La peinture française au XVIIe siècle

Un livre exemplaire d’Alain Mérot

Le Journal des Arts

Le 1 novembre 1994

Le XVIIe siècle est décidément à l’honneur en cette saison d’automne. Tandis que Nicolas Poussin occupe les galeries du Grand Palais, Gallimard et Electa coéditent une histoire de La Peinture française au XVIIe siècle. Alain Mérot, professeur à l’université de Lille III, est l’auteur de cet ouvrage, premier d’une série consacrée à l’histoire de la peinture française des origines à nos jours.

Ce livre vient compléter celui, classique et toujours très précieux, de Jacques Thuillier, publié chez Skira en 1963. Nul historien de l’art, depuis cette date, ne s’était risqué au genre périlleux de la synthèse, du moins dans un format qui l’obligeât à descendre suffisamment dans le détail, tout en proposant une vision globale, en esquissant l’idée d’une période qui, en elle-même, fît sens.

Les mérites d’une telle entreprise, en effet, ne peuvent être confondus avec ceux du catalogue d’exposition, qui peut accepter – c’est même l’une des règles du genre – une approche partielle et partiale, précédée d’une introduction très générale. à cet égard, le catalogue de l’exposition consacrée à La Peinture française du XVIIe siècle dans les collections américaines (1982) ou celui de la très récente exposition Grand Siècle (1993), tous deux exemplaires, constituent des ouvrages d’une autre nature.

Un livre enfin
Il ne s’agit donc pas d’un livre de plus, mais d’un livre enfin. Le style clair et mesuré de l’auteur, toujours élégant, pénétrant, sans faux brillant, mène le lecteur au travers d’un parcours chronologique, précédé de deux chapitres plus généraux consacrés, l’un au délicat problème de la définition et de l’articulation des limites spatiales, chronologiques et stylistiques, l’autre, aux relations des peintres avec leur public. S’ensuivent deux chapitres sur "La fin du maniérisme" et "Les réactions au maniérisme".

Alain Mérot y distille savamment les apports des expositions et des monographies qui, ces vingt dernières années, ont sensiblement infléchi notre connaissance de cette période : Marseille en 1978 (La Peinture en Provence au XVIIe siècle), Meaux en 1988 (De Nicolò dell’Abate à Nicolas Poussin : aux sources du classicisme), Nancy en 1992 (L’Art en Lorraine au temps de Jacques Callot). Des artistes majeurs, l’auteur a reproduit quelques œuvres célèbres, mais d’autres aussi, peu familières aux spécialistes eux-mêmes. Il n’a pas négligé les artistes moins connus, mais en leur temps représentatifs d’une région ou d’un courant (Jacques Boulbène, François Mimault).

Ce parti pris vaut pour l’ensemble de l’ouvrage et les chapitres s’enchaînent avec le même souci de nuance et d’exhaustivité : Rome et Paris, avec Poussin et Vouet ; la cristallisation du Classicisme avec les peintres fondateurs de l’Académie. Un chapitre consacré à Georges de La Tour et aux frères Le Nain sert de transition, par le biais du réalisme, entre le "grand genre" – celui de la peinture d’histoire – et les genres dits mineurs, auxquels sont consacrés les trois chapitres suivants : portrait, paysage et nature morte. La fin du siècle occupe les deux derniers chapitres et sont consacrés aux personnalités de Le Brun et de Mignard, puis à la querelle du coloris qui ouvre la peinture française sur le XVIIIe siècle.

Le grand décor religieux ou domestique – une dimension de la peinture que les musées nous ont appris à oublier – n’est pas en reste et l’on appréciera, parmi d’autres (quelque 350 illustrations), les grandes planches en couleur du maître-autel de l’église des Mathurins à Paris, de la voûte de la chapelle de la Trinité au château de Fontainebleau, du plafond du salon des Muses au château de Vaux-le-Vicomte ou encore de la coupole récemment restaurée de l’église du Val-de-Grâce.

Le grand mérite de ce livre est de s’adresser à un très large public. Les amateurs y trouveront les liens logiques qui, parfois, font un peu défaut à leurs connaissances éparses. Quant aux néophytes, ils y trouveront de quoi devenir à leur tour des amateurs... L’effort consenti par l’auteur est considérable et donne le change à toutes les galipettes littéraires d’auteurs à succès, aussi bien qu’à l’amertume de ceux qui se plaignent de l’ingratitude d’un public vers lequel ils ne se tournent jamais.

Alain Mérot, La Peinture française au XVIIe siècle, Gallimard-Electa, 324 p., 330 ill., 550 F jusqu’au 31 décembre, 650 F ensuite.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°8 du 1 novembre 1994, avec le titre suivant : La peinture française au XVIIe siècle

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