Maurizio Cattelan

L'ŒIL

Le 12 février 2008

Plus que jamais, la star internationale marque ses œuvres d’une bonne dose d’humour et d’ironie. Et s’il participe à la Biennale de Venise avec son pape écrasé sous une météorite, c’est du haut d’une montagne proche de Palerme, à 1000 kilomètres de la Cité des Doges, qu’il fait un pied de nez au gratin de l’art.

Qui est Maurizio Cattelan, ce jeune artiste italien devenu dernièrement la coqueluche de la jet-set de l’art international ? Pour beaucoup, Maurizio Cattelan est un amuseur public de talent qui sème la confusion et le rire dans les expositions. Il est vrai que chacune de ses réalisations est difficile à oublier : un baby-foot géant qui nécessite plusieurs dizaines de joueurs (Stadium, 1991), une autruche qui plonge sa tête dans le sol de la galerie (Untitled, 1997), l’artiste déguisé en Picasso déambulant dans le MoMA (Untitled, 1998) ou une marmotte venant de se suicider dans un intérieur de cuisine (Bidibidobidiboo, 1996), et enfin une figure du Pape terrassé par un météore tombé du ciel (La Nona Ora, 1999), présentée de nouveau cette année à la Biennale de Venise. Maurizio Cattelan est originaire de Padoue. Il naît en 1960 d’un père routier et d’une mère femme de ménage. Bien qu’issu de classe sociale très défavorisée, le jeune Maurizio Cattelan ne tarde pas à découvrir la grande littérature. Le contexte culturel de la ville s’y prête. Au tournant des années 70, Padoue, tranquille cité catholique, se transforme soudain en haut lieu de la culture subversive. L’agitation maoïste donne alors naissance à de multiples groupes contestataires dont les fameuses Brigades rouges. L’Italie sombre lentement dans les années de plomb. En 1985, après plusieurs emplois sans intérêt, Maurizio Cattelan pense alors à devenir artiste. En 1989, il expose pour la première fois des objets à mi-chemin entre le design et l’art. « Mon travail peut être divisé en deux catégories. Mes premières réalisations sont à propos de l’impossibilité de faire quelque chose. La seconde catégorie parle de la perte, de l’absence, de la mort. » Il est immédiatement remarqué par plusieurs galeristes, dont Emmanuel Perrotin. Commence alors une lente reconnaissance qui va aller s’amplifiant jusqu’en 1997, année où il accède au statut de star internationale. Sa pratique est bien rodée. « Si je ne reçois pas une commande, je ne fais rien. Dans une certaine mesure je suis feignant. Je pense alors au projet puis je commence à chercher les personnes qui peuvent le réaliser. Je ne fabrique jamais la pièce moi-même... L’interprétation que l’on peut en faire est à la charge des visiteurs et des critiques. En fait, j’aime quand mon travail devient une image. C’est pourquoi, je fais une distinction entre les œuvres qui fonctionnent comme une idée et celles qui se transforment en une image mémorable. Celles-là sont plus respectables ». Ces derniers temps, il semble que l’art contemporain ait de plus en plus de mal à accompagner notre époque. L’individu moderne vit dans une société de « surchoix » et l’art n’est qu’un produit parmi d’autres, certes un peu plus prestigieux, mais néanmoins superflu à notre vie quotidienne. L’art de Maurizio Cattelan est une réponse très directe à ce désenchantement. Chacune de ses œuvres interroge non seulement l’héritage de l’Arte povera, mais s’inscrit aussi dans une exploration des thèmes de l’adolescence, du terrorisme, de la publicité ou de la mort. « Peut-être que nous ne faisons plus assez attention à la façon dont nous vivons. Nous sommes anesthésiés ». Sa dernière pièce, réalisée spécialement pour la Biennale de Venise, est la copie agrandie des fameuses lettres HOLLYWOOD qui surplombent Los Angeles. Installée cette fois-ci sur une montagne proche de Palerme, cette intervention (située à près de 1000 km de Venise) constitue une sorte de pied de nez à ces fameuses réunions internationales rassemblant toujours le même gratin d’artistes et de critiques. Cette façon de déjouer les attentes est aussi une manière de se protéger et d’éviter toute sur-médiatisation de sa personne au profit de l’œuvre. C’est sans doute pour cette raison que l’ironie intervient souvent dans ses œuvres afin de maintenir une certaine distance. Maurizio Cattelan refuse la facilité. Il ne joue pas de son image de marque. Son humour est une manière de ne pas se désolidariser de son temps, même et surtout si c’est pour le critiquer. Et si l’on tient à évoquer le burlesque à son propos, il suffit de rappeler que le burlesque (notamment au cinéma) n’est qu’un mode d’exploration du réel. Le burlesque produit toujours un effet de proximité. Il expérimente le réel par contact immédiat avec les choses, les êtres et les lieux. Le burlesque propose un réel qui garde à jamais son étrangeté, son opacité, sa singularité comme si la réalité était toujours à redécouvrir.

- VENISE, Giardini, Pavillon de l’Italie, tél. 39 0415 218 860, 10 juin-4 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°527 du 1 juin 2001, avec le titre suivant : Maurizio Cattelan

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