Vendredi 18 septembre 2020

Ventes publiques

Un marché plus sain

Par Éléonore Thery · Le Journal des Arts

Le 25 mai 2016 - 897 mots

Les ventes moins volumineuses, mais présentant des œuvres inédites sur le marché, mieux estimées et avec moins de garanties ont réussi à attirer les acheteurs.

NEW YORK -  Après des signes de baisse du marché de l’art fin 2015, les ventes de New York promettaient d’être scrutées. Premier constat : les montants totalisés pour l’art contemporain sont très inférieurs à l’an passé : une baisse de 50 % pour la vente du soir de Christie’s à 318,4 millions de dollars (279 millions d’euros) et de 36 % pour Sotheby’s, dont la vacation a totalisé 242,2 millions de dollars (212,3 millions d’euros).
Si Christie’s adjugeait treize lots à plus de 10 millions de dollars pour sa vente du soir l’an passé, elle s’est limitée à cinq lots cette année. Même refrain chez Sotheby’s qui est passé de neuf lots de cette envergure en 2015 à cinq en 2016. Il faut préciser aussi qu’il y avait  moins d’œuvres proposées. « Peu de gros tableaux sont sortis, il n’y avait ni collection, ni succession », indique Philippe Ségalot, art advisor. Chez Christie’s, la vente du soir réunissait 60 lots, contre 82 l’an passé, et chez Sotheby’s, proposait 44 œuvres contre 62 l’an dernier.

De bons taux de vente
Par ailleurs, les vacations comprenaient moins de garanties ou d’estimations stratosphériques. « Après les excès des dernières années ayant conduit les maisons de vente a se brûler les doigts, celles-ci ont choisi de revenir a plus de réalisme et de mesure cette saison », commente Philippe Ségalot. Les maisons avaient enfin veillé à proposer des œuvres « fraîches » sur le marché. Cet ensemble de facteurs a permis d’attirer les enchérisseurs, de très bons taux de vente ont été enregistrés : 87 % chez Christie’s (et 97 % pour sa vente mixte) et 95 % chez Sotheby’s. « Dans ce nouveau contexte, plus sain, les ventes se sont très bien passées, ont montré que le marché était toujours très actif, et il semble que la confiance soit revenue », poursuit le spécialiste.
Christie’s ouvrait la semaine avec une nouvelle vente mêlant art moderne et contemporain, intitulée Bound to fail : littéralement « Vouée à l’échec », un pied de nez de Loïc Gouzer, vice-président du département art  contemporain de la maison, dans le cadre du ralentissement du marché. « Il pousse toujours plus loin la provocation, il a compris le marketing du moment », note un observateur du marché. Chacune des 39 œuvres proposées avait fait polémique à son époque. Parmi elles, Him, la sculpture d’Hitler agenouillée de Maurizio Cattelan, mise en vente  par le responsable de fonds d’investissement David Ganek a été cédée 17,2 millions de dollars (15,2 millions d’euros) au-delà de l’estimation, un nouveau record. Le ballon en lévitation de Jeff Koons, adjugé 15,3 millions de dollars (13,5 millions d’euros) a également dépassé les attentes.
 
Des œuvres plus pointues
« Le marché, échaudé ces dernières années par les prix records réalisés pour des œuvres “trophées” souvent acquises par de nouveaux acheteurs, était prêt pour des œuvres plus radicales, plus pointues, plus difficiles, exécutées par des artistes plus rares en vente publique », commente Philippe Ségalot. La vente a tout de même cumulé 78 millions de dollars, neuf fois moins que la vente Looking forward to the past organisée l’an passé. Lors de la session du soir de Christie’s, un très grand Basquiat, peint en 1982, a permis d’établir un nouveau record pour l’artiste, à 57,3 millions de dollars (50,2 millions d’euros), tandis qu’un Rothko vert et bleu décevait avec 32,6 millions de dollars, peinant à atteindre son estimation.
Un des recherchés « Blackboards » de Cy Twombly, en mains privées depuis 1969, a mené la vente, décevant légèrement avec une adjudication à 36,5 millions de dollars (32,2 millions d’euros). Le superbe Two Studies for a self-portrait (1970) de Francis Bacon, dans la même collection depuis quarante-six ans, a été adjugé 35 millions de dollars (30,9 millions d’euros), quand Sam Francis obtenait un nouveau record à 11,8 millions de dollars (104,3 millions d’euros).
S’il n’a pas pénalisé ces vacations, le choix d’organiser pour la première fois toutes les grandes ventes la même semaine, de l’impressionnisme à l’art contemporain, ne s’est pas révélé pertinent. Les bons résultats des unes n’ayant pas entraîné le succès des autres. Par ailleurs, explique Philippe Ségalot, « ce regroupement nuit, par manque de place, a la présentation de certaines œuvres, en particulier celles offertes dans les ventes de jour ». Il faut enfin noter que chez Sothebys’ comme chez Christie’s, la participation de la clientèle asiatique a été très active. Le Japonais Yusaku Maezawa, propriétaire d’un important site internet d’achat en ligne, a acheté pour près de 100 millions de dollars en deux jours, raflant notamment la toile de Basquiat chez Christie’s ou un Christopher Wool chez Sotheby’s, qu’il a annoncé vouloir montrer dans sa fondation d’art contemporain tokyoïte.

CHRISTIE’S Bound to fail, le 8 mai

Résultat : 78,1 M $ (69,5 M €)

Estimation : 59-81M $

Nombre de lots vendus : 38 sur 39 (97 %)

Art d’après-guerre et art contemporain, le 10 mai

Résultat : 318,4 M $ (283,72 M €)

Estimation : 276-381 M $

Nombre de lots vendus : 52 sur 60 (87 %)

SOTHEBY’S Art contemporain, le 11 mai

Résultat : 242,2 M $ (215,79 M €)

Estimation : 201-257 M $

Nombre de lots vendus : 42 sur 44 (95 %)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°458 du 27 mai 2016, avec le titre suivant : Un marché plus sain

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