Mercator, cosmographe

Un voyage initiatique au cœur de l’univers scientifique du XVIe siècle

Le Journal des Arts

Le 1 novembre 1994 - 581 mots

À l’occasion du quatrième centenaire de la mort de Mercator, le Fonds Mercator Paribas consacre un luxueux ouvrage à cette figure emblématique de l’univers scientifique du XVIe siècle. Rédigé par une équipe de spécialistes, sous la direction de Marcel Watelet, il se veut une véritable \"enquête\" sur l’homme, son œuvre, et sur le contexte fascinant de l’époque.

Gerhard Kremer, alias Mercator (Rupelmonde, 1512–Duisbourg, 1594), a apporté une contribution fondamentale à la cartographie moderne, tout en menant de multiples recherches dans d’autres domaines. De la géographie à la callligraphie, et de la philosophie aux sciences occultes, ce personnage atypique aura embrassé la plupart des branches du savoir, en poursuivant le modèle humaniste de "l’homme universel".

Fruit de très longues recherches, l’épais volume du Fonds Mercator n’a pas été conçu comme une biographie et ne suit pas un développement chronologique et linéaire. Constitué comme une mosaïque d’articles, ce livre ambitionne d’illustrer les multiples facettes de la personnalité du célèbre humaniste tout en invitant, selon les mots de Watelet, "à un voyage initiatique au cœur de l’univers scientifique du XVIe siècle". Structuré en cinq parties, selon un ordre thématique, l’ouvrage est agrémenté de très nombreuses illustrations.

La première partie, intitulée "Substrats et fondements", campe les limites de la recherche, en explorant l’ordre cartographique antérieur à la Renaissance. Depuis les premières représentations antiques de l’œkoumène, "la terre habitée", nourries de mythes et de légendes, jusqu’aux projections religieuses et fantaisistes de la cartographie médiévale, on y analyse un acquis qui influencera, malgré tout, de nombreuses réalisations à la Renaissance. Un chapitre traite d’ailleurs de la résurgence de la tradition géographique de Ptolémée, dont la "Géographie", traduite en latin au début du XVe siècle, recueillera un franc succès auprès des cartographes.

La deuxième partie, à caractère biographique, évoque les deux grandes étapes de la vie et de la carrière de Mercator. Cette dernière sera en effet partagée entre Louvain, l’un des premiers pôles culturels de l’époque, et Duisbourg, où le climat politique plus favorable et la protection du duc Guillaume de Clèves, lui permettront de se consacrer à la recherche et de produire ses travaux les plus remarquables.

"L’outillage mental, les sciences et les techniques" sont l’objet d’une série de contributions, réunies dans la troisième partie. L’on entre ici au cœur de l’univers mercatorien, décrit au travers de sa bibliothèque, du monde de l’édition et du livre, son intérêt pour la calligraphie, son activité de construction d’instruments scientifiques ainsi que ses recherches en matière cartographique.

Retenons, parmi ces dernières, une innovation fondamentale pour les cartes marines : la projection cylindrique ou "mercatorienne", à latitudes croissantes, facilitera grandement la navigation, et assurera à son inventeur une renommée universelle.

L’ouvrage se poursuit par une analyse approfondie des principales réalisations cartographiques de Mercator, parmi lesquelles sa grande carte de l’Europe (1554), son planisphère (1569) et son célèbre atlas (1585-1589). Il s’achève, selon une boucle logique, sur l’évocation de la famille du savant, en particulier ses fils et petits-fils, qui poursuivront l’œuvre de leur père, et sur l’historiographie mercatorienne, dont ce livre représente, d’ores et déjà, la pierre de touche.

Gerhard Mercator cosmographe, sous la direction de Marcel Watelet, Éditions Fonds Mercator Paribas, 448 p., 4 900 FB (820 FF).

Signalons également la sortie de l’ouvrage Gerhard Mercator : Atlas de l’Europe, Éditions Fonds Mercator Paribas, Portfolio, 96 p., 100 ill., 18 cartes en fac-similé, 2 900 FB (480 FF). Ce luxueux recueil de cartes est accompagné de contributions spécialisées qui permettent au lecteur d’en saisir la portée culturelle et novatrice.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°8 du 1 novembre 1994, avec le titre suivant : Un voyage initiatique au cœur de l’univers scientifique du XVIe siècle

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