Le Whitney Museum touche le gros lot

Le Journal des Arts

Le 13 septembre 2002

Grâce aux dons de treize membres de son conseil d’administration, dont le président Léonard Lauder, le Whitney Museum de New York a « décuplé » sa collection d’œuvres américaines d’après-guerre. Un enrichissement qui préfigure l’extension de l’institution.

NEW YORK - Ce sont 87 peintures, lithographies, dessins et sculptures d’environ une vingtaine d’artistes reconnus de la seconde moitié du XXe siècle qui viennent d’entrer dans les collections du Whitney Museum de New York. Elles s’enrichissent de chefs-d’œuvre des années 1950 et 1960, ainsi que de pièces plus récentes d’artistes ayant émergé à cette époque. Le résultat est éloquent, avec des œuvres phares d’Andy Warhol (Brillo Boxes, Double Elvis et Nine Jackies), de Jasper Johns (0 through 9, Double White Map et Savarian Can), de Roy Lichtenstein (World’s Fair Girl) et des œuvres remarquables de Jackson Pollock, Mark Rothko, Robert Rauschenberg, Claes Oldenburg et Sol LeWitt.

Pour la conservatrice Marla Prather, “le Whitney Museum a décuplé, et de façon subite, sa collection d’œuvres d’après-guerre. La plupart des musées mettent plusieurs décennies à en faire autant”. Tous ces dons seront exposés au musée du 24 octobre au 26 janvier 2003.

Cette exposition coïncide avec l’annonce de l’agrandissement du musée, qui serait confié à l’architecte néerlandais Rem Koolhaas. Interrogé à ce sujet, Léonard Lauder a tenu à préciser que “les récentes acquisitions n’ont pas pour but de justifier une expansion des locaux du musée, mais de combler les manques de la collection. De plus, le fait d’obtenir un tel soutien de nos ‘trustees’ a confirmé notre engagement et nous a rapproché comme jamais. Nous avons enrichi la collection permanente de façon spectaculaire, et j’espère qu’avec ce nouveau bâtiment nous allons pouvoir la présenter honorablement”.

Ces dons permettent au musée de rééquilibrer sa collection du XXe siècle, qui comportait surtout des artistes du début du siècle comme Edward Hopper, Stuart Davis, Charles Sheeler, mais peu d’œuvres d’après-guerre essentielles pourtant dans l’évolution de l’École de New York. “J’ai réalisé que si nous ne nous dépêchions pas d’acquérir ces œuvres, elles atteindraient rapidement des sommes astronomiques et seraient disséminées dans les musées”, explique Léonard Lauder, soixante-neuf ans, administrateur du Whitney Museum depuis un quart de siècle et président du conseil d’administration depuis 1994. Il est lui-même à l’origine de plus de la moitié des dons avec, entre autres, vingt-trois œuvres de Jasper Johns et cinq d’Andy Warhol. Mais il souligne que le crédit revient aussi à “l’harmonie et à la synergie” que les membres du conseil ont mis dans ce projet. “Je ne l’aurais pas entrepris si un bon nombre d’administrateurs ne m’avaient soutenu dans cette voie”, ajoute-t-il. Finalement, quatorze membres du conseil sur quarante-deux ont participé à l’opération, soit en offrant des œuvres de leurs collections personnelles, soit en en achetant pour le compte du musée.

Cependant, toutes les œuvres n’ont pas été données au même moment. Anne et Joël Ehrenkranz ont offert leur Jim Dine, Robe, en 1999, puis un dessin de Lucas Samaras deux ans plus tard ; Faith Golden a donné ses deux dessins de Sol LeWitt en 1999 ; et Adriana et Robert Mnuchin ont promis leur Barnett Newman en 2000. Les autres donateurs sont Flora Miller Biddle, petite-fille de la fondatrice du Musée Gertrude Vanderbilt Whitney ; la célèbre collectionneuse Emily Fisher Landau ; Melva Bucksbaum, mécène du prix de la Biennale du Whitney ; le Bostonien Thomas H. Lee ; Daniel C. Benton ; Laurie Tisch Sussman ; James Gordon et l’artiste Chuck Close. Pour compléter les tableaux expressionnistes abstraits de Rothko, Kline, Still et Frankenthaler, et les sept Oldenburg – dont sa chambre à coucher rayée, un “sandwich” en vinyle BLT de la première heure et un Alto en vinyle plus récent –, Léonard Lauder a acheté certaines œuvres directement aux artistes : des toiles clés des débuts de Rauschenberg et de Kelly, deux sculptures de Cy Twombly, un lot de dessins ainsi que dix-sept lithographies Savarin retravaillées pour en faire des pièces uniques par Jasper Johns.

La plupart des dons de Léonard Lauder ont été transmis via l’American Contemporary Art Foundation, une fondation à but non lucratif qu’il a créée il y a quelques années et dont l’unique objet est d’enrichir la collection du Whitney. “Je suis un fan de musées, reconnaît M. Lauder. Je considère comme un devoir pour moi d’aider les œuvres à passer des collections privées au domaine public. “ Il précise que sa fondation possède encore “beaucoup” d’œuvres destinées au Whitney et que la collection s’enrichira aussi dans d’autres domaines, comme la lithographie et la photographie. Il a assuré que tout cela a “fortement mobilisé les administrateurs”. Avant de conclure :“Vous n’avez pas fini d’en entendre parler !...”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°154 du 13 septembre 2002, avec le titre suivant : Le Whitney Museum touche le gros lot

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