Mercredi 16 octobre 2019

Les Impressionnistes et leur temps

L'ŒIL

Le 1 avril 2003 - 335 mots

L’impressionnisme est, paraît-il, le mouvement pictural préféré des Français. Ce ne fut pas toujours le cas, l’euphémisme est ici de mise, et François Mathey cite avec beaucoup de justesse Henri Focillon : « L’art ne cesse de se renouveler non dans la paix et le consentement de tous, mais dans la violence et même dans le scandale. » Et d’ajouter : « Le public aime le déjà-vu qui rassure ou apaise [...] il déteste être pris de court, surpris par l’imprévu [...] l’incompréhension à l’égard des artistes est donc une règle. » François Mathey, inspecteur des Monuments historiques qui fut un formidable conservateur du musée des Arts décoratifs, et le créateur, avec François Barré, du Centre de création industrielle, parle en connaissance de cause. Il n’a cessé de batailler, sa vie durant (il est mort en 1993), organisant des rétrospectives inoubliables, préparant l’accueil de la donation Dubuffet dont il fut largement l’instigateur, pour le triomphe de la modernité. On a bien sûr beaucoup écrit sur l’impressionnisme : des monographies, des chroniques, des essais analytiques, de vastes sommes... Ce livre-là – paru en 1992, il s’agit ici d’une réédition –, sous des dehors parfaitement classiques, est différent. François Mathey était un conteur, renouvelant sans cesse son regard sur le monde de la peinture. Il livre dans ces pages, avec le dynamisme et la générosité d’une pensée qui ne s’embarrasse pas de circonvolutions, l’esprit même de la modernité impressionniste, en la situant au cœur de son temps : née au milieu des peintres académiques, influencée par les paysagistes anglais, la photographie, le japonisme, traumatisée par la guerre de 1870, confrontée à Cézanne, poursuivie par Bonnard, Matisse, Picasso... Il n’y a pas d’art surgi de nulle part, ce qui, pourtant, n’empêche nullement qu’on puisse rester coi devant le dernier carré demeuré indicible « la beauté retrouvée des mondes invisibles ». C’est tout le mérite de ce livre que d’encourager cette pensée double.

François Mathey, Les Impressionnistes et leur temps, éd. Hazan, 2002, 192 p., 209 ill., 19 euros.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°546 du 1 avril 2003, avec le titre suivant : Les Impressionnistes et leur temps

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