Dimanche 25 février 2018

Le patrimoine sauvé des ruines

Valoriser les monuments antiques en PACA

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 23 novembre 2007

Marseille, Arles, Orange, Fréjus... Autant de villes qui conservent d’exceptionnels vestiges de l’histoire gallo-romaine et des débuts de la chrétienté. Afin de restaurer et valoriser ce riche patrimoine antique, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur a lancé en 1999 avec l’État une vaste campagne de travaux. Le chantier s’inscrit dans le contexte de la décentralisation et pourrait bien faire des émules dans les prochaines années.

Si la région PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur) possède le plus riche patrimoine antique de France, elle n’a que trop tardé à s’en occuper. Pendant des siècles, les théâtres, amphithéâtres, enceintes, arènes et temples gallo-romains furent abandonnés aux violences du mistral, aux intempéries et autres agressions naturelles, bénéficiant seulement, ça et là, de quelques travaux de restauration. Résultat : nombre de ces monuments se trouvent actuellement dans un très mauvais état de conservation, certains risquant même de s’effondrer. Pour remédier à cette situation, l’État a lancé, en juillet 1999, sous le gouvernement de Lionel Jospin, un plan de conservation et de mise en valeur du patrimoine antique en PACA. Estimé à plus de 100 millions d’euros, il est financé à 50 % par l’État, 20 % par la Région, 25 % par les conseils généraux, et 5 % par les villes propriétaires des monuments. Le plan s’est accompagné, en janvier 2001, de la création de l’Agence pour le patrimoine antique, chargée de diffuser les recherches en cours, de sensibiliser le public et de revaloriser les sites.
Sont concernés par l’opération : le théâtre antique et l’amphithéâtre d’Arles, le théâtre antique et l’arc de triomphe d’Orange, l’amphithéâtre de Fréjus, la crypte de la cathédrale Notre-Dame-du-Bourg à Digne-les-Bains, l’abbaye de Saint-Victor à Marseille, les Antiques (arc de triomphe et mausolée) de Saint-Rémy-de-Provence, l’amphithéâtre  et le site archéologique de Cimiez à Nice, ainsi que les sites de Vaison-la-Romaine (Puymin et La Villasse). La plupart des travaux débuteront en 2004. Entreprise colossale, la restauration de l’amphithéâtre d’Arles (fin du Ier siècle) a, pour sa part, déjà commencé (lire le JdA n° 170, 2 mai 2003). D’un coût de 30 millions d’euros, cette campagne devrait durer dix ans. La seconde opération de très grande envergure concerne le théâtre antique d’Orange (début du Ier siècle), dont certains éléments seront reconstitués. La toiture qui couvrait la scène sera ainsi entièrement reconstruite dans un matériau contemporain, intervention particulièrement délicate confiée à l’architecte en chef des Monuments historiques Didier Repellin. “Tous ces chantiers sont intimement liés. Chaque avancée effectuée sur l’un d’eux va permettre d’en enrichir un autre, explique Bernard Millet, directeur de l’Agence pour le patrimoine antique. C’est l’un des grands avantages de cette expérience. Un chantier conduit à une échelle régionale fait avancer de manière générale la réflexion sur le patrimoine et la recherche. Architectes, archéologues et chercheurs ont l’occasion de réellement travailler ensemble, d’échanger leurs idées.” Une collaboration indispensable au regard de certains travaux, comme la restauration de l’abbaye de Saint-Victor qui s’annonce particulièrement complexe. Située sur les pentes méridionales du port de Marseille, l’abbaye fut érigée à partir du XIe siècle sur une crypte datant du Ve siècle. Rare témoin des premiers temps du christianisme, cette nécropole antique fut installée au fond d’une carrière, dont les fronts de taille apparaissent encore. Les piliers de l’église haute ne furent pas construits sur ceux de l’église basse, ils reposent sur “du vide” et des empilements de sarcophages. La pression est telle que l’édifice risque de s’effondrer. Les travaux prévoient de stabiliser les fondations par des coulées de béton et de consolider l’ensemble, pour un coût total de 10 millions d’euros. Il faudra ensuite aménager l’intérieur afin de rendre lisibles les différentes périodes historiques que ce bâtiment agrège étonnamment. Un éclairage spécifique pour désigner chaque époque est actuellement envisagé.

Valoriser de manière intelligente
À l’instar de l’abbaye de Saint-Victor, la majorité des monuments antiques de la région PACA n’ont jamais fait l’objet d’une vraie politique de mise en valeur. Pourtant, il s’agit d’un pôle d’attraction touristique majeur, le nombre de visiteurs annuels de ces sites étant estimé à près d’un million. Selon une étude conduite en 2000 par le laboratoire de l’université d’Avignon, 80 % du public ne revient pas sur les sites ou monuments visités, déplore le manque de dispositifs d’aide à la compréhension ainsi que la mauvaise qualité des services. Le plan lancé en 1999 devrait permettre de mieux répondre à ces attentes. Des mesures que certains ne voient pas d’un très bon œil, puisque l’arrière-pays PACA attire déjà de nombreux touristes aux mois de juillet et août. “Les visiteurs sont beaucoup moins responsables de la dégradation d’un site que le vent ou les intempéries, précise Bernard Millet. Il faut, une bonne fois pour toutes, prendre les choses en main pour éviter le pire. Les sites doivent être valorisés de manière intelligente, repensés dans un contexte global. Leur aménagement peut participer à la sauvegarde des paysages PACA, dont l’immobilier aura raison si l’on n’agit pas maintenant. C’est le grand enjeu des trente prochaines années. On ne préservera pas l’architecture de la région si on ne protège pas son environnement, c’est-à-dire le paysage.” Le projet d’aménagement des Antiques de Saint-Rémy-de-Provence, l’arc de triomphe (10-20 après J.-C.) et le mausolée (30-20 avant J.-C.), constitue un bel exemple de ce qu’il conviendrait de faire. Les deux éléments marquaient jadis l’entrée monumentale de la cité de Glanum – transformée aujourd’hui en site archéologique, également très visité –, dont ils sont malheureusement séparés par une route départementale ! Il est question de réaménager la voie romaine qui menait des portes de Glanum au cœur de la cité, afin de créer un ensemble cohérent, vestige exceptionnel d’une ville antique. Pour ce, il est nécessaire de déplacer la route et le parking, installé trop près des Antiques. L’aménagement est d’autant plus compliqué que le site archéologique appartient à l’État et les deux monuments à la ville. Mais la Région ne désespère pas de voir la situation évoluer puisque le plan en PACA s’inscrit dans une politique globale de décentralisation. Le président de la Région PACA, Michel Vauzelle (PS), dans une lettre datée du 22 avril 2003 adressée au Premier ministre, propose ainsi que sa région prenne sous tutelle l’ensemble des monuments nationaux situés sur son territoire. Dans ce cas, le Conseil régional pourrait se doter d’un service spécifique pour gérer la dépense publique, tandis que l’Agence pour le patrimoine antique deviendrait un établissement public régional. Très touristique, comprenant de grandes villes, une densité urbaine importante, un patrimoine riche et une forte pression immobilière, la région PACA constitue un véritable laboratoire pour la décentralisation, qui pourrait faire école...

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°172 du 30 mai 2003, avec le titre suivant : Le patrimoine sauvé des ruines

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