Dimanche 17 novembre 2019

Musées hollandais : plus d’autonomie

Le Journal des Arts

Le 13 février 1998 - 683 mots

Les Pays-Bas dressent un bilan positif de leur réforme juridique du statut des musées. Rejoignant un mouvement de décentralisation ou de déconcentration amorcé depuis dix ans dans plusieurs pays européens, ils ont su trouver une formule originale et avantageuse.

LA HAYE - Dans la lignée du National Trust britannique ou des Établissements publics français, les Pays-Bas ont expérimenté une déconcentration des musées, dont ils dressent à présent le bilan.
Entre 1988 et 1996, 21 musées nationaux ont acquis une entité juridique propre et sont devenus des fondations autonomes. À la suite d’une étude, le Parlement a ratifié, en 1993, la loi sur l’autonomie des musées, appliquée dès l’année suivante à 8 établissements – dont le Kröller-Müller, le Mauristhuis, le Van Gogh Museum, le Palace Het Loo et le Mesdag Museum –, puis à 14 autres en 1994 et 1996.

Des ventes autorisées
Bien qu’ils n’aient pas été “privatisés”, ces établissements fonctionnent dorénavant sous régime privé. Les fondations et le personnel ne dépendent plus du secteur public, mais – à la différence du National Trust – les collections et les bâtiments restent propriété de l’État. Les œuvres sont prêtées aux fondations pour une période de 30 ans, et le bail, signé par chacune des parties, est renouvelable tous les quatre ans. Le loyer est intégré dans les coûts de gestion et payé à l’aide des subventions de l’État. Seules les pièces de moindre valeur peuvent être vendues et l’argent récolté doit être investi en nouvelles acquisitions.

Les fondations sont dotées d’un conseil de surveillance qui a le pouvoir de nommer, en accord avec le ministre de la Culture, le directeur du musée. La même instance approuve les décisions importantes et conseille les administrateurs sur les questions de gestion. Les membres du conseil de surveillance sont nommés par le ministre de la Culture. L’un d’entre eux représente le personnel, d’autres doivent avoir une expérience en muséographie. Aujourd’hui, une grande partie des membres proviennent des milieux de l’industrie et de la banque, ce qui facilite la recherche de financements privés. Les fondations sont également soumises à un contrôle externe, exercé par des “inspecteurs culturels”.

En outre, une convention collective assure aux quelque 1 500 employés des 21 institutions le maintien de leurs droits et de leurs salaires. La perte des avantages offerts par le secteur public en matière d’assurance et de retraite a été compensée par une augmentation des salaires bruts. Le ministère de la Culture continue à assurer le financement des activités du musée, avec l’interdiction de réduire ses subventions, même dans le cas d’activités bénéficiaires.

456 millions de francs
Selon les derniers chiffres disponibles, la somme allouée aux 21 musées pour l’opération s’élève à 152 millions de florins (environ 456 millions de francs). 19 % couvrent les coûts de matériel, 64 % ceux du personnel, et 17 % sont affectés à l’entretien et aux investissements. Tous les quatre ans, l’État et les musées définissent les objectifs à long terme et fixent le budget. Les établissements peuvent ensuite créer des réserves en vue de futurs investissements ou bien épargner.

Consultant à l’Institut du patrimoine hollandais – organisme public de conseil aux musées –, Steph Scholten se félicite des résultats de la nouvelle autonomie juridique. “Sans sacrifier les devoirs classiques de conservation et d’étude des musées, nous avons su trouver une approche plus dynamique et libérale, explique-t-il. Les fonds privés n’étant pas déductibles des subsides nationaux, les directeurs sont encouragés à rechercher de nouvelles sources de financement, qu’ils utilisent ensuite librement.” Si Steph Scholten reconnaît que “les discussions avec l’État sur les orientations à prendre sont vives”, il estime positif qu’une fois l’accord trouvé, “on puisse travailler pendant quatre ans sur des bases stables”. Pour le consultant, pas de doute que “ce processus de re­cher­che d’un nouvel équilibre entre efficacité, conscience économique et questions de politique culturelle” soit important. Theo­door Adams, directeur d’une commission de politique culturelle auprès du ministère de la Culture, renchérit : “Les musées obtiennent plus d’autonomie, de droits et de responsabilités, et – probablement à long terme – plus de ressources. L’État obtient un meilleur service et une utilisation plus efficace de l’argent public”.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°54 du 13 février 1998, avec le titre suivant : Musées hollandais : plus d’autonomie

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