Yishu 8, l’aventure d’une maison culturelle franco-chinoise à Pékin

Par Suzanne Lemardelé · lejournaldesarts.fr

Le 9 mars 2012 - 545 mots

PÉKIN (CHINE) [09.03.12] – Fondée en 2009, la maison culturelle Yishu 8 déménage et prend ses quartiers dans l’ancienne université franco-chinoise de Pékin. Un nouveau départ pour cette jeune institution qui se rêve « Villa Médicis contemporaine ». PAR SUZANNE LEMARDELÉ

« "Yishu" ça veut dire "art", "ba" ça veut dire "huit", un chiffre béni des Chinois. On les a mis l’un à côté de l’autre, ça avait du sens », explique Christine Cayol, la fondatrice du projet. Lorsqu’elle arrive à Pékin en 2003, l’ancienne professeure de philosophie devenue directrice d’un cabinet de conseil décide de s’immerger progressivement dans la vie culturelle locale. Apprentissage du mandarin, rencontres avec des artistes, dispense de cours d’histoire de l’art… Ses activités débouchent en mai 2009 sur la création d’une première maison Yishu 8. Aidée par un entrepreneur immobilier chinois, elle installe son établissement dans une ancienne usine, en plein cœur d’un quartier financier. Une maison-galerie entre les gratte-ciel, destinée au dialogue entre les cultures et où elle expose des artistes chinois et européens.

À l’été 2011, l’usine est démolie. Yishu 8 est devenu en deux ans un lieu de visite apprécié des personnalités françaises de passage dans la capitale chinoise. Regroupés en association, Henry-Claude Cousseau, Jean-Pierre Raffarin, Jean-Paul Desroches, Gilles Fuchs et Catherine Pégard soutiennent le projet. Pour que la maison puisse continuer d’exister, Christine Cayol s’assure également le soutien de la compagnie financière Edmond de Rothschild et de la maison Hermès. Ces appuis précieux permettent aujourd’hui à Yishu 8 d’entamer une nouvelle vie, dans les murs de l’ancienne université franco-chinoise, au pied de la Cité interdite.

Dans les années 1920, l’établissement a permis à plus de 1 700 jeunes Chinois de partir étudier en France. Son architecture mêle les lignes d’un monastère et d’un temple, et reflète ainsi le dialogue interculturel qui anime la maison Yishu 8. L’exposition inaugurale, prévue le 26 mars prochain, tire d’ailleurs parti de la richesse historique du lieu, en mêlant archives de l’université et œuvres d’artistes chinois contemporains.

Le déménagement permettra également à la maison de continuer sa mission de résidence, initiée en 2011 avec la création du prix Yishu 8. Ses trois lauréats annuels bénéficient d’un séjour de trois mois à Pékin, afin de « vivre la Chine comme une source d’inspiration et de stimulation ». Ces résidences sont destinées à des artistes ayant déjà fait leurs preuves et dont les recherches présentent des affinités avec la culture chinoise, « parfois sans le savoir », précise Christine Cayol. Parmi les premiers lauréats, on compte Patrick Neu et Cécile Granier de Cassagnac. Tous deux ont jugé l’expérience très inspirante, même si pour Patrick Neu « trois mois c’est vraiment le minimum quand on s’initie à une nouvelle technique ».

Yishu 8 se rêve donc Villa Médicis en Chine plutôt qu’Institut français. « Nous n’avons pas la même logique de gouvernance, d’économie, de programmation, de lieu… Nous ne sommes pas axés uniquement sur la France mais ouverts à l’international. Et notre cible à nous, ce sont les Chinois », explique Christine Cayol. Si elle se réjouit des avancées de son projet, la directrice garde cependant les pieds sur terre : « On essaie de faire les choses bien mais on n’est pas mégalo, on a vraiment un tout petit budget. Personne ne gagne d’argent dans l’histoire, le moteur c’est vraiment cette impression d’être au début de quelque chose, de faire partie d’un projet important, qui fait sens. » 

Légende des photos :

La maison des arts Yishu 8 à Pékin - © Photo : Christine Cayol

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