Vendredi 23 février 2018

Restituer les biens spoliés

En Allemagne, ce sujet mobilise les institutions culturelles

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 24 janvier 2008

À l’issue d’une série de conférences organisées par des institutions allemandes, des responsables de musées, des chercheurs et juristes d’outre-Rhin ont échangé leur point de vue sur la question du pillage des œuvres d’art pendant la période nazie. Ces rencontres intervenues tardivement par rapport aux initiatives britanniques et françaises vont permettre la création prochaine d’une commission visant à examiner les demandes de restitution.

BERLIN - Les musées d’Allemagne ont enfin cherché à clore l’un des chapitres les plus noirs de leur histoire : l’acquisition et la possession d’œuvres d’art pillées au cours de la période nazie. Une série de conférences organisées en Allemagne se proposait de sensibiliser à la recherche de la provenance et à l’échange d’informations entre musées, chercheurs et juristes. À l’instar de nombreux autres participants, Jan Philip Reemtsma, directeur de l’Institut de recherche sociale de Hambourg (Hamburger Institut für Sozialforschung), s’est publiquement étonné de la mise en œuvre si tardive de ces démarches. En effet, la Grande-Bretagne (lire le JdA n° 103, 14 avril 2000) et la France (lire le JdA n° 104, 28 avril 2000) avaient déjà pris l’initiative, dès 1998, de recenser les œuvres pillées par les nazis pendant la guerre. Or, le public allemand semble ne s’être intéressé au problème qu’à cause de publications sur ce sujet et de demandes de restitution.

Certes, le gouvernement allemand, de concert avec les États fédérés et les associations locales, a adopté, en décembre 1999, une déclaration “pour la recherche et la restitution de biens culturels saisis dans le cadre des persécutions nazies, en particulier pour ce qui concerne les citoyens juifs”, inspirées des Principes de Washington. Elle a permis la mise en place d’une recherche systématique de la provenance des œuvres constituant les collections de musées, dont l’acquisition date de la période 1933-1945, voire de plus tard. En résulte la création d’une base de données (www.lostart.de) qui recense les œuvres à provenance douteuse appartenant à des collections publiques, ainsi que les disparitions enregistrées par les collections publiques et privées. Petra Kuhn, du ministère allemand des Affaires culturelles, propose la création d’un guide (Handreichung) encourageant les musées à entreprendre des recherches actives et à les concrétiser par des actions précises. Norbert Zimmermann, vice-président de la Fondation pour le patrimoine prussien (SPK) à Berlin, a expliqué l’approche choisie par son institution. Conformément à une décision rendue par le conseil consultatif en juillet 1999, les aspects juridiques seront pris en considération lors des demandes de restitution, mais ils ne sauraient en rien être décisifs. En effet, la raison morale motivant la demande de restitution d’une œuvre d’art devrait être considérée comme tout aussi importante. Les arguments juridiques types, comme l’expiration de la période de prescription ou l’acquisition de bonne foi, ne sont jamais des réponses satisfaisantes.

Les obscurs chapitres de l’histoire des musées
Par ailleurs, l’application au niveau international de lois régionales conduit souvent à des résultats différents, qui dépendent de la localisation, souvent accidentelle, de l’œuvre d’art au moment où la demande de restitution a été déposée. Afin de résoudre ces affaires, le gouvernement allemand et les États fédérés ont l’intention de créer une commission indépendante chargée d’examiner les requêtes, et dont le fonctionnement serait inspiré du Spoliation Advisory Committee britannique. Une telle structure pourrait étudier les circonstances et les faits relatifs à chaque affaire, et prendre des décisions exécutoires à la lumière, par exemple, des Principes de Washington, comme le suggère l’un des intervenants, Eric Jayme de l’université d’Heidelberg. Il semble évident que l’échange d’informations et le partage d’expériences s’avère une question clé dans ce domaine. Pour l’instant, seules quelques institutions ont leurs propres chercheurs. Ainsi, à la Kunsthalle de Hambourg, Ute Haug a créé un groupe d’étude réunissant plusieurs de ses confrères allemands, nés dans les années 1960 et 1970, et prêts à affronter ces chapitres obscurs de l’histoire des musées.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°146 du 5 avril 2002, avec le titre suivant : Restituer les biens spoliés

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