Walter : le combat continue

Le Journal des Arts

Le 30 juin 2010

Le propriétaire du Jardin à Auvers attend trois jugements importants dans sa guérilla juridique contre l’Etat.

PARIS - Jean-Jacques Walter, fils de Jacques Walter, propriétaire du Jardin à Auvers de Van Gogh classé monument historique abusivement selon lui, poursuit sa croisade judiciaire contre l’État. Le 9 mars, le tribunal de grande instance de Paris examinera sa demande d’injonction à la Société des amis du Louvre de fournir la liste des souscripteurs qui ont contribué à l’achat de la collection Walter-Guillaume, exposée à l’Orangerie.

La collection, qui comprend notamment vingt-quatre Renoir, seize Cézanne, dix Matisse, neuf Douanier Rousseau, douze Picasso, cinq Modigliani et vingt-deux Soutine, a été léguée à l’État en deux tranches, en 1958 et en 1963, par Juliette "Domenica" Lacaze, veuve successivement du marchand et collectionneur Paul Guillaume et de Jean Walter, qui se fournissait en tableaux chez lui. Prix total de la transaction, 3 850 000 francs, une somme dérisoire aux yeux des Walter et fort suspecte.

Par une assignation du 29 décembre 1992, Jean-Jacques Walter réclame rien moins que la révocation de la vente de la collection Walter-Guillaume. Pour lui, la "vente" de la collection ne fut qu’une fiction destinée à permettre à Juliette Lacaze de contourner son obligation légale de réserver une part de l’héritage – "la part réservataire" prévue par la loi – aux enfants de Jean Walter.
Jacques et Jean-Jacques Walter prétendent que Lacaze aurait donné l’argent nécessaire pour l’achat de la collection à la Société des Amis du Louvre qui l’aurait transmis au Musée du Louvre. Ce dernier s’en serait servi pour effectuer la vente.

Droits de l’homme
"C’est une donation déguisée en vente pour éviter que les enfants ne réclament leur part. C’est pourquoi nous voulons que les Amis du Louvre nous montrent la liste des souscripteurs qui auraient par leurs dons permis au Louvre d’acquérir la collection Walter-Guillaume. Il s’agit en tout cas d’une vente à vil prix, ce que n’apprécient généralement pas les tribunaux. Si nous pouvons démontrer qu’il s’agit en plus d’une fraude, la mauvaise foi de l’État sera prouvée", nous a confié Jean-Jacques Walter.

Par ailleurs Jean-Jacques Walter, dont la dénonciation, le mois dernier, de l’homme d’affaires Michel Pacary auprès du juge Renaud Van Ruymbeke pour tentative de corruption a fait grand bruit, poursuit son combat sur deux autres fronts.

Le tribunal de première instance de Paris tranchera le 22 mars sur le rapport de l’expert André Schoeller qui a estimé à 320 millions de francs le Jardin à Auvers, vendu seulement 55 millions de francs à l’homme d’affaires Jean-Marc Vernes à la suite de son classement comme monument historique. M. Schoeller avait été nommé en juin dernier par le tribunal lorsque celui-ci a rendu son jugement – historique – selon lequel l’État doit compensation à Jacques Walter pour le classement.

Par ailleurs, au mois de juin prochain, la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg doit étudier la plainte portée par Walter contre l’État français en raison de l’absence de compensation pour le classement du Van Gogh. La Cour pourra soit rejeter la plainte soit l’accueillir, et dans ce cas donner un certain délai à l’État pour qu’il se mette en règle avec le Traité européen des droits de l’homme et la Constitution française.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°1 du 1 mars 1994, avec le titre suivant : Walter : le combat continue

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