Haute décoration

Un Pavillon plus sexy

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 20 juillet 2007

Le Pavillon des arts et du design, programmé à Paris aux Tuileries du 28 mars au 1er avril, confirme son recentrage sur les arts décoratifs du XXe siècle.

PARIS - Après onze ans d’existence, le Pavillon des antiquaires des Tuileries reste un work in progress [une œuvre en évolution], tant au niveau de son contenu que de son libellé. Brièvement rebaptisé « Art & Antiques Fair », le salon a préféré à un anglicisme potentiellement ridicule un nouvel intitulé, « Pavillon des arts et du design ». Celui-ci colle à l’identité et aux ambitions du salon, lesquelles ne transparaissent pas encore dans le visuel de l’affiche, empreinte de XVIIIe siècle. Encore faut-il que la foire prenne vraiment le parti du design, c’est-à-dire privilégie le travail de recherche à la déco ou à la grande tradition artisanale. Or la présence de pièces en métal découpé de Pierre-Alexandre Poulain (Paris) ou de meubles de Louis Cane aux Ateliers Brugier (Paris) attestent une certaine confusion sémantique. « Pour nous, le design, ce n’est pas que de la recherche, c’est aussi l’idée anglo-saxonne d’interior design, précise le marchand Marc-Antoine Patissier (HP Le Studio, Paris). Cela répond à une demande de gens qui veulent un mobilier de bonne qualité, de bon goût, dont les formes sont classiques. » La rigueur veille ainsi au grain chez ce galeriste comme du côté d’Ulrich Fiedler (Cologne), de Downtown (Paris), de Jousse (Paris) ou encore de Frank Laigneau (Paris).
Le Pavillon a surtout gardé sa qualité d’incubateur en donnant une chance à de jeunes marchands talentueux, tels David Corcos (Paris), intronisé l’an dernier, ou encore Mathieu Néouze (Paris). Ancien artisan reconverti dans l’édition, Francis Cat-Berro (Paris) apparaîtra comme l’une des découvertes de cette cuvée en présentant huit nouvelles créations de Mattia Bonetti, notamment une « armoire mur » en trompe l’œil. « Nous ne choisissons pas les exposants en fonction de leur importance ou de leurs prix, mais pour leur esprit, leur personnalité », souligne Patrick Perrin, directeur du salon. Une posture courageuse bien que sujette parfois à des erreurs de casting, comme l’an passé avec la présence de Daniella Balzaretti (Milan). Même si le peeling n’est pas encore parfait, les organisateurs ont serré la vis après le relâchement perceptible lors de la précédente édition. « Nous ne sommes pas dans des règles préétablies avec des marchands préétablis, observe Marc-Antoine Patissier. Le salon est aussi un show qui permet à des personnalités extravagantes de s’exprimer. On a retenu la leçon de l’an dernier pour éviter les mauvaises surprises, mais on ne veut pas perdre l’esprit d’expérimentation. Créer une manifestation qui tienne la route, cela suppose de prendre des risques. »

Rationalisme racé
Des risques contrôlés puisque le ton cette année est aux bonnes résolutions. Les marchands s’adonnent pour la plupart à des accrochages monographiques, comme celui de Dubuffet chez Hopkins-Custot (Paris), ou thématiques. Sur le modèle éprouvé en 2006 à la Foire des antiquaires de Moscou, Luc Bellier (Paris) transforme la question « Est-ce moi ? » en fil conducteur entre un autoportrait de Balthus, un grand dessin de Picasso de 1972 et des photographies d’Andres Serrano et de Philip Lorca diCorcia. David Corcos se replonge dans les seventies avec une sculpture de Jean Tinguely ou encore deux meubles du très rare Pierre Székely. Renonçant – une fois n’est pas coutume – à sa marotte, Jean Royère, le marchand Jacques Lacoste (Paris) offre un nouveau visage avec des créateurs modernistes des années 1930, de Djo-Bourgeois à René Herbst. Pour Chahan Minassian (Paris), les années 1950 ne se résument pas au rationalisme industriel d’un Jean Prouvé. Il en offre une vision plus racée en convoquant des Américains comme Vladimir Kagan ou Karl Springer. Une imposante sculpture murale permet aussi de se rappeler que Harry Bertoia fut avant tout un sculpteur, nonobstant les chaises réalisées pour Knoll. Frank Laigneau invite enfin à découvrir la version néerlandaise du Jugendstil en présentant Henrik Petrus Berlage et Jacob van den Bosch. Éclectique, plutôt sexy, le Pavillon sort de ses ornières parisiennes.

PAVILLON DES ARTS ET DU DESIGN

28 mars-1er avril, jardin des Tuileries, esplanade des Feuillants, face au 234, rue de Rivoli, angle de Castiglione, 75001 Paris, www.pavillonartfair, tlj 11h-20h, les 29 et 30 mars jusqu’à 22h.

Pavillon des arts et du design

- Organisation : SOC (Société d’organisation culturelle) - Nombre d’exposants : 85 - Tarif des stands : 550 euros - Nombre de visiteurs en 2006 : 30 000

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°255 du 16 mars 2007, avec le titre suivant : Un Pavillon plus sexy

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