Mercredi 21 octobre 2020

La gauche et la culture - Débats

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 13 avril 2015 - 3616 mots

La gauche, et notamment le Parti socialiste au gouvernement, a-t-elle tourné le dos à la culture ? C’est la question que l’on a posée à des femmes et des hommes de gauche comme de droite qui, anciens ministres ou directeurs de cabinet, membres de la commission des Affaires culturelles à l’Assemblée nationale ou au Sénat, écrivain…, ont joué ou jouent encore un rôle central dans le champ culturel en France. Dans les pages de débats qui suivent, nous avons veillé à respecter l’équilibre des sensibilités politiques. Au Front national, qui n’est pas ici représenté, nous avons contacté Karim Ouchikh, administrateur national du Rassemblement bleu Marine et conseiller de Marine Le Pen à la culture, qui n’a pas donné suite à nos échanges.

GUILLAUME CERUTTI, ANCIEN DIRECTEUR DE CABINET DE JEAN-JACQUES AILLAGON
La politique culturelle fait l’objet d’un consensus entre droite et gauche

La gauche a-t-elle déserté le champ culturel ?
Guillaume Cerutti :
Aujourd’hui, la question ne se pose plus en ces termes, car la politique culturelle fait depuis longtemps l’objet d’un consensus entre droite et gauche de gouvernement, et les points de différenciation sont devenus assez minces. Le socle de notre politique culturelle, construit par André Malraux et par Jack Lang, est un acquis. Les budgets du ministère de la Culture sont, à quelques minimes différences près, construits de la même manière depuis 20 ans, et pèsent toujours environ 1 % du budget de l’État. L’équilibre entre le soutien à la création, le patrimoine, les établissements publics, l’audiovisuel public, reste le même année après année, et les charges fixes ou contraintes sont de plus en plus fortes, ce qui limite d’autant les initiatives nouvelles et donc la capacité pour un ministre à se différencier de son prédécesseur, qu’il soit de droite ou de gauche.
Sur beaucoup de grands sujets politiques, on constate également que les analyses, les postures, les actions (ou les inactions) sont largement identiques entre droite et gauche : soit que la gauche est venue par choix ou par obligation sur les terrains de prédilection de la droite (mécénat, défense des industries culturelles…), soit que la droite a intégré dans son logiciel culturel des thèmes habituels de la gauche (préservation du régime de l’intermittence du spectacle, défense des droits des auteurs…).
Un exemple emblématique de ce brouillage de frontières est le revirement de la gauche sur l’Hadopi, qu’il fut un temps question de supprimer pour favoriser la mise en place d’une licence globale, avant que ce projet soit logiquement abandonné juste après la présidentielle de 2012. Sur ce sujet, la frontière ne passe pas entre droite et gauche, mais plutôt entre gauche et gauche de la gauche. Un second exemple de l’effacement des clivages idéologiques concerne la question de la suppression partielle de la publicité sur les chaînes publiques, qu’on aurait plutôt attendue de la gauche, mais qui fut décidée par surprise par la droite dans un contexte budgétaire pourtant difficile, et que la gauche hésite aujourd’hui à remettre en question. Un troisième exemple tient à l’inefficacité commune de la droite et de la gauche face au « serpent de mer » de l’éducation artistique et culturelle à l’école : là, les annonces ambitieuses de début de mandat de chaque ministre se heurtent, rapidement et immanquablement, sur la réalité des moyens et la complexité des relations entre les ministères de la Culture et de l’Éducation.
Dans cette confusion idéologique, la politique culturelle est confrontée à ses limites et au risque de la répétition, voire au risque même de la fin de son histoire. La question centrale n’est donc plus de savoir si une politique culturelle peut être de droite ou de gauche, mais de savoir si une autre politique culturelle est possible. La réponse passe sans doute par un courageux recentrage de la politique culturelle sur quelques grandes priorités, par l’amincissement de l’administration du ministère, par le transfert de compétences aux collectivités locales, par la reconquête de marges de manœuvre, et par l’invention de nouveaux moyens d’action.

Énarque, Guillaume Cerutti (1966) a été directeur général du Centre Pompidou (1996-2001) avant d’être nommé, en 2002, directeur de cabinet du ministre de la Culture et de la Communication Jean-Jacques Aillagon. Directeur général de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes de 2004 à 2007, il prend la présidence-direction générale de Sotheby’s France en septembre 2007.




JEAN-JACQUES AILLAGON, MINISTRE DE LA CULTURE DE 2002 À 2004

« Le désenchantement vient du fait que la convergence des politiques de l’éducation et des politiques de la culture n’a jamais franchi le pas malgré la volonté exprimée dans nombre de programmes d’élections présidentielles. La principale mission de l’État est de veiller à ce que le désir de culture soit universellement partagé par celles et ceux qui vivent dans notre pays. Cette stimulation n’est possible que si l’on associe la politique culturelle à la politique de l’Éducation nationale pour mettre en œuvre une véritable politique de diffusion culturelle. »

Aujourd’hui conseiller de François Pinault, Jean-Jacques Aillagon (1946) a été président du Centre Pompidou (1996-2002), ministre de la Culture de 2002 à 2004 et président de l’établissement public du Château, du Musée et du domaine national de Versailles (2007-2011). Il sera cet été commissaire général de « Nice 2015. PromenadeS des Anglais »




MICHEL HERBILLON, DÉPUTÉ UMP, VICE-PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DES AFFAIRES CULTURELLES DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE
95 % des élus de l’Association des petites villes de France disent qu’ils vont engager des coupes sur la culture

Comment voyez-vous la politique culturelle des gouvernements de François Hollande ?
Michel Herbillon La culture n’est pas la priorité du président de la République et du gouvernement. On assiste depuis deux ans et demi à un recul sans précédent de l’action de l’État en faveur de la culture. La saignée budgétaire est inédite depuis la création du ministère. Il n’y a aucun cap de donné, aucune ambition, aucune innovation, aucun projet. On nous parle d’éducation artistique à l’école, mais cela fait trente ans que l’on nous en parle. Ces incantations sont d’autant plus choquantes quand on se souvient des grandes déclarations généreuses du candidat Hollande. Le ministère a lancé et lance énormément de missions dont les résultats sont intéressants, comme dans le cas de la mission Lescure. Et puis l’on n’entend plus parler de rien… La ministre de la Culture nous a annoncé la loi sur le patrimoine et la loi sur la création dont l’examen avait été programmé au premier semestre 2014. Aujourd’hui, on nous parle de septembre 2015 et d’une loi qui s’appellerait « création, patrimoine, architecture », sans que l’on sache ce qu’il y a dedans.
Comment expliquez-vous que le ministère ne concrétise pas ses projets ?
Par le rôle et par le poids de Bercy. La politique culturelle se décide, aujourd’hui plus que jamais, au ministère du Budget. Bercy a pris le pas sur la Rue de Valois. La culture est une variable d’ajustement budgétaire. La baisse drastique des subventions des collectivités locales est un autre sujet d’inquiétude. Elle entraînera une diminution des projets et des investissements culturels : 95 % des élus de l’Association des petites villes de France disent qu’ils vont engager des coupes sur le plan culturel.
Le budget incarne-t-il forcément une politique culturelle ambitieuse ?
Les crédits ne font pas une politique culturelle comme les restrictions de crédit ne font pas une politique culturelle. Quant au ministère de la Culture, il est réduit à sa portion congrue ; je crains que si on le rattache à un autre ministère, il disparaisse complètement.

Membre de l’UMP, Michel Herbillon (1951) est député du Val-de- Marne et maire de Maisons-
Alfort (94). Il est également vice-président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale. Il est coauteur d’un rapport parlementaire sur la gestion des musées et des réserves





MARIE-CHRISTINE BLANDIN, SÉNATRICE EELV, PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION DE LA CULTURE DU SÉNAT DE 2011 À 2014

« Au Sénat, nous avons été comme dans le Désert des Tartares, nous avons attendu désespérément une loi sur la création qui a été annoncée dès le premier mois de ma présidence. Je n’ai eu aucun texte sur la culture sauf de vagues transcriptions de directives européennes sur les droits d’auteur, extrêmement techniques, mais des lois qui donnaient de l’âme et faisaient battre le cœur je n’en ai eu aucune. J’ai eu des rendez-vous successifs avec Aurélie Filippetti qui était partie dans sa campagne électorale pour François Hollande avec un élan qui séduisait tous les acteurs culturels. Deux ou trois claques l’ont arrêtée. Progressivement, elle est restée dans son bureau sans avoir les moyens ni le visa pour lancer un débat sur un texte culturel structurant.
On assiste à une montée en puissance de l’Élysée sur l’audiovisuel. Matignon est aujourd’hui particulièrement vigilant sur les droits d’auteur en matière de musique. Il s’agit plus d’écoute attentive à certains lobbies ou à certains secteurs que l’on appelle les industries culturelles qu’à une réflexion avec une grande hauteur de vue qui donnerait une vision de l’État sur tel ou tel sujet. Ce qui nous manque, ce n’est pas de grands personnages lettrés qui plagient Malraux ou Lang, ce sont des inventeurs de la chose publique qui tirent les conséquences de cet héritage et l’actualisent. »

Membre d’Europe Écologie Les Verts jusqu’en 2014, Marie-Christine Blandin (1952) a été présidente du conseil régional Nord-Pas-de-Calais (1992-1998). Elle est sénatrice du Nord depuis 2001




BRUNO LE MAIRE, DÉPUTÉ UMP ET ÉCRIVAIN
Rêver d’un nouveau Malraux, c’est une illusion

Pourquoi la culture est-elle reléguée au second plan dans les discours de politique générale à gauche comme à droite ?
Bruno Le Maire Il y a entre le terme culture et le terme politique une forme d’affrontement. Le terme de « politique culturelle », je le dis en tant qu’écrivain, peut déranger. La culture, c’est ce qui est libre, ce qui se diffuse partout sans forme d’obligation et qui structure chacun d’entre nous. Par définition, la culture ne peut être soumise à la politique. Est-ce une manière de justifier son absence dans les priorités gouvernementales passées et actuelles, comme dans les partis politiques ? Pas du tout. Rêver d’un nouveau Malraux, c’est une illusion. Malraux avait entre ses mains une puissance politique qui s’est dissoute dans la société. Il n’y a pas à le regretter, car elle s’est faite au profit de la liberté du citoyen. La politique culturelle impose des choix, surtout à partir du moment où les budgets sont restreints. Aucun gouvernement n’a brillé depuis des années en matière de politique culturelle faute de choix clairs. Quand on arrive au pouvoir, on se trouve confronté à des choix imposés, il faut de l’argent pour le spectacle vivant, le patrimoine… Votre budget est déjà contraint, vous n’avez aucune marge de manœuvre pour lancer un projet neuf. La véritable impulsion à donner se situe au niveau de l’éducation artistique et culturelle à inscrire dès le plus jeune âge.
Une volonté qui n’a cependant jusqu’à présent pas dépassé le stade de l’intention…
En effet. Je ne peux, à cet égard, porter de jugement sur la politique culturelle de la gauche au pouvoir tout simplement parce qu’il n’y en a pas. Ni sur l’éducation artistique et culturelle, le patrimoine, la création contemporaine ou le numérique. Pourtant l’échec de la démocratisation culturelle vient qu’à la base l’éducation artistique et culturelle ne marche pas. Or elle est la clef d’une bonne politique culturelle.

Ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin, Bruno Le Maire (1969) a été ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche (23 juin 2009 -14 novembre 2010), puis de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire (jusqu’au 10 mai 2012).  À nos enfants est son dernier livre sorti
aux éditions Gallimard






CATHERINE TASCA (PS),  MINISTRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION DE 2000 À 2002
La gauche est désemparée devant les mutations culturelles

Quelle est la place aujourd’hui de la culture au sein du parti socialiste ?
Catherine Tasca Le parti socialiste a accompagné une politique forte avec le tandem Mitterrand-Lang, solidaire de la politique menée. Puis le temps a passé, la France a changé profondément, donc le parti socialiste aussi. Durant la période Mitterrand-Lang que j’ai vécue, on avait une vision claire de ce que les socialistes voulaient faire dans ce domaine, aujourd’hui il n’y a plus de vision d’ensemble cohérente, dynamique.
À quoi est-ce dû ?
À des changements profonds de générations et d’environnement aussi : la gauche est désemparée devant les mutations culturelles qu’engendrent les nouvelles technologies. Je suis très frappée par le fait que les jeunes politiques, les jeunes élus, sont rarement des gens qui ont derrière eux un parcours professionnel, et encore moins dans la culture. La culture n’est plus le pivot de leur réflexion, de leur politique. Je ne dis pas qu’ils ne sont pas cultivés, mais leur engagement sur le terrain, à quelques exceptions près, n’est pas de même nature que celui que j’avais avec Jack Lang.
Quelles sont les conséquences de ce changement de profil ?
Un certain utilitarisme dans la manière dont on envisage désormais la culture et la politique culturelle. Je ne pense pas que cela soit la bonne approche. Il est normal que les élus veuillent traduire leurs actions culturelles en impact, en résultat, mais ils ne portent plus la même ambition.

Avant d’engager une carrière ministérielle, Catherine Tasca (1941) a été directrice générale de la Maison de la culture de Grenoble (1973 -1977), administratrice générale de l’Ensemble intercontemporain de Pierre Boulez (1978 - 1982), codirectrice administrative du Théâtre des Amandiers (Nanterre) avec Patrice Chéreau (1982-1986) et membre de la CNCL ancien CSA (1986- 1988). Elle est sénatrice PS des Yvelines




JEAN-JACK QUEYRANNE, PRÉSIDENT SOCIALISTE DU CONSEIL RÉGIONAL RHÔNE-ALPES
Ce sont les régions qui mènent des politiques culturelles fortes

La culture est-elle encore un enjeu politique pour la gauche ?
Jean-Jack Queyranne Je crains que non, alors que l’attente était forte. L’État a perdu ses ambitions culturelles. On pouvait s’attendre à ce que la gauche arrivée au pouvoir les relève d’autant que les montants engagés sont des montants modestes. J’ai été frappé au niveau des rythmes scolaires que l’ambition culturelle ne soit pas prise en compte, alors que c’était une réforme fondamentale où l’on pouvait insuffler de la culture à tous les niveaux de l’enseignement. Le monde de la culture se sent orphelin. Le ministère n’est pas devenu le pivot porteur d’un projet pour la France. Il est devenu un ministère administratif qui ne porte plus une parole culturelle ni un projet culturel. Les coupes budgétaires menées dès 2012 ont été mal ressenties par les acteurs politiques. Manuel Valls a bien senti le manque de ce point de vue quand il a sanctuarisé le budget de la culture et s’est emparé du dossier des intermittents.
Le ministère de la Culture est-il condamné à jouer un rôle de second rang ?
Il doit comprendre qu’il lui faut profondément se rénover, se renouveler, se refonder. Au fil du temps, il est devenu un ministère essentiellement parisien. Une étude menée par l’Inspection générale des affaires culturelles montre que les deux tiers de ses interventions sont centralisées aujourd’hui à Paris Île-de-France, contre 50 % il y a vingt ans. Il faut revenir à l’équilibre. Il faut ensuite que le ministère de la Culture sache établir de véritables partenariats, qu’il ne ressemble pas à une forteresse qui ne veut pas céder un pouce de ses responsabilités. Des présidents de région souhaitent la suppression des Drac et que l’État renvoie les financements culturels sur les régions. Je ne suis pas leur position, car je pense qu’il faut garder dans la période actuelle l’existence de la pluralité de financements, parce qu’elle est une garantie de liberté. Cela dit, c’est aux régions d’être en dialogue direct avec des établissements publics comme le CNC ou le CNL, car ils sont aujourd’hui nos interlocuteurs naturels. Pourquoi avoir l’intermédiaire des directions régionales des affaires culturelles, cela n’a pas de sens ; ce sont les régions qui mènent des politiques culturelles fortes.
Comment expliquez-vous que la culture ait été la grande absente du projet de loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République ?
On pense que c’est un fait acquis, que les régions interviennent dans le champ culturel alors que cet engagement est fragile. Je le vois bien ici, dans les discours de mon opposition, de droite ou d’extrême droite : ce n’est pas de la compétence de la région, c’est donc là où l’on peut couper les crédits. Je me suis battu au Sénat pour que la culture fasse partie des compétences obligatoires des régions au titre de l’article 1. Cela n’a pas été retenu. La culture n’est vue qu’au travers de l’article 28 du projet de loi qui dit que la culture, comme le sport ou le tourisme, fait partie du domaine partagé des collectivités territoriales.

Docteur d’État en sciences politiques, Jean-Jack Queyranne (1945) est président socialiste du conseil régional Rhône-Alpes depuis mars 2004




ISABELLE ATTARD, DÉPUTÉE APPARENTÉE ÉCOLOGISTE, MEMBRE DE LA COMMISSION DES AFFAIRES CULTURELLES DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE
On ne peut pas mettre dans le même sac les élus locaux et ce qui se passe dans les ministères

Voyez-vous une cassure entre la gauche et la culture ?
Isabelle Attard Non, le lien est toujours là, mais il ne se voit plus au sommet de l’État. On ne peut pas mettre dans le même sac les élus locaux, régionaux ou des conseils généraux et ce qui se passe dans les ministères. Les combats, les discours prononcés avant 2012 ont été reniés. La Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet en est l’exemple type. On n’entend plus parler de sa suppression. On laisse crever Hadopi à petit feu en rabotant sur son budget au fur et à mesure. J’ai beau être contre cette haute autorité, on ne traite pas une équipe de cette façon. Ce n’est pas digne d’un gouvernement de gauche.
Que faut-il y voir ?
La montée des lobbies, de l’argent et de l’Élysée dans la politique culturelle. Les grands groupes, les grands mécènes vont discuter directement avec François Hollande. Aurélie Filippetti avait de grandes idées pour la culture que je partageais. On l’a verrouillée. À l’Assemblée nationale, à chaque fois que l’on a essayé de faire avancer les choses dans les différents projets de loi que l’on a eus, sur l’exception pédagogique dans la loi de la refondation de l’école, par exemple, on nous a demandé d’attendre les conclusions puis les recommandations de la mission Lescure, qui était là pour donner un éclairage. À l’État, au ministre et au chef de l’État de prendre ensuite les décisions qui s’imposent avec une vision politique. Il n’y en a pas. Si, pour le président de la République, la culture se résume au Louvre, à la Fondation Louis Vuitton et aux nominations des présidents des grands établissements, il est certain que l’on ne partage pas les mêmes valeurs.
Il y a une dérive malsaine. La confusion entre culture et industrie culturelle est grande. Cette confusion se manifeste dans d’autres domaines, entre recherche et transfert de technologie notamment.
Qu’est-ce qu’une politique culturelle de gauche ?
C’est disposer notamment d’un maillage territorial où l’on puisse s’épanouir culturellement, quel que soit l’endroit où l’on vit. On en est loin. On a tendance à « arroser là où c’est déjà mouillé », comme on dit au sein du groupe écologie.

Archéologue, Isabelle Attard (1969) est députée du Calvados. Elle a dirigé le Musée du débarquement Utah Beach dans la Manche (2010-2012). Ancien membre d’Écologie Les Verts, elle a rejoint le 5 décembre 2013 Nouvelle Donne. Elle est coauteur d’un rapport parlementaire sur les réserves et collections des musées de France




FLORIAN SALAZAR-MARTIN (PC), PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION NATIONALE DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
L’institutionnalisation a construit de nouveaux murs autour de la culture

Pourquoi la culture est elle absente des débats politiques ?
Florian Salazar-Martin  Parce que l’on est toujours sur des schémas anciens, de pensées traditionnelles. Le politique n’a pas encore suffisamment pris conscience de ce que les arts et la culture sont un vecteur et un levier important des politiques publiques. Plus les questions sociétales sont importantes, plus la réponse devrait être en adéquation avec une vision de la culture. La culture est absente des préoccupations de tous les partis. Je suis président d’une fédération et, à ce titre, le travail que l’on fait est un travail de sensibilisation. L’enjeu culturel de nos sociétés est tellement complexe qu’il demande d’avoir d’autres entrées et de redéfinir ce qu’est la culture aujourd’hui.
Jusqu’à présent, on avait une vision descendante de la culture. Il fallait apporter la culture à des gens qui n’en avaient pas via des institutions, des équipements. Aujourd’hui, les personnes ont aussi leur propre capacité à être, comme le dit Robin Renucci, des auteurs culturels et des acteurs de la vie politique culturelle. Les pratiques culturelles en amateur se sont beaucoup développées. Les partis politiques doivent prendre en compte aujourd’hui cette dimension.
L’institutionnalisation et la professionnalisation de la culture ne l’ont-elles pas emprisonné ?
Je pense aux équipements lourds à porter et aux carrières que désormais des hommes et des femmes entendent mener au sein de l’appareil culturel. Vous avez raison. L’institutionnalisation a construit de nouveaux murs autour de la culture, alors que le rôle de la culture et des arts c’est l’émancipation, sortir du commun, construire autre chose. L’imaginaire n’est pas seulement pour l’œuvre d’art. Elle est à disposition de tous. On a besoin de politiques transversales, de travaux interministériels. De ce point de vue-là on a l’impression que les choses n’avancent pas non plus.

Maire adjoint (PC) à la culture de Martigues, Florian Salazar-Martin (1958) préside la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture, fédération pour l’engagement des collectivités locales en faveur des arts et de la culture. Il est également vice-président à l’économie de la communauté d’agglomération du Pays de Martigues 

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°679 du 1 mai 2015, avec le titre suivant : La gauche et la culture - Débats

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