Mercredi 19 décembre 2018

Un entretien avec l’artiste Su-Mei Tse, récente lauréate du prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco

Par Marie-Emilie Fourneaux · lejournaldesarts.fr

Le 15 octobre 2009 - 760 mots

MONACO [15.10.09] - La Fondation Prince Pierre de Monaco présente jusqu’au 15 novembre 2009 une exposition de l’artiste luxembourgeoise Su-Mei Tse, lauréate du XLIIIe Prix International d’Art Contemporain décerné en mai dernier par la Fondation. Il récompense l’œuvre Some Airing (2008), une hélice de 9,5 mètres de diamètre créée à l’origine pour une exposition dans un ancien site militaire de Taïwan et reconçue pour L’Art en Europe : Expérience Pommery # 5, 2008 au Domaine Pommery à Reims. Entretien avec l’artiste.

Su-Mei Tse

Propos recueillis par Marie-Emilie Fourneaux

Vous avez eu en 2003 le Lion d’or à la Biennale de Venise. Qu’est-ce que cela a changé dans votre carrière et dans votre manière de travailler ?
Su-Mei Tse : La notion de temps est devenue plus importante dans mon travail. Venise m’a permis d’avoir une plus grande visibilité et de faire des rencontres. J’ai reçu beaucoup de propositions d’expositions, dans des contextes différents. Ces multiples projets m’obligent à travailler plus vite.

Vous avez, depuis 2003, reçu d’autres prix dont l’Edward Steichen Award en 2006. Qu’est-ce que ce nouveau prix représente pour vous ?
Su-Mei Tse : C’est important de se sentir reconnue dans son travail. Cela aide parce que l’on est toujours dans le doute par rapport à ce que l’on fait. C’est un moment de réassurance, mais un moment de courte durée. C’est aussi une occasion de faire une exposition, et de parler de choses essentielles comme dans Bleeding Tools (2009) dont l’aspect brut contraste avec le glamour des prix. [Dans cette installation, de gros pinceaux suspendus à des crochets laissent goutter de l’encre noire sur un papier. L’artiste y exprime le doute, la solitude et une certaine souffrance accompagnant le processus de travail, ndlr.] Je ressens à la fois le besoin de partager mes idées tout en conservant mon intimité. Il y a là une certaine ambiguïté.

Qu’entendez-vous par là ?
Su-Mei Tse : J’ai besoin de partager, mais je ne veux pas tout dévoiler. Il y a des choses qu’on garde pour soi, et je ne parle pas en tant qu’artiste mais en tant qu’individu.

Cette intimité se dessine-t-elle malgré tout en filigrane dans vos œuvres ?
Su-Mei Tse : J’utilise des images assez directes, pas trop de détours pour permettre des ouvertures. C’est important qu’une œuvre puisse avoir différentes couches. C’est au spectateur d’aller plus loin. Cette démarche n’est pas contrôlable, cela dépend des références de chacun. Dans Swing (2007) par exemple [une balançoire faite de tubes de néons oscillant paisiblement dans l’espace, ndlr], je ne représente pas mon propre souvenir d’enfance. Je souhaite éveiller un souvenir chez le spectateur, une expérience qui peut être positive comme négative. Ce sont les interprétations du visiteur qui font l’œuvre.

En quoi votre double origine, chinoise et anglaise, influe-t-elle sur votre manière de percevoir la création ?
Su-Mei Tse : J’ai en effet vécu entre deux cultures. La culture asiatique est très importante pour moi mais je ne veux pas tomber dans le cliché, cet exotisme qui me dérange un peu. J’aime montrer les contrastes, rompre les styles, les mélanger, comme dans Bleeding Tools avec ce meuble qui semble dater des années 50. Confronter est le plus important pour moi. Cela ne vient pas toujours d’une volonté consciente, cela me vient naturellement. J’utilise un langage qui m’est proche.

Comment abordez-vous votre travail ? Comment naît chez vous l’idée d’une œuvre ?
Su-Mei Tse : C’est difficile à dire. Peut-être par des images, des idées, un besoin de partager. Qu’est-ce que j’ai envie de dire ? Comment l’exprimer le mieux ? Une même idée peut s’incarner dans différentes formes, ou un mélange d’idées dans une même forme.

Vous présentez à Monaco une création nouvelle autour de l’œuvre primée. En quoi consiste-t-elle ?
Su-Mei Tse : La pièce originale ne pouvant être présentée à Monaco par ses dimensions, j’ai choisi de créer une nouvelle pièce qui est une autre lecture de Some Airing. J’ai filmé, légèrement par en-dessous, la pièce dans les crayères du Domaine Pommery. Mais c’est en réalité un faux documentaire. Plutôt que de rendre le son produit par l’hélice, je l’ai amplifié et créé l’idée sonore du souffle. Je pense que la mémoire du son est plus présente que celle de l’image. Je voudrais que les spectateurs puissent projeter leur imaginaire. J’aime les contrastes : installer cette hélice dans une des crayères du domaine Pommery qui ressemble à une cathédrale, et aujourd’hui faire cette exposition à Monaco, haut lieu du luxe.

En savoir plus sur la pièce "Some Airing"

Lire la chronique de son exposition à la Fondation Prince Pierre de Monaco 

Légende Photo (haut) : Su-Mei Tse - Photo © Schlomoff, pour la Fondation Prince Pierre de Monaco

Légende Photo (bas) : "Some Airing" © D.R.

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