Grands sites

Premières mesures de protection pour le site de Hatra

Par Olympe Lemut · Le Journal des Arts

Le 19 mars 2020 - 498 mots

HATRA / IRAK

La fondation Aliph soutient une mission italo-irakienne chargée d’évaluer l’état du site occupé par l’organisation État islamique de 2014 à 2017.

Transport de fragments de sculptures vandalisées à Hatra par les membres de la mission italo-iraquienne. © Ismeo.
Transport de fragments de sculptures vandalisées à Hatra par les membres de la mission italo-iraquienne.
© Ismeo.

Les images avaient fait le tour du monde en mars 2015 : des statues défigurées à l’explosif et des murs de temples abattus par des bulldozers, filmés par des djihadistes de l’organisation État islamique (EI). Classée au patrimoine mondial par l’Unesco depuis 1985, la cité caravanière de Hatra (nord de l’Irak) avait été conquise par l’EI à l’été 2014. Symbole d’une culture syncrétique centrée autour du dieu soleil Shamash, cette ville hellénistique d’Orient est connue pour ses nombreux temples en pierre des IIe et IIIe siècles après J.-C., ornés de statues animales et humaines. Les destructions de l’EI avaient visé notamment les statues des divinités locales, symboles de l’idolâtrie que condamne cette organisation terroriste. Durant les trois années d’occupation du site, l’organisation y avait aussi installé un camp d’entraînement pour ses mercenaires. À la suite des destructions de 2014, l’Unesco avait placé le site sur sa Liste du patrimoine en péril en juillet 2015, sans effet notable. Les opérations de l’armée irakienne au printemps 2017 pour reprendre le site ont à nouveau causé des dommages à la suite de lourds combats.

Une cartographie des dommages

L’Aliph (Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit), basée à Genève, a financé en février une première mission chargée d’évaluer l’ampleur des destructions et la possibilité de restaurer le site. Pour un montant de 74 000 dollars (67 000 euros), des archéologues des universités de Padoue et Sienne (Italie) accompagnés de membres du Conseil national irakien des antiquités et du patrimoine ont fait des repérages à l’aide de drones et obtenu une vue d’ensemble du site. L’Aliph explique que « les dommages ont été précisément cartographiés » grâce à l’usage des drones. L’ampleur des destructions n’était en effet pas documentée jusqu’à ce jour, car aucune mission n’avait été mandatée pour cela depuis 2017. Parmi les découvertes marquantes, l’Aliph signale les fragments de deux statues du sanctuaire principal, fragments qui « s’emboîtent parfaitement » et laissent augurer d’une possible restauration à l’identique.

Ce n’est que le début d’un long processus de réhabilitation du patrimoine irakien, victime non seulement des destructions de l’EI mais aussi des conflits armés incessants qui ont suivi la chute de Saddam Hussein en 2003. Plusieurs projets de restauration ont vu le jour récemment, dont le plus important se situe à Mossoul. L’Aliph et l’Unesco y mènent la restauration de la mosquée Al-Nouri ainsi que du musée de la ville et de la bibliothèque de l’université. Le pays compte cependant encore trois sites classés par l’Unesco sur la Liste du patrimoine en péril (outre Hatra : Assur et Samarra), et au total six sites sur la Liste du patrimoine mondial. Le dernier en date, Babylone, y est entré en 2019, mais il s’agit surtout d’un symbole car le gouvernement irakien n’a pour l’instant pas les moyens de réhabiliter le site, ni d’endiguer les fouilles clandestines dans l’ensemble du pays.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°541 du 13 mars 2020, avec le titre suivant : Premières mesures de protection pour le site de Hatra

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