Paris, un guide du Patrimoine

Le Journal des Arts

Le 15 juin 2010

Une étude anthologique de l’évolution urbaine et architecturale de la capitale.

Lancée en 1988 avec le remarquable Architecture en région Centre, la collection Guide du Patrimoine, dirigée par Jean-Marie Pérouse de Montclos – spécialiste de l’architecture française et "à la française" – publie un troisième volume : consacré à la ville de Paris, il complète celui sur l’Île-de-France (1990). Publication indépendante des collections du Patrimoine et le l’Inventaire Général, elle a bénéficié du concours de cette institution dont Pérouse de Montclos est vice-président. Ce travail d’équipe débute par une série d’introductions qui donnent une claire synthèse de l’évolution urbaine et architecturale de Paris. Suivent près de mille entrées où sont recensés, par ordre alphabétique, les monuments, quartiers, rues dignes d’intérêt qu’un atlas, à la fin, permet de regrouper géographiquement. Sobre, l’illustration – gravures, plans, photos anciennes... – convient parfaitement au propos scientifique de l’ouvrage.

Qui utilisera ce guide ? Sans nul doute, les spécialistes des périodes médiévale et moderne. Les notices sur les monuments de ces époques sont de véritables monographies, avec une chronologie précise des différentes phases de construction et de transformation, ainsi que de l’histoire du bâtiment : dix pages pour Notre-Dame, trente pour le Louvre (avec une excellente récapitulation, bâtiment par bâtiment, des différents aménagements), trois pour les Tuileries ; le guide présente en effet une anthologie d’édifices détruits. La qualité de nombreuses notices, notamment celles de Claude Mignot sur les hôtels du XVIIe siècle, permet au lecteur de comprendre l’édifice même s’il n’est pas sur place, et fait regretter l’aspect superficiel de quelques-unes (place Dauphine, Hôtel de Salm – l’actuel Musée de la légion d’Honneur –, certaines églises...). Notons cependant l’intérêt du chapitre "mobilier" qui, pour la plupart des églises étudiées, énumère les œuvres d’art conservées. De la même façon, les notices sur les musées (Louvre, Carnavalet) sont suivies d’un récapitulatif de leurs œuvres d’origine parisienne.

Quelques notions intéressantes sacrifiées
Avec le XIXe siècle, le nombre des monuments et des sites intéressants se multiplie évidemment. L’un des intérêts du guide est de mentionner plusieurs édifices "intéressants à étudier" comme l’Hôtel Guerlain, rue Legendre, ceux de l’avenue Frochot ou de la cité Bergère. Mais on aimerait souvent trouver une analyse plus approfondie d’édifices notables comme les églises ou les gares : une description rapide du gros œuvre compléterait avantageusement l’exposé des choix technique et stylistique de l’architecte. Par ailleurs, la notion stylistique (byzantino-russe pour la cathédrale Alexandre Newski, anglais pour le collège franco-britannique de la Cité Universitaire, style Renaissance, style Guimard...) qui?résume la présentation de nombreux édifices, à caractère certes plus pittoresque, n’a pas toujours la clarté du fameux "Perp. style" des Buildings of England de Pevsner.

Émule du Paris-Guide (1867), célèbre pour ses dénonciations des destructions dues à Haussmann, notre guide aborde dans un esprit polémique les réalisations du XXe?siècle, au risque de sacrifier quelques notions intéressantes comme, par exemple, l’œuvre des "Chantiers du Cardinal". On ne peut qu’approuver une fois de plus le regret de la destruction des Halles ou du Palais Rose ; mais l’on pourra regretter que la notice Louvre – qui, bien sûr, critique la Pyramide – s’attarde sur la nouvelle galerie commerciale du Carrousel, contemporaine des nouveaux aménagements de l’aile Richelieu qui mériteraient pour leur part une meilleure attention.

Le Parc André Citroën doit-il se résumer à la seule énumération de ses architectes ? Et, dans l’ensemble du nouvel Opéra Bastille, le sort du cabaret de la Tour d’Argent vaut-il plus qu’une analyse, même rapide, du gros œuvre ?
Ces réserves faites, il est évident que ce guide vient combler un grand vide et que, dans l’attente d’une étude systématique par l’Inventaire Général, il rendra de précieux services à l’historien d’art. Et il donnera à tout amateur la joie de découvrir des trésors cachés de la vie parisienne.

Paris, le Guide du Patrimoine, sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Hachette, Direction du Patrimoine C.N.M.H.S., Conseil Régional d’Ile-de-France, 1994, 587 p., 239 francs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°3 du 1 mai 1994, avec le titre suivant : Paris, un guide du Patrimoine

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