Après l’euphorie, l’heure des bilans

Les cédéroms culturels à la recherche d’un second souffle

Le Journal des Arts

Le 5 novembre 2009

Victime selon toute apparence d’une légère baisse de régime en 1996, le marché des cédéroms cultu­rels pourrait être relancé par un prix de vente moyen revu à la baisse, une complémentarité ac­crue entre produits édités et Inter­net et, surtout, une offre plus adaptée aux désirs des consommateurs.

PARIS - Comme toujours en matière de multimédia, les chiffres disponibles sont nébuleux. Après le boom enregistré en 1995, les ventes de cédéroms dans leur ensemble n’auraient augmenté que d’environ 30 % au cours des trois premiers trimestres 1996, selon le baromètre Electre Multimédia, mais une étude GfK comptabilise de son côté une hausse de 104 % du chiffre d’affaires de ce secteur sur la période février-septembre 1996. Et la Fnac, qui représenterait environ 25 % de parts de marché en France, annonce un doublement de ses ventes par rapport à 1995, soit environ 2 millions d’exemplaires écoulés à fin 1996. D’après Pingki Houang, qui valide les "flèches Fnac" censées récompenser les meilleurs cédéroms, "la part des produits culturels se serait néanmoins tassée, passant de 18 à 15 % environ". Une étude Ifop-Sell menée en juillet 1996 aboutit à un résultat inférieur : il n’y aurait que 8 % de cédéroms "Art et culture" dans la cédéthèque d’un utilisateur moyen… Face à ces chiffres contradictoires, les rumeurs vont bon train, obligeant même la Réunion des musées nationaux (RMN) à démentir une information publiée dans Les Échos selon laquelle elle se désengageait de ce secteur ! Au contraire, et malgré les revers essuyés par ses services éditoriaux et commerciaux, la RMN coproduira une dizaine de cédéroms en 1997, comme en 1996.

Complémentarité cédéroms-Internet
Du point de vue des "alarmistes", le contexte économique et le faible taux d’équipement en ordinateurs multimédias sont à incriminer : 5 % en France contre 10 % en Allemagne, 12 % au Royaume-Uni et entre 13 et 17 % aux États-Unis, selon une étude Médiangles. Tandis que certains stigmatisent les conséquences des ventes de matériel informatique avec bundles, c’est-à-dire accompagnés de multiples cédéroms "gratuits", d’autres accusent les prix trop élevés et citent en exemple les 30 000 exemplaires d’Orsay (Arbo­res­cence/Assouline), vendu 149 F avec un petit livre. Pour beaucoup, le marché du cédérom souffrirait également des effets d’annonce largement prématurés concernant l’arrivée de nouveaux standards censés le remplacer. Sans compter la concurrence avec l’Internet : "Chaque jour, le Web accueille de nouveaux sites qui bénéficient d’une créativité et d’une modernité avec lesquelles les produits édités ne peuvent rivaliser, en raison de processus d’élaboration beaucoup plus lents", constate Jean-François Depelse­naire, directeur de Video­mu­seum. S’y ajoutent l’attrait de la nouveauté qui décroît avec le temps, les habituels "problèmes techniques" (bo­gues, nécessité de posséder une configuration de plus en plus puissante…), et les inévitables produits "qui déshonorent la profession"…

Néanmoins, le marché du multimédia existe. Il a une réalité économique et un public. Une fois acheté, le produit hors ligne n’entraîne pas de coûts de fonctionnement comme l’Internet. De plus, l’utilisation conjointe de ces deux types de médias est complémentaire, com­me le prouve l’Encyclopédie Havas sur cédérom intégrant un accès au Web. Il est désormais possible de consulter en ligne des banques de données en rapport avec ses re­cherches, tout en visionnant instantanément des images de bonne qualité grâce au cédérom. Les "optimistes" préfèrent donc tirer les leçons du marché. D’abord, diversifier l’offre.

Le pari gagné du ludo-culturel
Arrivant après une demi-douzaine de titres consacrés au Louvre (Le Louvre, peintures et palais ; Stars du Louvre ; Le Grand Louvre…), Musée du Louvre, peinture française n’a pas rencontré le succès escompté, sur un marché "cannibalisé" par le best-seller Le Louvre, peintures et palais. De surcroît, et c’est le deuxième enseignement à tirer de cet insuccès relatif – 4 500 exem­plaires vendus en 3 mois –, ce titre serait peut-être "trop pointu, trop élitiste", de l’aveu même de ses coproducteurs (RMN/ODA Éditions/Louvre). À l’opposé, l’engouement suscité par Versailles, un complot à la cour du Roi-Soleil (RMN/Canal /Cryo) – 30 000 exemplaires vendus en un mois et demi – inaugure en fanfare l’ère du "ludo-culturel", comme l’appelle de ses vœux la RMN. L’idée de puiser dans l’univers des jeux multimédias pour mieux transmettre la connaissance est également à l’origine d’Opération Ted­dy Bear (Flam­marion), qui navigue avec succès entre la bande dessinée et l’histoire de la Seconde Guer­re mondiale. Enfin, le public s’oriente vers les titres généralistes, économiques à l’usage si ce n’est à l’achat. Il veut "tout sur un cédérom". D’où le succès des produits à vocation encyclopédique. Pour preuve, le Dictionnaire multimédia de l’art moderne et contem­porain (Video­mu­seum/Ha­zan/RMN), vendu la bagatelle de 595 F, mais dont 3 000 exemplaires ont déjà été écoulés.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°32 du 1 janvier 1997, avec le titre suivant : Après l’euphorie, l’heure des bilans

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