Vendredi 30 juillet 2021

Beau livre - Véronèse vu de près

Véronèse, Alessandra Zamperini

Un ouvrage remarquable retrace l’ascension du peintre, de ses débuts véronais à l’apogée vénitienne

Par Suzanne Lemardelé · Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2013 - 440 mots

« Je dois tout à Paolo Véronèse », confesse Eugène Delacroix dans son Journal. Pour devenir ce grand inspirateur, Véronèse (1528-1588) doit quant à lui beaucoup à ses commanditaires.

Car le peintre ne maîtrise pas seulement le sens de la composition et l’art du coloris, il sait également s’entourer et s’appuyer sur ceux qui comptent. C’est autour de cet aspect de la production de l’artiste que s’articule la monographie d’Alessandra Zamperini, professeure d’histoire de l’art à l’université de Vérone, en Italie. Son texte dense et détaillé – mais difficile à manipuler faute d’index – revient sur ceux qui ont fait de ce fils de tailleur de pierre le peintre à succès que l’on connaît.

Introduit par le biais d’artistes plus installés, notamment l’architecte Michele Sanmicheli, qui lui fait décorer les palais qu’il dessine, Véronèse construit sa carrière au gré des commandes de riches familles italiennes. Les Canossa, les Soranzo, les Gonzague en font partie. Un décor réussi, un portrait flatteur… autant de cartes de visite qui lui permettent peu à peu d’intégrer le milieu vénitien. Car là où Titien mise sur une clientèle internationale, Véronèse concentre tous ses efforts sur trois villes : Vérone, Vicence et Venise. C’est dans cette dernière qu’il connaît la gloire, laissant sa trace jusque dans le saint des saints, le palais des Doges. Très sollicité, Véronèse crée toute sa vie et laisse derrière lui une production considérable.

Reproductions de qualité
Point fort de l’ouvrage, les nombreuses reproductions en pleine page – pour la plupart de qualité – permettent d’observer à la loupe des détails d’œuvres majestueuses, tel l’immense tableau des Noces de Cana (1562, Musée du Louvre). Elles offrent encore d’étudier sous toutes les coutures des décors de plafonds parfois peu visibles in situ. Le peintre déploie dans ce registre des trésors d’audace, dessinant des perspectives abruptes et maniant la contre-plongée avec une virtuosité qui inspire son contemporain Tintoret mais également, deux siècles plus tard, Giambattista Tiepolo.

Si la trame générale du récit est chronologique, une large place est faite aux thèmes féminins, notamment dans les chapitres « Parfum de femme… », « L’histoire de Marie », et « Thèmes d’amour ». L’occasion d’admirer en grand format le talent de Véronèse pour le rendu des matières. De sa Lucrèce (1580-1585, Kunsthistorisches Museum, Vienne), on voit d’abord la blondeur des boucles, la rondeur des bras, l’éclat des perles, de l’or et des tissus qui la parent, avant d’apercevoir le geste cruel, le poignard et le sang… Et même lorsque le sujet impose plus de dépouillement, comme dans sa Marie Madeleine pénitente (1583, Musée du Prado, Madrid), une cascade de cheveux dorés remplace habilement toutes les parures.

Véronèse, Alessandra Zamperini,

traduction Denis-Armand Canal, Éditions Imprimerie nationale, 2013, 351 p., 120 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°403 du 13 décembre 2013, avec le titre suivant : <em>Véronèse</em>, Alessandra Zamperini

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