Dimanche 25 février 2018

À un rythme de croisière

Premières estimations et analyses pour 1999

Par Jean-Marie Schmitt · Le Journal des Arts

Le 28 mars 2008

Les premières estimations montreraient que la croissance des ventes publiques a été l’an dernier moins spectaculaire, après les records des deux précédentes saisons. Si « l’art français » continue de s’imposer sur le marché mondial, la référence française semble jouer contre l’Hexagone, qui ne parvient pas à la mobiliser au profit de son marché. Entre nationalisme et universalité, la France doit-elle choisir ?

PARIS - Globalement, les dernières statistiques de l’Art Sales Index (ASI) montrent que, après les vives hausses des saisons précédentes, la progression s’est ralentie. Calculé en livres sterling ou en dollars, le chiffre d’affaires des ventes mondiales ressortant des statistiques de l’ASI s’établit à 1,55 milliard de livres ou 2,53 milliards de dollars, soit une hausse de 5 %, identique dans chaque monnaie, pour la saison 98/99. Ces chiffres s’accordent à l’indice d’Art Market Research (AMR) qui recense le niveau de prix des enchères les plus élevées (le TOP 10 %) et fait apparaître un tassement du rythme de croissance des enchères les plus hautes ( 8,4 % de novembre 1998 à octobre 1999, contre 12 % sur les six mois précédents de 1998), avec cependant une flambée de 1,7 % en octobre dernier. Globalement, le marché a fonctionné à un rythme de croisière.

Dans ces derniers chiffres, la France peut trouver simultanément des motifs de satisfaction et d’abattement. Satisfaction, voire orgueil, de constater que les ventes publiques mondiales continuent à placer “ses” artistes en pole position du marché. En valeur, 30 % des adjudications du marché mondial se portent sur des œuvres d’origine française. Inquiétude, puisque dans le même temps, les ventes publiques françaises peinent à réaliser plus de 6/7 % des ventes mondiales. Si l’on détaille les dernières statistiques de l’ASI pour la saison 1998-99, qui cumulent 132 865 adjudications en provenance de 2 976 ventes réalisées par 463 maisons d’enchères, pour un total de 1,55 milliard de livres ou 2,53 milliards de dollars, on constate en effet que les artistes “français” représentent 15,50 % en nombre et 30 % en valeur des ventes publiques.

La France surclassée par le Royaume-Uni
Toutefois, en nombre d’entrées par artistes, la France est surclassée par le Royaume-Uni : 24 424 entrées d’artistes britanniques répertoriés, contre 20 642 pour la France. Suivent le Bénélux (14 877 entrées, en agrégeant les Pays-Bas, la Belgique et les Flandres que l’ASI comptabilise séparément), les États-Unis (12 434 entrées), la Scandinavie (11 361), l’Allemagne (10 736), l’Italie (9 664), l’Espagne et le Portugal (4 995).

Si l’on examine le chiffre d’affaires par nationalités d’artistes, la physionomie du classement change. La France vient largement en tête avec 767 millions de dollars, suivie du Bénélux (217 millions), des États-Unis (194 millions), du Royaume-Uni (134 millions), de l’Espagne/Portugal (132 millions), de l’Italie (118 millions) de l’Allemagne (78 millions), de la Suisse (41 millions) et de la Scandinavie (40 millions).

Des opérateurs dépassés ?
Pour recouper ces séries, il est également intéressant de comparer les valeurs moyennes des entrées (lots) par nationalités d’artistes. L’art ibérique vient en tête avec une valeur moyenne de 43 000 dollars, suivi de l’art français (37 000), américain (25 000), du Bénélux (23 000), suisse (22 000), allemand (12 000). L’art britannique est seulement à la 16e place, avec 9 000 dollars de valeur moyenne, et celui de Scandinavie au 20e rang avec 6 000 dollars. En fait, on constate que les classements sont à peu près homogènes, quelles que soient les séries, pour les États-Unis, le Bénélux (il faudrait toutefois détailler Pays-Bas/Flandres et Belgique, ce dernier pays ayant une valeur moyenne de 14 000 dollars, sensiblement inférieure à ses deux voisins à 28 000 dollars), l’Allemagne et l’Italie. Au contraire, la France et l’Espagne/Portugal d’un côté, avec un très fort niveau de prix, la Grande-Bretagne et la Scandinavie d’un autre, avec un faible niveau de prix, font apparaître de fortes divergences.

On peut risquer trois explications :
- Les collectionneurs de France et de la Péninsule ibérique n’ont pas des moyens financiers au niveau du prestige de leurs artistes. Une constatation inquiétante pour leurs patrimoines nationaux.
- Les opérateurs du marché sont peut-être aussi dépassés par le succès de leurs couleurs. Soit par défaut de moyens, soit parce que le marché n’est pas homogène ou “solidaire”, de sorte que le succès des vedettes ne bénéficie pas aux petits maîtres ou aux jeunes artistes. Au contraire, le marché britannique, poids lourd des ventes publiques, semble tirer ses artistes de moindre notoriété. Si le marché scandinave ne peut s’analyser de la même façon, on peut au moins penser qu’il apprécie et sait faire apprécier ses artistes.
- Enfin, un facteur “nationaliste”, à manipuler certes avec précaution, pourrait rendre compte d’une certaine homogénéité des résultats du Bénélux, de l’Italie ou de l’Allemagne : les collectionneurs y aiment leurs artistes. On a souvent dit que la France ne savait pas défendre les siens. Cela apparaît peut-être dans ces chiffres. Mais les statistiques ne donnent pas la formule magique pour rester une grande puissance culturelle mondiale quand on est devenu une puissance régionale.

Ces indices AMR sont élaborés à partir des résultats communiqués par 400 organisateurs de ventes aux enchères dans le monder. Pour connaître davantage leur méthodologie, on se reportera au hors-série de L’Œil, Le Marché de l’art 2000, 99 F. Lire page 28 notre bilan sectoriel des ventes publiques.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°96 du 7 janvier 2000, avec le titre suivant : À un rythme de croisière

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