Mercredi 21 février 2018

Ara Pacis : l’autel de la discorde

Malgré les critiques, le projet de Richard Meier a été adopté

Le Journal des Arts

Le 12 août 2008

Après bien des débats passionnés, la municipalité de Rome a adopté le projet de Richard Meier, l’architecte du Getty Museum, pour reconstruire le pavillon abritant l’Ara Pacis d’Auguste, première étape d’une réhabilitation de la place attenante, défigurée à l’époque fasciste.

ROME (de notre correspondante) - La paix se fera-t-elle enfin autour de l’Ara Pacis (autel de la Paix) d’Auguste ? Il semble que oui. Ainsi en a décidé le conseil municipal de Rome, après un débat qui a entraîné architectes, urbanistes et administrateurs dans des polémiques parfois assez rudes. La nouvelle présentation muséographique de l’Ara Pacis sera conçue par Richard Meier, auquel on doit aussi le projet de l’Église du Jubilé, à Tor Tre Teste, dans la périphérie de Rome. Le monument est à juste titre considéré comme une œuvre essentielle pour la compréhension de l’art officiel à l’époque d’Auguste. C’est une enceinte rectangulaire sur un soubassement de 11,65 x 10,62 m, couvert à l’intérieur comme à l’extérieur d’une somptueuse décoration sculptée célébrant l’Empereur et sa famille.

La commande est née de la nécessité de repenser un secteur maltraité du centre historique de Rome : la zone autour du mausolée d’Auguste, affectée au milieu des années trente par d’importantes démolitions et reconstructions. Le monument d’Auguste, découvert en 1903 dans l’enceinte de l’église de San Lorenzo in Lucina, avait été remonté à la hâte et installé arbitrairement à côté du mausolée, sur intervention directe de Mussolini qui avait payé les travaux sur les fonds de la Présidence du Conseil. Le pavillon accueillant l’Ara Pacis a été restauré dans les années soixante-dix et les baies vitrées changées, sans pour autant améliorer les conditions de conservation du monument. Le nouveau musée de Richard Meier, dont l’inauguration est prévue à l’automne 2000, se développera entre l’enclave gagnée sur le méandre du Tibre et le front ouvert de la place laissée inachevée. Mais, contrairement à d’autres récents projets de musées conçus par l’architecte, l’élément circulaire constitué par le méandre du fleuve ne devient pas la matrice de l’organisation spatiale ; au contraire, le bâtiment s’étendra sur un axe longitudinal. Le projet précédent, qui prévoyait la fermeture de la place par un mur du côté du fleuve, a été corrigé car il occultait la vue des églises nichées le long du Tibre.

La préoccupation de Richard Meier a été de reconstituer une façade sur la place, laissée en l’état après les démolitions de 1934. Le cœur du projet est cependant, encore et toujours, l’Ara Pacis d’Auguste, abrité dans un corps de bâtiment vitré, complètement transparent. Derrière, un volume quadrangulaire accueillera un auditorium de 120 places, tandis que du côté opposé, un vaste hall hébergera les services habituels – billetterie, bar, boutiques – et une salle de dimensions restreintes pour les expositions temporaires. La différence de niveaux existant entre le quai et la place a permis de prévoir un étage souterrain dont la forme est analogue à celle du musée au-dessus. Les bureaux et un laboratoire de restauration ouvert au public y seront installés, ainsi qu’un Antiquarium doté d’un équipement spécifique qui reproduit le volume de l’Autel en visualisant les hypothèses de reconstruction et les possibilités de nouvelles intégrations. Quant à l’auditorium, il assurera en partie une fonction improprement attribuée au mausolée d’Auguste voisin, lui aussi dans une situation passablement précaire. Le plan d’urbanisme de 1931 entendait justement célébrer ce monument en l’isolant au centre d’une aire dégagée, grâce à la démolition de 28 000 m2 de constructions – un quartier entier de la Renaissance –, de loin le pire méfait des archéologues du régime fasciste. À présent, le musée dessiné par Richard Meier répare partiellement ce massacre urbanistique et constitue la première phase d’un remaniement général de la place Augusto Imperatore, pour lequel un concours international est prévu.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°74 du 8 janvier 1999, avec le titre suivant : Ara Pacis : l’autel de la discorde

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