Vendredi 28 février 2020

Restauration

Le béton de Freyssinet fait peau neuve à Reims

Le Journal des Arts

Le 2 octobre 2012 - 786 mots

Laissées à l’abandon pendant plus de vingt ans, les halles du Boulingrin, dessinées par Freyssinet, retrouvent leur légèreté originelle.

REIMS - Le 17 septembre, la municipalité de Reims a fêté en grandes pompes la réouverture des halles du Boulingrin, après quatre ans de travaux et plus de 24 ans de fermeture.
L’histoire du lieu n’est pas un long fleuve tranquille. Il aura fallu l’émotion d’un certain nombre d’architectes, la volonté d’un ministre et la décision d’une mairie pour voir revivre un lieu dont la fonction est restée inchangée depuis 1929, date de son ouverture.

En 1988, lors de l’abandon du bâtiment par les commerçants, la voûte parabolique de béton, mince de 7 centimètres, n’était plus sécurisée, les verrières teintées de jaune avaient été remplacées après-guerre par des vitres double épaisseur, dégradant l’aération du lieu et accélérant la rouille des armatures de béton. Bref, le lieu suintait l’humidité à cause d’une hygrométrie mal maîtrisée et un manque d’entretien flagrant. Difficile d’y voir alors le génie et la conception presque aérienne des dessins de l’ingénieur Eugène Freyssinet et de l’architecte Émile Maigrot, les créateurs des halles. En 1990, la mairie souhaite se défaire du bâtiment, très dégradé et envisage sa destruction pour y construire un centre de congrès. C’est sans compter la pétition lancée par l’architecte Paul Chemetov, signée par Christian de Portzamparc ou Jean Nouvel pour le maintien des halles. Entre les opposants à « la verrue » et les défenseurs de la « seconde cathédrale de Reims », le torchon brûle. Le ministre de la Culture de l’époque, Jack Lang, tranche contre l’avis de la municipalité et signe une instance de classement au titre des monuments historiques, confirmée par décret ministériel en 1990 : le bâtiment est sauvé. Jusqu’en 2008, des idées fusent pour en faire un centre de congrès ou le nouveau musée des beaux-arts de la ville, mais le lieu dont l’hygrométrie pose problème ne peut être fermé ni isolé. Ce sera donc une halle ouverte où les commerçants reviendront.

Métamorphose réussie
La nouvelle municipalité socialiste, élue en 2008, lance la réhabilitation et finance plus de la moitié des 31 millions d’euros du budget des travaux. Les halles subissent un traitement de choc et une remise aux normes actuelles : fortification du béton, dépose et pose de 900 m2 de verrières conçues en Pologne (faute d’une entreprise française encore capable de concevoir ce genre de verre), harmonisation du sol, tourelles d’aération, restauration des carrelages et faïences des étals d’origine… Des kilomètres de câbles sont cachés : « l’esthétique Art déco s’imposait au lieu, nous n’avons pas voulu la contrarier » explique François Chatillon architecte en chef des Monuments historiques en charge du projet. « L’humidité est stabilisée, mais le bâtiment devra être entretenu, sinon cela reposera problème » prévient-il. Le résultat est à la hauteur du projet : la voûte de béton, baignée dans une lumière dorée, se déploie avec une majesté frappante sur 4 500 m2 en rez-de-chaussée. Avec un budget maîtrisé et seulement six mois de retard sur le calendrier prévisionnel (dus à la présence d’amiante dans le bâtiment), la mairie, maître d’ouvrage du projet, avoue sa satisfaction : « Pour le quartier, entaché par ce bâtiment inoccupé et vétuste, c’est une véritable transformation », estime Adeline Hazan, la maire de Reims.

Jusqu’en décembre, une petite exposition présente l’historique du lieu et du chantier en mezzanine. Ouvertes trois fois par semaine pour le marché de produits frais, les halles devraient pouvoir accueillir des événements culturels (concerts, soirées, expositions temporaires en mezzanine) dans un futur proche. En attendant 2018 et le nouveau Musée des beaux-arts juste en face des halles, le quartier du Boulingrin retrouve une seconde jeunesse.

La culture à Reims… d’ici 2020

Dans la perspective « Reims 2020 », la maire Adeline Hazan a multiplié les projets pour réaménager la ville. Le quartier du Boulingrin, devrait accueillir à l’horizon 2018 le nouveau Musée des beaux-arts de la ville, l’ancien étant devenu trop exigu. En mai 2012, le cabinet d’architecte Chipperfield a remporté le concours, et le projet doit maintenant être budgétisé… Échéance plus proche, la ville mène la bataille du classement à l’Unesco pour ses « Coteaux, Maisons et Caves de Champagne » dont le dossier doit être rendu fin septembre. « On espère être un des deux dossiers sélectionnés pour la France », avoue Adeline Hazan. Enfin, la mairie a racheté pour deux millions d’euros les anciens celliers Jacquart, classés aux monuments historiques, pour y implanter un espace culturel pour des expositions et des concerts, le tout d’ici deux ans. Pour concrétiser tous ses projets, la municipalité compte beaucoup sur la « Mission mécénat de la ville de Reims » créée en 2010 à l’occasion des 800 ans de la cathédrale.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°376 du 5 octobre 2012, avec le titre suivant : Le béton de Freyssinet fait peau neuve à Reims

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