Mercredi 8 décembre 2021

Livre

Trafic d’antiquités et jeu de dupes en Mésopotamie

Par Olympe Lemut · Le Journal des Arts

Le 9 novembre 2021 - 345 mots

Roman. Dans ce livre au style parfois précieux, l’action se situe au moment où l’organisation État islamique commence sa conquête du nord de l’Irak (en juin 2014) ; Charif Majdalani fait habilement monter la tension, à partir d’une histoire de « trésor » antique à l’origine douteuse qu’un expert libanais doit vendre pour le compte d’un général.

Sur cette trame assez classique, le récit prend une dimension tragique du fait du contexte historique exceptionnel choisi par l’auteur.

L’oasis irakienne qui donne son titre au roman sert de cadre à la première moitié du récit, où ce sont l’attente et le travail d’expertise qui occupent le narrateur. Le lecteur découvre au passage les arcanes de ce type de vente d’antiquités, entre intermédiaires turcs, experts occidentaux et clients russes ou asiatiques… Le récit s’embourbe alors dans les répétitions (descriptions de paysages), comme le narrateur pris au piège d’un lieu hors du temps, sous la coupe du mystérieux général irakien. Mais ce héros fort peu héroïque s’interroge plus sur le sens des événements historiques que sur la légalité de son activité : la fascination qu’il ressent pour les pièces archéologiques est plus forte, même s’il se sait manipulé. Le thème de l’Histoire en train de se faire demeure en arrière-fond de la deuxième partie de l’ouvrage, où les événements s’accélèrent avec l’avancée de l’organisation État islamique, la décision de transporter les pièces archéologiques pour les vendre, et plusieurs coups de théâtre. Le contexte politique et militaire local est d’ailleurs bien rendu par l’auteur, ce qui donne de l’épaisseur aux errances du héros sur les routes irakiennes. Si les pièces antiques prennent peu de place dans le récit une fois décrites par le narrateur, elles occupent pourtant son esprit et celui du lecteur jusqu’à la fin du roman. À travers les obsessions du narrateur, l’auteur multiplie les fausses pistes sur l’origine des pièces, leur propriétaire initial, leur disparition puis leur réapparition finale. Après avoir appris ce qui est réellement arrivé au trésor, le lecteur reste sur un sentiment de mélancolie désabusée face aux désastres de la guerre, comme le narrateur lui-même.

Charif Majdalani, Dernière oasis,
éd. Actes Sud, coll. « L’Orient des livres », 2021, 272 pages, 20 €.

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°577 du 12 novembre 2021, avec le titre suivant : Trafic d’antiquités et jeu de dupes en Mésopotamie

Tous les articles dans Médias

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque