le titre suivant : Michaël Borremans, un sculpteur qui se dit « frustré »

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