Centre d'art

L’« Hôtel des collections », une nouvelle ère pour Montpellier

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 4 juillet 2019 - 871 mots

MONTPELLIER

Destiné à exposer des collections, le lieu, inauguré le 29 juin, participe des ambitions du Mo.Co, qui entend devenir l’épicentre de l’art contemporain dans le sud de la France.

Montpellier. À la sortie de la gare Montpellier Saint-Roch, il faut remonter sur quelques mètres la rue de la République avant de franchir le portail de l’Hôtel des collections et de traverser le jardin-atlas de Bertrand Lavier qui lui sert de prologue. Avec son square en déshérence et ses commerces sans attrait, le quartier n’est pas ce que la ville offre de mieux. Mais ce n’est pas non plus le Los Angeles « downtown » des années 1990, même si Nicolas Bourriaud aime comparer la région montpelliéraine à la cité des Anges il y a trente ans, soit un territoire artistique susceptible à terme de rivaliser avec la capitale. Car c’est bien l’une des ambitions de cette nouvelle entité dont il assure la direction générale et qui réunit l’École supérieure des beaux-arts (Esba), la Panacée et le tout nouvel « Hôtel des collections ». Le Mo.Co. (Montpellier Contemporain) entend en effet relever le défi d’une carte de l’art à venir, moins aimantée par Paris que par la présence d’un pôle créatif surgi dans le Sud incluant le Carré d’art à Nîmes, la Fondation Luma à Arles ou la Collection Lambert à Avignon.

Une architecture pour l’art

Inauguré le 29 juin, le bâtiment de l’Hôtel des collections est en tout cas plus vaste qu’il n’y paraît. Il se déploie autour de l’hôtel Montcalm, qui devait accueillir un « musée de l’histoire de France en Algérie » jusqu’à ce que le maire, Philippe Saurel, mette un terme à cette perspective. L’agence PCA-Stream a été désignée pour recycler le projet et ajouter à la bâtisse début XIXe siècle une extension aux normes muséales. Trois plateaux assurent une surface d’exposition de 2 000 mètres carrés au total. Philippe Chiambaretta, l’architecte fondateur de l’agence PCA, a conçu cet espace réparti sur trois niveaux, très fonctionnel, dans une relative économie de gestes et de moyens. « C’est un architecte qui connaît très bien l’art contemporain », souligne Nicolas Bourriaud, expliquant que le projet a été pensé, dans une démarche co-créative, pour rester avant tout ouvert à des interventions artistiques.

Trois sont déjà données à voir. Le Jardin des cinq continents de Bertrand Lavier est une tentative de taxinomie botanique à lire en bandes horizontales. L’artiste – qui a fait des études d’horticulture mais peu de réalisations paysagères – a également dessiné pour la fontaine une sculpture évoquant une pyramide d’arrosoirs métalliques empilés à la façon de coupes de champagne, que l’on pourra découvrir en octobre. Le sas d’entrée vitré accueille pour plusieurs mois une œuvre en vitrophanie de Mimosa Echard, et c’est Loris Gréaud qui signe le plafond en néons du bar, façon mikado clignotant. « Il s’est servi du plan du bâtiment, qu’il a chiffonné pour en obtenir le dessin, dans une sorte de mise en abyme », explique Vincent Honoré, le directeur des expositions. À propos de plan, la circulation entre la partie ancienne et celle contemporaine, mais également entre les étages, ne va pas sans une légère perte de repères. « On va mettre des flèches indiquant la “suite de l’exposition”, plaisante Nicolas Bourriaud. Qui explicite par ailleurs son concept de « chaîne de fonctions » utilisé pour décrire cette « institution du XXIe siècle » : « De la pédagogie professée à l’Esba aux collections curatées [bénéficiant d’un commissariat d’exposition, NDLR], en passant par la production et l’exposition d’artistes émergents à la Panacée, le Mo.Co donne à voir toutes les composantes de la vie artistique. » Quoiqu’il arrive, le visiteur ressortira par la librairie-boutique, laquelle, comme le restaurant, a vocation à faire écho à l’exposition en cours.

Un écrin pour les collections des autres  

Exposition inaugurale. La collection de l’entrepreneur japonais Yasuharu Ishikawa, internationale et spécialisée dans l’art conceptuel, s’est construite depuis 2011 en dialogue entre son propriétaire, P.-D.G. d’une entreprise de e-commerce, et Taro Nasu, galeriste et spécialiste de l’art contemporain. L’exposition pourrait, de ce fait, courir le risque d’une certaine impersonnalité, mais le choix opéré par la commissaire Yuko Hasegawa met l’accent sur le paradoxe éprouvé face à des œuvres qui peuvent à la fois, dans une sorte d’épure austère, tenir à distance le spectateur et provoquer son émotion. Le parcours propose ainsi un va-et-vient entre l’art conceptuel des années 1970, représenté par On Kawara, Marcel Broodthaers, Lawrence Weiner… et des pièces contemporaines qui laissent place à une interprétation, souvent ambivalente et troublante, comme cette sculpture en marbre de Ryan Gander Tell my mother not to worry (iii) [voir illustration], dont les plis recouvrent une forme vaguement fantomatique, celle de la fille de l’artiste jouant à se cacher sous un drap. La dualité s’y exprime également par les tandems qu’elle évoque : celui du couple que Felix González-Torres forma avec son compagnon Ross, auquel les deux ampoules d’Untitled (March 5) rendent hommage dans leur gémellité presque charnelle. Celui du binôme artistique constitué par Peter Fischli et David Weiss. Mais aussi celui de la relation maître-élève évoquée par Simon Fujiwara dans Rehearsal for a Reunion (with the father of pottery) (2011), une installation composée de divers éléments de mobilier et d’une vidéo.

A.-Christian Simenc

 

Distance intime, chefs-d’œuvre de la collection Ishikawa,

jusqu’au 29 septembre au Mo.Co Hôtel des collections.

Mo.Co Hôtel des collections,
13, rue de la République, Montpellier 34000, www.moco.art

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°527 du 5 juillet 2019, avec le titre suivant : L’« Hôtel des collections », une nouvelle ère pour Montpellier

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