Vendredi 20 septembre 2019

Le marché des antiquités en Grande Bretagne

Faillite de la législation anglaise en matière d’antiquités

Les inquiétudes de Peter Brooke face aux exportations illégales

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 1 mai 1994 - 556 mots

Le ministre britannique Peter Brooke, secrétaire d’État au patrimoine national, suggère que les collectionneurs privés d’antiquités mettent un terme à leurs acquisitions. Dans un discours alarmiste, peu diffusé, il a qualifié les fouilles archéologiques illicites de fléau mondial. Selon lui, le bien-fondé des collections d’antiquités en cette fin du XXe siècle doit être revu dans ce contexte.

LONDRES - Les déclarations du ministre ont été faites alors que la Royal Academy était accusée d’exposer des antiquités de la collection George Ortiz de provenance inconnue. Peter Brooke, parlant à la Société des antiquaires en février, a reconnu qu’il existait un commerce illégal des biens archéologiques en Grande-Bretagne. Il a souligné le petit nombre de demandes de licences d’expor­tation au cours des dernières années, ce qui tendrait à prouver que "des découvertes archéologiques de provenance britannique quittent le pays illégalement".

Les nouveaux chercheurs de trésors
Les vingt dernières années ont vu un accroissement important de découvertes archéologiques par les chasseurs de trésors, en grande partie dû à l’usage généralisé des détecteurs de métaux. Le mois dernier, le British Museum estimait que plusieurs centaines de milliers d’objets sont découverts chaque année en Grande-Bretagne, dont la presque totalité ne sont pas enregistrés et "qui entrent dans des collections privées ou sont dispersés, souvent à l’étranger". Le Council for British Archeology indique que le chiffre total des découvertes pourrait atteindre 2 millions.

Les certificats d’exportations
Face à cette estimation, l’analyse des statistiques relatives aux certificats d’exportation montre l’ampleur de la fraude. En 1990-1991, on a enregistré 4 008 demandes, contre 9 l’année suivante et 14 en 1993. Mais les chiffres de 1990 comportaient 4 000 demandes identiques, émanant du même exportateur, pour un clou romain, d’une valeur de 5 livres sterling (45 francs)…

La valeur des exportations couvertes par ces certificats est dérisoire : 39 248 livres sterling, soit 335 000 francs en 1993. Si l’on tient compte du fait que ce montant inclut aussi les demandes de sortie du territoire pour expositions temporaires, il est clair que la fraude ne peut être que considérable. Tous les objets découverts sur le territoire britannique doivent pourtant faire l’objet d’une autorisation d’exportation, quelle que soit leur valeur. Les demandes sont soumises à un expert du British Museum qui, si une découverte présente une importance particulière, l’envoie à la Commission d’étude sur l’exportation des œuvres d’art.

Dans son discours, Peter Brooke a abordé la question fondamentale de l’habilitation du collectionneur privé. Dans le passé, les collectionneurs "occupaient une place importante dans les milieux cultivés", et dans nombre de pays leurs acquisitions étaient devenues la pierre angulaire des grands musées nationaux. Mais du fait de l’extension des fouilles illégales, le ministre pense que le principe même de la collection d’antiquités devrait être aujourd’hui reconsidéré. "Il s’agit d’un débat important, pour lequel il n’existe pas de solutions simples et que nous devons relancer continuellement", a-t-il déclaré. Il reconnaît qu’il sera difficile de mettre un terme à la fraude. "L’appât du gain est plus fort que la crainte de la répression", chez celui qui fait une découverte pouvant lui rapporter gros. Le ministre a terminé par un appel : "Nous devons demander aux marchands d’antiquités et aux utilisateurs de détecteurs de métaux de nous apporter leur concours, et aux collectionneurs de tous niveaux de se montrer scrupuleux, en n’achetant que des objets qui se trouvent légalement le marché."

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°3 du 1 mai 1994, avec le titre suivant : Faillite de la législation anglaise en matière d’antiquités

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque