Jeudi 19 septembre 2019

Le premier dictionnaire complet de l’art russe

Les richesses artistiques de la Russie, de 1420 à 1930, réunies en un seul ouvrage

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1994 - 652 mots

Ce dictionnaire, qui couvre cinq siècles de l’histoire artistique russe, sera indispensable aux chercheurs, aux marchands, aux musées et à tous les amateurs.

LONDRES -  L’art russe a fait l’objet de nombreuses études érudites, mais il n’existait pas d’ouvrage de référence sur les artistes russes et soviétiques. Il y a plus de cinquante ans, l’ouvrage de Lukomsky Essai sur l’art russe présentait une liste d’artistes en annexe, mais celle-ci s’est révélée très incomplète.
Les catalogues du Musée Russe de Saint-Pétersbourg (1980) et de la Galerie Tretyakov de Moscou (1984), récemment publiés, s’arrêtent tous les deux vers 1920, et ne traitent que des œuvres de leurs collections. De plus – publiés en russe et non traduits – il est difficile de se les procurer. Aucun de ces ouvrages ne donnait une vision complète de l’art russe. C’est cette lacune que comble le dictionnaire de l’art russe de John Milner.

Les artistes étrangers
Les critères de choix pour les peintres étrangers ont été difficiles à établir. Dès le XVIIe siècle, à l’époque de Pierre le Grand, un grand nombre d’artistes étrangers s’installèrent en Russie. Ces artistes doivent-ils être inclus parmi les peintres et les sculpteurs russes ? John Milner a retenu Louis Caravaque (avant 1700-1754) et Petre Federovitch Gonzaga (1751-1831), mais omis le graveur James Walker et son compatriote John Atkinson, qui séjournèrent seize ans en Russie. Timoleon Nehf (1805-1876), parfois appelé Kneff, figure dans l’ouvrage, mais pas Christina Robertson qui copia au moins l’un de ses portraits pendant son séjour de dix ans à Moscou. L’auteur d’un dictionnaire biographique doit être cohérent dans ses principes de sélection d’artistes étrangers, qu’il la fasse en fonction de la durée de leur séjour ou de la valeur de leur contribution.

L’art contemporain
John Milner semble avoir éprouvé quelques hésitations pour traiter l’art russe contemporain. Le livre présente l’art russe et soviétique de 1420 à 1970, mais ne précise pas s’il s’agit d’artistes nés avant 1970 ou ayant atteint leur maturité – ou la célébrité – à cette date. Ainsi Ernst Neizvestny, né en 1925, et Kirill Sokoloff, né en 1930, y figurent-ils, mais ni Oskar Rabin, né en 1928, ni Ilya Glazounoff, né en 1930. De même, Francisco Infante, né en 1943, est mentionné mais pas Ullo Sooster (1924-1970).

Les critères de sélection retenus par John Milner pour les artistes contemporains semblent parfois hermétiques : L’autoportrait de Maïakovsky (p. 287) est attribué à David Burlyuk et à Kroutcheykh qui l’on remis en état pour en faire l’illustration de la couverture du Maïakovsky vivant, publié en 1930. De même, le projet de décor de théâtre d’Aristarkh Lentouloff (p. 259) pour L’oiseau de feu de Stravinsky ne paraît pas avoir le moindre rapport avec le conte populaire original ou le scénario du ballet. L’extraordinaire ballet que Diaghilev monta en 1928, sur une musique de Nicolas Nabokov et des décors de Tchelicheff et Charbonnier, d’après un poème philosophique de Lomonosoff, ne s’intitulait pas Odes (p. 424) mais simplement Ode. Même si le génie artistique russe s’est toujours brillamment exprimé sur les scènes de théâtre, il semble que l’on ait consacré une place excessive aux décorateurs de théâtre, par comparaison avec les graveurs et les lithographes, par exemple.

Une attention plus grande aurait ainsi pu être portée à des aquarellistes comme Hau et Premazzi, dont les aquarelles précises et précieuses d’intérieurs de palais impériaux se sont révélées indispensables à leur restauration. Mais ces quelques remarques ne sont pas d’une importance majeure. L’ouvrage de John Milner est une réussite dans son ensemble. On trouve ici une énorme quantité d’informations couvrant plus de cinq siècles de vie artistique. Le lecteur, guidé par les remarques de John Milner, éprouvera quelques plaisirs inattendus à l’exploration des richesses et de la diversité de l’art russe et soviétique.

John Milner, A Dictionary of Russian and Soviet Artists, 1420-1970, Antiques Collector’s Club, Woodbridge, 1993. 482 p., 265 illustrations en noir et blanc, 110 en couleurs. £ 49.50 (435 francs).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°3 du 1 mai 1994, avec le titre suivant : Le premier dictionnaire complet de l’art russe

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