Design graphique

Flot de données

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 26 mai 2009

Le graphisme au service de la représentation du monde.

Notre monde est un océan de significations, toujours plus abstrait et complexe. Diagrammes, graphiques de données et autres compositions visuelles constituent aujourd’hui un langage qui, en principe, devrait nous aider à l’aborder plus aisément, à le déchiffrer et à le comprendre. Pas étonnant alors si, au cœur du design graphique actuel, la visualisation de données est l’un des champs les plus intéressants. Compulser les pages de Data Flow. Design graphique et visualisation d’information est, de ce point de vue, un exercice vertigineux. C’est un graphisme de haute voltige que nous décrit cet ouvrage collectif conçu sous la direction de Robert Klanten, fondateur des éditions berlinoises Die Gestalten Verlag, lequel étudie les différentes métaphores visuelles utilisées dans le design graphique pour permettre la compréhension des données.
Le livre est découpé en six grands chapitres intitulés : « Sphères », « Réseaux », « Paysages », « Corps », « Analogies » et « Blocs ». Chacun correspond à une thématique majeure de représentation. « Sphères » rassemble toutes les élucubrations faites à partir du cercle, la plus parfaite des formes possibles, et de son volume, lequel incarne le potentiel. « Réseaux », relatif aux séries de points individuels qui établissent entrent eux des relations, met en évidence des causes, un contexte ou une interdépendance. « Paysages », lui, invite le spectateur à un véritable voyage entre topologie et topographie. Tandis que « Corps » affiche un corps humain qui oscille entre son propre reflet, l’image des autres et divers degrés d’abstraction. De son côté, « Analogies » métamorphose les données en objets familiers ou en évocations de corps. Enfin, « Blocs », qui intéresse surtout le monde des affaires, use de ce tracé quadrangulaire et impeccablement ordonnancé, le « bloc » donc, lequel facilite assurément la comparaison.
La masse d’informations que l’on peut aujourd’hui traduire en deux dimensions est proprement ahurissante. La façon de les représenter aussi. Ce livre raconte comment les formules classiques et simplistes, du genre « business = camemberts », peuvent allègrement être subverties et revisitées de manière ludique. Un exemple : dans le chapitre « Paysages » – « Datascapes » pour les spécialistes –, on peut ainsi voir (et décrypter) le travail du duo de graphistes Thomas Couderc et Clément Vauchez, alias « Helmo », effectuée pour Lux, la Scène nationale de Valence (Drôme). Leurs affiches de spectacle sont de véritables jeux de piste, d’incroyables millefeuille de signes plaqués tous azimuts. La « sémiologie topologique » oriente d’abord le public vers l’événement marquant, avant de l’inviter, dans un deuxième temps, à découvrir d’autres aspects ou rendez-vous programmés par le centre culturel drômois. Si le texte aurait gagné à être un peu moins ésotérique, l’ouvrage dans son ensemble fait la peau à tous les clichés. En particulier à l’utilisation généralisée de ce fameux « camembert » justement, désormais relégué au rayon des signes préhistoriques.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°304 du 29 mai 2009, avec le titre suivant : Flot de données

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