Vendredi 28 février 2020

Un squelette de mammouth découvert en Île-de-France

Par Romain Bouvet · lejournaldesarts.fr

Le 13 novembre 2012 - 691 mots

CHANGIS-SUR-MARNE (SEINE-ET-MARNE) [13.11.12] – Des archéologues ont récemment mis au jour le squelette entier d’un mammouth dans une carrière d’Île-de-France. Déjà surnommé « Helmut » par l’équipe de fouilles, l’animal est l’un des seuls exemples connus retrouvés en France. La présence de silex à proximité de la carcasse en fait une découverte exceptionnelle.

C’est lors de fouilles réalisées sur un site gallo-romain situé dans une carrière au bord de la Marne que les archéologues ont découvert avec surprise des ossements de grandes dimensions. Une fouille approfondie est alors entreprise et révèle rapidement le squelette entier d’un mammouth. « C’est proprement exceptionnel. On trouve parfois quelques ossements épars mais il est rarissime de mettre la main sur un squelette entier », se réjouit Stéphane Péan, archéo-zoologue du Muséum national d’histoire naturelle. En effet, si l’Europe de l’est compte de très nombreuses découvertes de mammouth comme Jarkov en 1997 ou Yukagir en 2002, on ne dénombre actuellement que trois spécimens retrouvés sur le territoire français (le premier avait été découvert à Sainte-Foy-lès-Lyon en 1859).

Face à l’ampleur de la découverte, la DRAC d’Île-de-France a rapidement décidé le lancement d’une fouille de sauvetage, confiée à l’Inrap. Les recherches autour du mammouth sont menées en collaboration avec le Muséum national d’histoire naturelle, et le laboratoire de géographie physique du CNRS. Il s’agit de la première fouille scientifique d’ampleur de ce genre en France. Le début des fouilles semble s’être déroulée dans le plus grand secret, afin d’éviter tout risque de vandalisme ou de pillage du site.

Les ossements dégagés sont majoritairement en connexion et le squelette semble pratiquement entier, même si quelques éléments ont été retrouvés un peu plus loin que la carcasse. Situé sur l’ancienne berge de la Marne, les éléments ont pu être déplacés par les mouvements du sol, souvent meuble.

Une fois complètement dégagé le bassin permettra d’établir le sexe – encore indéterminé - de l’animal. La molaire retrouvée permet déjà d’établir qu’il s’agit d’un jeune adulte d’une trentaine d’années. Cette même molaire, formée d’une succession de lames d’ivoire entourées d’émail correspond au dernier type connu de l’espèce des mammouths, à savoir le mammouth laineux (Mammuthus primigenius) ce qui permet de situer les restes d’Helmut dans une fourchette large comprise entre 200 000 et 50 000 ans avant notre ère.

La couche de sédiments qui recouvre la carcasse de l’animal permettra également d’en savoir plus sur l’environnement dans lequel l’animal vivait. Du vivant d’Helmut, la région devait présenter des caractéristiques assez proches des paysages de steppes qu’on peut actuellement observer en Sibérie.

Mais la trouvaille la plus intéressante faite pour l’instant, c’est la découverte de fragments de silex à proximité immédiate des restes de l’animal, ce qui évoque une rencontre entre le mammouth et son contemporain, l’homme de Neandertal. Les futures recherches en laboratoires tenteront d’établir si la mort d’Helmut fut la conclusion d’une chasse ou si l’animal fut « charogné » post mortem par Neandertal. L’autre hypothèse est qu’une période de dégel a pu rendre le terrain bordant la rivière marécageux, transformant la berge en un piège naturel dans lequel Helmut se serait enlisé.

Malgré la proximité entre les outils de taille préhistorique et le corps du mammouth, seuls des marques de découpe laissés sur les os pourraient prouver une intervention humaine directe. Cependant, une découpe visant à prélever la viande n’a pas forcément laissé de traces, tant il devait être difficile de venir à bout des couches successives de fourrure, graisse, viande, sans compter le périoste (fine couche qui recouvre les os). Grégory Bayle, archéologue et Stéphane Péan rappellent d’ailleurs que même les outils modernes ne laissent pas forcément de trace sur l’os dans la boucherie d’éléphant.

Quoi qu’il en soit, ce nouveau site semble avoir beaucoup à nous apprendre. L’équipe d’archéologues à déjà mis au jour une troisième défense juste au dessus de la carcasse d’Helmut, signalant la présence d’un autre spécimen. Le diamètre plus important de cette défense dénote un individu plus âgé.

Un moulage du squelette découvert à Changis-sur-Marne sera présenté du 14 Avril au 11 novembre 2013 au musée de la préhistoire de Nemours, dans le cadre de l’exposition intitulée « Au temps des mammouths ».

Légende photo

Mammouth fossilisé, découvert à Lierre (Belgique) en 1859 - Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique, Bruxelles - © Photo Ben2 - 2007 - Licence CC BY-SA 2.5 

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