Moscou rompt brutalement ses relations culturelles avec la Turquie

Par Emmanuel Grynszpan, correspondant à Moscou · lejournaldesarts.fr

Le 3 décembre 2015 - 576 mots

MOSCOU (RUSSIE) [03.12.15] - Le ministère de la culture russe affiche son zèle patriotique en rompant ostensiblement tous les liens avec la Turquie, après que cette dernière ait abattu un avion militaire russe en Syrie. Les communautés turcophones sont nombreuses en Russie.

La Basilique Sainte-Sophie à Istanbul, Turquie
La Basilique Sainte-Sophie à Istanbul, Turquie
Photo Arild Vågen, 2013

Un rideau de fer est brutalement tombé sur les relations culturelles entre la Russie et la Turquie. Les années croisées entre Turquie et Russie (2017 et 2018) sont unilatéralement annulées par Moscou. Toutes les expositions, concerts, films sont interdits, dans un climat de turcophobie encouragé par les médias du Kremlin.

La culture a été le premier ministère à répondre à l’appel du Premier Ministre de cesser la coopération avec les autorités turques. Ordre a été donné aux républiques turcophones de la fédération russe (Tatarstan, Yakoutie, Bachkyrie, etc) de mettre fin à toute coopération avec TurkSoy, l’équivalent turcophone de l’organisation internationale de la francophonie.

Pourtant l’oukase publié le 28 novembre par le président Poutine sur les mesures de sécurité liées à l’incident avec la Turquie ne comportait pas un mot sur les liens culturels. Plusieurs ministères (industrie et énergie) ont au contraire tenté de limiter les mesures de rétorsion, qui devaient concerner principalement le tourisme et les importations agricoles.

« L’ampleur et la durée des mesures russes nous ont beaucoup surpris » confie une source diplomatique turque au Journal des Arts. « Il y a une intention manifeste de casser pour longtemps les liens, alors que des millions de citoyens russes sont turcophones et culturellement très proches de nous. »

A l'ambassade de Turquie à Moscou, qui a subi plusieurs actes de vandalisme la semaine dernière, on refuse de donner le détail des événements annulés dans le cadre des années croisées. « Nous n’en étions qu’au stade de la planification. Des pourparlers étaient en cours. Rentrer dans les détails n’a plus de sens aujourd’hui », explique le porte-parole de l’ambassade. L’attaché pour la culture et le tourisme est surtout préoccupé par ce dernier secteur, qui rapporte des milliards de dollars chaque année à l’économie turque, tandis que les liens culturels entre les deux pays n’ont jamais pu être qualifiés d’intenses. Ils ne passent en tous cas pas par Moscou, mais plutôt par les républiques à majorités musulmanes.

Les initiatives soutenues au niveau gouvernemental ne sont pas les seuls à souffrir. Des projets commerciaux comme l’exposition « Le siècle magnifique », lié à une série télévisée du même nom racontant la vie de Soliman le Magnifique, a été annulée le 1er décembre. Elle devait ouvrir le 8 janvier. Des députés réclament l’interdiction de tous les films et séries télévisées turques, et tout laisse à penser qu’ils auront gain de cause. La tournée de musiciens de l’Altaï, de Bachkyrie, de Khakassie et de Touva du 17 au 19 décembre dans le cadre d’un festival TurkSoy à Istanbul, vient aussi d’être annulée.

Dans la foulée, le centre culturel russo-turc à la bibliothèque des langues étrangères de Moscou a été fermé définitivement et tout son personnel licencié. La rage vindicative s’étend rapidement à d’autres domaines. Les universités russes ont également cessé toute coopération avec les universités turques. Idem pour la coopération scientifique. Les autorités culturelles ont donné l’exemple et passent le relai aux religieux. Un groupe de députés orthodoxes russes réclament désormais la restitution de la basilique Sainte-Sophie de Constantinople à l’église orthodoxe. « Cela pourrait aider la Turquie et l’islam à démontrer que la bonne volonté se trouve au-dessus de la politique », estime le député Sergueï Gavrilov.

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