Dimanche 18 février 2018

Réhabilitation

La Fosse haut en couleur

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 3 août 2007

Un ouvrage de référence sur sa carrière et le catalogue raisonné de ses œuvres
mettent en lumière cet artiste situé à la lisière des XVIIe et XVIIIe siècles.

Élève de Charles Le Brun, coloriste unique fortement influencé par Rubens – il diffusa en France sa technique des trois crayons –, Charles de La Fosse (1636-1716) est reçu en 1673 à l’Académie dont il devient le directeur en 1707. Dépassant les querelles qui opposent alors les poussinistes aux rubénistes, il participe à l’émergence d’un goût nouveau, ouvrant la voie à l’art « rocaille » du XVIIIe siècle. Auteur de nombreuses toiles destinées aux églises et communautés religieuses, il réalise aussi des tableaux de chevalet pour le Grand Trianon, Marly, Versailles ou Meudon. Admiré par Louis XIV et le collectionneur Pierre Crozat, il exerce ses talents de décorateur à l’église Sainte-Marie-de-l’Assomption à Paris (v. 1680), sur la coupole de l’église des Invalides (1702-1704) ou encore à la chapelle du château de Versailles dont il habille l’abside de la Résurrection du Christ (1709). Reconnu par les historiens de l’art, La Fosse n’avait pourtant jamais encore fait l’objet d’une monographie depuis l’article de Margret Stuffmann publié dans la Gazette des Beaux-Arts, en 1964. S’appuyant sur cette longue analyse de 120 pages, Clémentine Gustin-Gomez publie aujourd’hui aux éditions Faton sa thèse de doctorat, menée sous la houlette d’Antoine Schnapper et Alain Mérot, et soutenue en coulisse par Pierre Rosenberg. Prévenue par Jacques Thuillier que « La Fosse est le travail d’une vie », l’auteure s’est d’abord attachée à retrouver les œuvres peintes et dessinées inédites, même si une partie importante de la production a été à jamais perdue. Clémentine Gustin-Gomez a répertorié 196 tableaux et décors ainsi que 311 dessins, un chiffre très faible au regard des 1 538 feuillets que comptait l’inventaire et qui confirme l’importance des pertes. S’appuyant sur des catalogues de ventes et des documents anciens, elle a élaboré un répertoire des œuvres perdues. Écartant certaines attributions, l’auteure en propose de nouvelles. « La Fosse, c’est son originalité, adopte des styles très différents en étant toujours lui-même, explique-t-elle. Mais la relative facilité qu’il y a à lui “attribuer” des tableaux laisse intact le délicat problème de leur datation. » Le classement chronologique de sa production (particulièrement graphique) a donc représenté un travail délicat. Abondamment illustré, l’ouvrage se compose de deux tomes : le premier opus retrace la vie et la carrière de l’artiste tout en s’attachant à saisir sa « culture visuelle », tandis que le catalogue raisonné des œuvres de La Fosse occupe tout le second volume. En annexe, le lecteur trouvera une généalogie, une chronologie très détaillée, l’historique des écrits publiés sur l’artiste, des documents d’archives et une abondante bibliographie. Une somme pour mieux cerner ce maître de la couleur, « pris en étau » entre le XVIIe et le XVIIIe siècle français.

Clémentine Gustin-Gomez, Charles de La Fosse (1636-1716). Le Maître des Modernes, éditions Faton, Dijon, 2006, deux volumes de 300 et 352 pages, 235 euros, ISBN 2-87844-083-8.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°251 du 19 janvier 2007, avec le titre suivant : La Fosse haut en couleur

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