Dimanche 18 février 2018

Design

Le poids des mots et le choc des photos

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 2 août 2007

Trois monographies et deux partis pris éditoriaux.

Vaut-il mieux un livre trop ou pas assez savant ? une thèse universitaire un peu roborative ou une compilation façon livre d’images ? Le lecteur penchera peut-être pour la première en se disant qu’au moins il en restera toujours quelque chose. Les deux cas comportent néanmoins des défauts. Les dernières livraisons des éditions Daab, Matali Crasset et Jean-Marie Massaud, se rangent assurément dans la seconde catégorie, celle des « livres d’images ». Cette jeune maison d’édition allemande fondée à Cologne fin 2003 publie des ouvrages « destinés aux professionnels et particuliers occupés » et propose donc « une maquette claire qui privilégie le visuel et des textes concis ». Elle suit en outre les traces de son aînée et compatriote Taschen en publiant des titres en cinq langues – anglais, allemand, espagnol, français et italien – et sur trois thèmes : l’architecture, le design et la photographie. Ces deux livres sur des designers français en vogue font malheureusement plus office de « press-book » [« portfolios d’agence »] que de véritables projets éditoriaux. Les textes sont trop succincts –aucune indication de matériaux, d’échelle, de dimensions…– de même que la biographie. En revanche, y figurent de manière exhaustive les coordonnées des designers : adresse postale numéro de téléphone adresse électronique. L’ouvrage sur Jean-Marie Massaud, élu en janvier « Créateur de l’année 2007 » par le Salon du meuble de Paris (lire le JdA no 252, 2 février 2007, p. 11), reprend quasiment en totalité la monographie Human Nature que le designer a conçue à l’occasion d’une exposition éponyme, en 2005, à Tokyo (Japon). L’ouvrage sur Matali Crasset se focalise, lui, sur ses travaux les plus récents, entre 2000 et 2007. Si Jean-Marie Massaud place en guise d’ouverture une note plutôt « officielle », signée Studio Massaud, Matali Crasset prend davantage de recul en demandant son texte introductif à Emmanuelle Lallement, ethnologue associée au Laboratoire d’anthropologie des institutions et des organisations sociales (CNRS/EHESS). La chercheuse possède un poste d’observation privilégié puisqu’elle a la bonne idée d’habiter juste en face de la maison-atelier de la designeuse, à Paris. Ses remarques se révèlent donc plus intéressantes : « Avant de rencontrer Matali, je pensais qu’un designer était quelqu’un qui faisait des objets, un point c’est tout […]. À observer le travail de Matali ou bien plutôt Matali en train de travailler, j’ai compris que l’objet n’est en fait pour elle ni le centre, ni la finalité du processus de création. Il en est une actualisation possible, parmi d’autres (une architecture, une scénographie, une exposition), et à un moment déterminé d’un système de pensée plus vaste, qui le dépasse et qui se déploie à travers une méthodologie particulière. De la scénographie au graphisme, en passant par les objets mais aussi les espaces, il s’agit d’une quête. » Hormis ce léger « sursaut » textuel, le contenu développé dans ces deux ouvrages reste bien maigre.

- JEAN-MARIE MASSAUD, 2007, éd. Daab, Cologne, 176 pages, 19,95 euros, ISBN 978-3-937718-88-0. - MATALI CRASSET, 2007, éd. Daab, 176 pages, 19,95 euros, ISBN 978-3-937718-89-7. - JACQUES VIÉNOT (1893-1959), PIONNIER DE L’ESTHÉTIQUE INDUSTRIELLE EN FRANCE, 2006, éd. Presses universitaires de Rennes, 19 euros, ISBN 2-7535-0231-5.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°257 du 13 avril 2007, avec le titre suivant : Le poids des mots et le choc des photos

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