Architecture

Un travail de romain

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 23 septembre 2005

Les éditions Skira consacrent un ouvrage à l’œuvre de l’architecte Massimiliano Fuksas, qui a trouvé en France un accueil favorable dès les années 1980.

Il est une génération d’architectes qui arrivent aujourd’hui à maturité : celle des baby-boomers Rem Koolhaas, Bernard Tschumi et Jean Nouvel. L’Italien Massimiliano Fuksas, né à Rome en 1944, en fait bien évidemment partie. En France, il vient d’ailleurs de remporter le concours pour le nouveau Centre des archives nationales, dont le chantier, à Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), devrait débuter cette année pour s’achever en 2008. Ce projet figure en bonne place dans la monographie que lui consacrent les éditions Skira, intitulée Massimiliano Fuksas. Œuvres et projets. L’ouvrage se compose de deux parties : la première s’étirant des années 1970 jusqu’au milieu des années 1990, la seconde, de 1995 à 2005, décennie à ce jour la plus féconde. Bref, une chronologie ordinaire, qui permet néanmoins d’observer tant l’évolution des réflexions du maître d’œuvre romain sur l’architecture et sur la ville que leurs concrétisations dans le réel. Et évolution il y a. Dans ses premiers projets, comme la salle de gymnastique de Paliano, avec sa façade théâtrale qui s’enfonce dans le sol, ou la mairie de Cassino, avec ses pans de murs faussement déglingués, Fuksas, un brin subversif, emprunte allégrement aux arts plastiques ou à la littérature et n’hésite pas à faire référence à l’architecture classique italienne. Puis il semble se libérer peu à peu des contraignantes citations pour explorer un monde plus fluide, voire carrément organique. C’est le cas, notamment, d’un projet qu’il vient tout juste de livrer : la nouvelle Foire des expositions de Milan, dont la verrière principale, qui file à 30 m de hauteur et sur une distance de 1,3 km, se déploie sous forme de « vagues », de « cratères », de « dunes » et de « collines ». « S’il y a une évolution marquée, note Luca Molinari dans le livre, c’est plutôt dans les modalités avec lesquelles Fuksas, au fil des ans, met en rapport l’architecture avec l’idée de ville, tout en gardant au fond un sédiment culturel propre à la scène italienne des années soixante et soixante-dix, qui voit dans l’architecture un lieu naturel de réflexion sur la ville et sa nature plutôt qu’un fragment isolé. » Entre les deux extrémités de son parcours, le passage par la case France – médiathèque de Rezé (Loire-Atlantique), Musée des graffitis de Niaux, en Ariège… en attendant, l’année prochaine, le Zénith de Strasbourg – paraît aujourd’hui capital. Ses travaux y trouvèrent, en effet, dès le début des années 1980, un accueil favorable, contrairement à l’indifférence apparente que la critique italienne lui a réservée pendant toute la décennie 1970. « La chance de Massimiliano Fuksas est justement dans la reconnaissance française de ses œuvres différentes, sauvages et impétueuses », reconnaît Luca Molinari.

« Un signe léger »
Si le texte de ce dernier est parfois emphatique, voire alambiqué, l’ouvrage, lui, regorge de plans et d’esquisses – dont certaines, ô surprise, sont de la main de l’artiste Mimmo Paladino, lequel intervient dans l’entrée du nouveau Pavillon de l’habillement, à Turin –, d’ébauches et de maquettes, sans oublier moult photographies en situation. En tout sont décortiqués 36 projets, réalisés ou non, dont quelques-uns hors d’Europe, tel le Centre de la Paix à Jaffa (Israël), actuellement en cours de construction. Mais « l’ouvrage le plus important de ma vie » (dixit Fuksas) reste toutefois le vaste projet – 58 000 m2 — du nouveau Centre des congrès de Rome, qui devrait ouvrir en 2008, gigantesque « nuage » enchâssé dans une cage de verre. Ce cumulo-nimbus en acier et en Téflon, qui dissimule en fait les salles de congrès, est suspendu à l’intérieur du grand hall à mi-hauteur entre sol et plafond, comme en lévitation. De quoi en séduire plus d’un. Le maire de Rome, Walter Veltroni, dont on peut lire un entretien en pages intérieures, n’a d’ailleurs pas hésité un instant, au moment de choisir le projet lauréat, « parce qu’[il] aime énormément l’idée du nuage, parce que celui-ci est la représentation de la ville telle qu’[il] voudrai[t] qu’elle fût et de la ville qu’elle est en grande partie. Un signe léger et élégant, fonctionnel et moderne ». Pour l’édile, il n’y avait donc pas d’alternative possible : « Il s’agit d’un objectif prioritaire car je le considère comme un des symboles de la nouvelle Rome. » Si avec ça Fuksas n’est pas sur un petit nuage !

LUCA MOLINARI, MASSIMILIANO FUKSAS, ŒUVRES ET PROJETS, éd. Skira, 2005, 256 p., 210 ill., 60 euros, à paraître le 2 novembre, ISBN 88-7624-290-2.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°221 du 23 septembre 2005, avec le titre suivant : Un travail de romain

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