La ville de Luxembourg révélée

Un portrait historique de la \"Ville européenne de la Culture\"

Le Journal des Arts

Le 1 février 1995

Luxembourg se présente à l’esprit plus comme une capitale financière et politique que comme un haut-lieu de la culture européenne. L’année 1995, pourtant, s’ouvre pour elle sous l’enseigne prestigieuse de \"Ville européenne de la Culture\". L’occasion était trop belle pour ne pas l’exploiter : le Fonds Mercator Paribas livre, avec le concours de plusieurs spécialistes, un portrait approfondi de la ville et son histoire.

Publié sous la direction de G. Trausch, La Ville de Luxembourg se veut une contribution essentielle à la connaissance de la ville et du petit pays qui fait étroitement corps avec elle. L’ample matière est ordonnée en quatre "livres", qui permettent de suivre diachroniquement l’évolution de Luxembourg, du château des comtes à la métropole européenne, tant du point de vue historique et archéologique, que social, économique et artistique. L’ouvrage s’accompagne d’une abondante iconographie, qui complète utilement le texte.

Après une introduction évoquant l’importance du cadre géographique et l’occupation romaine du site, le premier livre traite de Luxembourg avant son indépendance, en 1839. La question épineuse des origines de l’agglomération médiévale, son développement comme centre religieux et commercial, la structure et la hiérarchie sociale y font l’objet d’analyses détaillées, à la lumière des fouilles archéologiques récentes et des renseignements fournis par les archives.

Mais une attention particulière est accordée au rôle militaire joué par cette place-forte stratégique, devenue du XVe au XIXe siècle une véritable forteresse, perpétuellement en chantier pour suivre l’évolution des techniques militaires. Objet des convoitises des Français et des Espagnols, elle aura un destin mouvementé, changeant de mains à de multiples reprises. Une bonne partie du deuxième livre – intitulé "La capitale d’un État souverain 1815-1939" – concerne la problématique de l’expansion urbanistique "extra muros" à partir de 1867, après le démantèlement du formidable appareil militaire. Celui-ci avait en effet enserré la ville dans un carcan étroit, empêchant pendant des siècles toute extension du tissu urbain.

Le troisième livre, "Une métropole européenne", évoque l’ouverture de la ville aux institutions européennes, à partir de 1952, et à de très nombreux sièges bancaires. Le rôle des promoteurs et des urbanistes – le revers de la médaille – y fait l’objet d’une longue intervention. Elle dénonce la "démission culturelle collective" qui a permis l’altération d’une grande partie de l’ancien tissu urbain dans les années 60 et 70, tout en évoquant l’émergence, au cours des dernières années, d’une nouvelle génération d’architectes doués d’une culture historique et urbaine.

D’autre part, la pauvreté de l’héritage et le manque de crédibilité artistique du Luxembourg sont à l’origine, comme le souligne l’article sur "l’Art et la Ville", d’un engouement particulier pour l’art contemporain, surtout à partir du boom économique de l’après-guerre.

Les "Visions de Luxembourg" – quatrième livre – par les artistes et les écrivains étrangers et luxembourgeois clôturent cette vaste enquête collective. En définitive, un ouvrage complet et touffu, fruit d’interventions d’une qualité parfois inégale, mais bénéficiant en revanche d’un langage moins austère que celui auquel la célèbre maison d’édition nous a habitué.

La Ville de Luxembourg. Du château des comtes à la métropole européenne, sous la direction de G.Trausch, Éditions Mercator Paribas, 464 p., 4 900 FB (820 FF).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°11 du 1 février 1995, avec le titre suivant : La ville de Luxembourg révélée

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